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Proche-Orient

Irak, après...

Envoyé spécial Philippe GAPET

RETOUR A BAGDAD. Après deux jours passés à Amman dans l'attente d'un vol (impossible à obtenir actuellement si l'on est journaliste), j'ai décidé de partir par la route.

Bagdad, 12 septembre 2003 - Avec deux autres journalistes français, nous avons décidé de prendre la route à deux voitures, pour assurer la sécurité (pannes, accidents). Partis à 1H du matin de Amman, nous avons voyagé sans problème jusqu'à la frontière rejointe à 6 H. Il y avait très peu de véhicules, dans les deux sens, ce qui contraste vraiment avec le début du mois de juin: seulement une dizaine en direction de l'Iraq et rien de l'autre côté.
Les formalités douanières ont été rapidement accomplies, et seule une tentative de prise de sang nous a fait légérement frémir. En fait, les Iraquiens essayent de soutirer un peu d'argent par ce moyen, car les gens préférent payer plutôt que de se faire piquer avec des aiguilles douteuses.
Les douaniers apposent désormais un tampon sur le passeport, ce qui n'était pas le cas au mois de juin. Ils vérifient les véhicules (intérieur et passage sur un pont pour voir le dessous) en présence de deux ou trois soldats américains, pas trés réveillés à cette heure matinale.
Finalement, une petite demi-heure nous suffit pour passer en territoire iraquien. Nous faisons le plein à la station service du poste frontière, car ensuite, il n'y en aura plus que deux avant Bagdad.

La route est quasiment déserte et nous parcourons les deux cent premiers kilométres rapidement. Vers 9H 15, nouveau plein à environ 250 kilomètres de Bagdad. La station est très animée et il y plusieurs dizaines de véhicules. Les quelques boutiques, récemment ouvertes, proposent des boissons et de quoi se restaurer. Je remarque deux magnifiques portraits de Saddam sur un frigo, à la vue de tout le monde... ainsi que de la patrouille de soldats US qui ne les a pas vus, ou bien, a fait comme si.
Il y a trop de monde pour faire le plein, alors nous décidons d'aller jusqu'à la dernière station avant Ramadi. Nous l'atteignons vers 10H 15 et nous pouvons constater la présence de trois véhicules de police iraquiens, avec cinq policiers dans chacune (uniformes impeccables, armement neuf). Ils partent en direction de Bagdad peu de temps après notre arrivée.

A 10H 50 en atteignant Ramadi, nous croisons un convoi d'une cinquantaine de véhicules US (essentiellement des porte-chars, avec blindés et équipages dessus), qui se dirige vers l'ouest. Ils sont escortés par deux patrouilles de trois hélicoptères chacune). Quinze minutes plus tard nous doublons un convoi d'autant de véhicules, mais les porte-chars sont vides: il semblerait donc que ce soit un renforcement de troupes vers l'ouest de Ramadi. Tandis que je filmais, le conducteur du véhicule qui nous précédait (avec les deux français à son bord) a franchement accéléré et nous a laissé seuls pour parcourir la tranche Ramadi-Falluja... j'apprécie, et mon conducteur aussi. Heureusement, la route est complétement déserte et nous ne verrons aucun véhicule pendant trente kilomètres.

Peu après Falluja, nousapercevons un nuage de fumée blanche avec un champignon, environ cinq kilomètres derrière nous: cela ressemble à une explosion, mais impossible de savoir exactement.

Finalement, à midi, nous atteignons les faubourgs de la capitale, et peu de choses ont changé depuis le mois de juin, si ce n'est le fait que beaucoup de carcasses de chars ont été enlevées. Sous un pont, une dizaine de soldats US essayent d'effacer des inscriptions en arabe, protégés par deux Hummer de part et d'autre du pont.

La ville est noyée dans lachaleur (46°) et les bouchons automobiles. Nous traversons le quartier Al Mansour au pas, puis nous passons devant le musée national (fermé), avant de traverser le fleuve. La rue "Rachid street" est complétement saturée, ce qui oblige à partir vers le nord. Cela donne l'occasion de reprendre la température des lieux, et je suis agréablement surpris: les gens vaquent à leurs occupations normalement et je ne ressens absolument pas la tension évoquée récement dans les journaux. Malgré les embouteillages monstrueux qui paralysent tout le centre ville, nous n'assistons à aucun geste d'énervement durant l'heure et demi que va durer cette traversée.

Vers 14H, nous arrivonsenfin à l'hotel Al Marbad, déserté par ses occupants de l'ONU. Il ne reste plus que cinq clients. La rue "Jamia street" se trouve plongée dans la même effervescence quej'avais connue il y a trois mois: les magasins regorgent de marchandises, et les passants (hommes, femmes, enfants) regardent avec intérêt les paraboles satellites.