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Association interparlementaire France-Canada

Colloque à l'Assemblée nationale à l'occasion de la 30ème réunion annuelle
Paris, 12 septembre 2000

"Les parlements et l'identité culturelle
à l'heure de la mondialisation"

allocution de M. Mauril BELANGER
député d'Ottawa-Vanier,
au nom de Mme Sheila COPPS, ministre du patrimoine canadien

Distingués invités,
Amis parlementaires de France et du Canada,
Je suis heureux de clôturer ce colloque sur l'identité culturelle, au nom d'une championne de la diversité culturelle au Canada et dans le monde, la ministre du patrimoine canadien, Madame Sheila Copps.

Nous avons abordé aujourd'hui une question cruciale pour l'avenir de l'humanité : la sauvegarde de nos identités culturelles dans le contexte de la mondialisation. Le Canada est peut-être l'un des pays qui a ressenti le plus tôt et avec le plus d'acuité l'urgence d'agir pour contrer l'homogénéisation culturelle qu'ont entraînée des phénomènes d'envergure planétaire comme la mondialisation et la percée des nouvelles technologies.

Au Canada, on ne peut parler de culture sans mentionner trois réalités :

Premièrement,
nous partageons la plus longue frontière non militarisée au monde avec notre voisin du Sud, les Etats-Unis, une superpuissance mondiale et un géant culturel. Imaginez : 90% des Canadiens et des Canadiennes vivent à moins de 100km de la frontière.

Deuxièmement,
le Canada est l'un des pays les plus ouverts aux cultures étrangères. Les chiffres à cet égard sont éloquents : par exemple 95% des films présentés dans nos salles de cinéma sont étrangers.

Troisièmement,
le Canada est une terre d'immigrants. Notre pays est né de la rencontre de trois peuples aux traditions riches et immémoriales, auxquelles se sont ajoutées par la suite presque toutes les grandes cultures du monde.

Nous sommes nord-américains, bilingues et multiculturels dans l'âme. On le rermarque dans notre façon d'agir, de penser et d'appréhender le monde.

Nous savons d'expérience ce qu'il en coûte d'effort et de détermination pour préserver notre identité et relever les défis de la diversité.

Dans un marché à ciel ouvert comme le nôtre et de plus en plus dominé par la culture américaine du divertissement, il importe plus que jamais de reconnaître, de mettre en valeur, de protéger et de promouvoir notre identité culturelle.

Au Canada, nous ne voulons pas d'une culture unique, d'une langue unique, d'une pensée unique.

C'est pourquoi nous avons pris des mesures dans différents secteurs, pour défendre et promouvoir la culture canadienne sur notre propre territoire.

Par exemple, nous avons adopté la "Loi sur la radiodiffusion", le rempart du système canadien de radiodiffusion et peut-être le plus puissant outil de défense de la culture canadienne. Aux termes de la Loi, la radiodiffusion est "un service public essentiel pour le maintien et la valorisation de l'identite nationale et de la souveraineté culturelle"
Nous avons établi notre propre réseau national de radiodiffusion, la Société de Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation, qui présente des émissions de radio et de télévision dans les deux langues officielles, le français et l'anglais, à l'échelle du pays.

Si on avait laissé jouer librement les forces du marché, le système canadien de radiodiffusion n'aurait été rien de plus qu'un prolongement du système américain.

L'objectif du Canada n'est pas d'ériger des barrières et d'adopter une attitude protectionniste en matière culturelle. Les Canadiens et les Canadiennes sont friands de produits culturels étrangers. Par contre, ils veulent aussi avoir accès à leur propre culture. C'est dans cette perspective que s'inscrivent les mesures que nous avons prises.

Sur la scène nationale, il n'y a pas que le gouvernement canadien qui ait reconnu la nécessité d'agir pour protéger nos modes d'expression nationaux et promouvoir la diversité culturelle. Les gouvernements provinciaux et en particulier celui du Québec sont des partenaires sur ce grand dossier.

Des organismes culturels de partout au pays ont formé l'an dernier la Coalition pour la diversité culturelle qui entend oeuvrer au Canada et à l'étranger. Son credo : "La diversité culturelle est un droit fondamental de l'humanité, et les Etats doivent en assurer la sauvegarde et la promotion".

Avec l'avènement de la mondialisation, il s'est produit une prise de conscience planétaire à l'égard de la diversité culturelle. Le risque d'une homogénéisation culturelle a soulevé des préoccupations quant à la capacité des pays de préserver leur patrimoine, leurs traditions, leur culture et leurs modes d'expression.

Comment faire valoir notre spécificité culturelle dans un univers de plus en plus homogène ?
Comment faire en sorte que les politiques culturelles de nos pays respectifs favorisent une pluralité de langues, de cultures et de points de vue sur le monde ?
Comment préserver notre patrimoine, tout en tirant profit de l'influence des autres cultures du monde ?

Aujourd'hui, les questions que pose la diversité culturelle dans le contexte de la mondialisation sont universelles.

Dans une entrevue qu'il consacrait à une revue canadienne d'expression française, l'auteur-compositeur-interprète français Thomas Fersen, qui connaît un grand succès chez nous, a bien compris les risques d'une homogénéisation croissante : "La culture, a-t-il dit, n'est plus qu'une question de gros sous et d'immenses machines. C'est la dictature de l'argent, le rouleau compresseur."

Or la culture est bien plus qu'une simple marchandise ou un divertissement, et les artistes, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui créent cette culture et qui la nourrissent, sont les premiers à sonner l'alarme.

La culture, c'est l'âme et la mémoire de nos peuples, le fondement de nos sociétés.
Elle est le témoin de ce que nous avons été, l'expression de ce que nous sommes et le reflet de ce que nous voulons devenir.
Elle nous force à réfléchir, à nous renouveler et à évoluer.
Sans la culture, le monde serait monochrome, sans couleur, sans saveur.

Il est inconcevable que la culture soit traitée au même titre qu'un produit de consommation courante.
Il faut réussir à inscrire la diversité culturelle à l'ordre du jour des discussions sur les enjeux sociaux, économiques et politiques de la communauté internationale.

En termes clairs, il nous faut dès maintenant prendre les moyens à l'échelle internationale pour que la mondialisation des marchés ne devienne pas synonyme d'uniformisation, sinon l'humanité entière s'en trouvera appauvrie.

Depuis les trois dernières années, des efforts ont été déployés en vue de reconnaître l'importance de la diversité culturelle dans une variété de forums internationaux.
Songeons entre autres, au Plan d'action de Stockholm de l'UNESCO signé en 1998, à la Convention sur l'Interdiction de l'emploi des mines antipersonnel, au Sommet de la francophonie à Moncton et au G-8.

Parallèlement, Madame Copps a profité de l'ouverture de la communauté internationale aux questions culturelles pour inviter les pays du monde entier à se rallier en vue d'agir pour protéger la diversité culturelle dans le contexte de la mondialisation.
Il y a deux ans, elle lançait le Réseau international sur la politique culturelle, dont fait partie la France et qui réunit à ce jour plus de 40 pays. La première réunion du réseau a eu lieu à Ottawa, la deuxième à Oaxaca, au Mexique, et la troisième se tiendra bientôt à Santorin, en Grèce.

Un consensus se dégage quant à l'adoption d'une nouvelle approche à l'égard de la culture qui favoriserait la participation de partenaires clés aux plans bilatéral et multilatéral.

La France est certes un partenaire privilégié à cet égard. Nos relations bilatérales remontent aux années 1960 avec la signature d'un premier accord culturel, et j'ose espérer que celles-ci s'intensifieront, non seulement avec la France, mais avec l'Union européenne.

De plus, sur le plan multilatéral, nous comptons de nombreuses initiatives communes. En novembre dernier, par exemple le Canada et la France ont coprésidé une table ronde des ministres de la culture. La France et le Canada ont également créé un groupe d'experts sur la diversité culturelle. La Francophonie et d'autres forums internationaux comme l'UNESCO représentent aussi des tremplins extraordinaires pour promouvoir la diversité culturelle.

Dans son plus récent discours du Trône, le gouvernement du Canada s'est engagé à "définir une nouvelle approche internationale pour appuyer la diversité culturelle dans le monde".

En complément aux discussions et aux travaux du Réseau, le Canada veut créer, en collaboration avec les pays membres, un nouvel instrument international sur la diversité culturelle.
Cet instrument visera à inclure la diversité culturelle dans le développement durable et global de nos sociétés. Cet instrument s'appuiera sur des principes tels que la liberté d'expression, la liberté de choix, l'accès au marché, le pluralisme culturel et le partenariat.

Il est clair que, sans stratégie internationale pour faire face à l'homogénéisation culturelle, la culture risque d'être reléguée aux oubliettes, qu'il s'agisse de la culture canadienne, des cultures européennes ou de celles des autres pays du monde.

En tant que parlementaires nous avons surtout un rôle à jouer afin de consolider le consensus qui est en train de s'établir à l'échelle internationale quant à la nécessité de promouvoir la diversité culturelle.

La richesse et la diversité de nos cultures nationales sont le trésor de l'humanité. C'est le plus bel héritage que nous puissions léguer à nos enfants et à nos petits-enfants.
L'avenir de nos cultures et de nos identités est entre nos mains et entre celles de tous ceux qui ont à coeur de les préserver et de les promouvoir.

Je vous remercie et vous souhaite une excellente soirée.

Mauril BELANGER,
député d'Ottawa-Vanier (Canada)
au nom de Sheila COPPS,
ministre du patrimoine canadien.

 

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