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Envoyé
spécial Philippe GAPET
A
L'HOPITAL DES ENFANTS. Le
docteur Mushin Al-Sabbak, professeur de gynécologie
à la faculté de médecine,
avait entrepris avant la guerre une recherche sur les effets
des munitions à l'uranium appauvri et l'augmentation
des cancers et des malformations génétiques.
Le programme s'est arrêté...
Bassora,
16 septembre 2003 - Ici, les problèmes
médicaux et sanitaires sont écrasants: les
blocs opératoires ne sont plus opérationnels
par manque d'entretien et d'équipements spécifiques.
Il manque même des réserves en bouteilles d'oxygène:
les usines produisant l'oxygène ne fonctionnent plus.
Le docteur Mushin-Al-sabbak
précise que ce problème
existait déjà avant la guerre, par la faute
du régime qui utilisait des procédés
honteux pour augmenter les effets de l'embargo et dresser
la population contre les étrangers. Mais depuis la
fin des combats, privé de toute liaison téléphonique
vers Bagdad et l'extérieur, étudiants et chercheurs
de la faculté de médecine sont encore plus
isolés.
Autre problème: le prix des opérations. La
moindre intervention chirurgicale coûte 60.000 dinars
au patient. Beaucoup de gens ne disposent pas de cette somme.
Les salaires des chirurgiens ont baissé, tout comme
ceux des professeurs, qui ne touchent plus que 180 dollars
par mois au lieu de 350, sous l'ancien régime.
Gestion sabotée sous l'ancien régime.
Le directeur de l'hôpital, donne quelques explications
supplémentaires, précisant préalablement
qu'il a été nommé à ce poste
quatre mois avant la chute du régime, contre sa volonté
(il est chirurgien). Actuellement, s'ajoutent aux conséquences
directes des combats, les erreurs de gestion (volontaires,
bien souvent) commises sous le régime de Saddam Hussein.
En effet, durant la période de l'embargo, une grande
quantité de l'aide humanitaire (envoyée par
la France et la Hollande, en particulier) a été
volontairement bloquée par les autorités.
Les médicaments et les équipements reçus
étaient stockés dans une pièce de l'hôpital,
et il fallait accomplir un véritable parcours du
combattant administratif pour obtenir un produit. Généralement,
l'autorisation était donnée à la date
d'expiration du médicament, rendant son utilisation
impossible. Le but des autorités était d'aggraver
les effets de l'embargo à des fins de politique intérieure.
Conséquences de la guerre sur l'accroissement
des maladies infantiles. Après la première
guerre du Golfe, en 1991, le docteur Al-Sabbak avait constaté
un certain nombre de nouveaux cas de maladies (cancers)
ou de malformations (abcès) à la naissance.
Ne pouvant entreprendre de recherches sérieuses sans
autorisation officielle, il a dans un premier temps rassemblé
tous les exemples recueillis, pour établir des statistiques.
Il a constaté un accroissement sensible des malformations
à la naissance et des cancers chez les jeunes enfants.
L'utilisation des munitions à uranium appauvri par
les troupes américaines semblait en être la
cause, mais il fallait le prouver. Cette idée trouva
un écho très favorable auprès du gouvernement
de Saddam, mais les autorisations nécessaires demandées
en 1999, ne furent délivrées qu'à la
fin de l'année 2002, avec "obligation"
pour le professeur de résultats dans le sens voulu
par le ministère de la santé.
Mushin Al-Sabbak a alors consacré toute son énergie
à cette recherche, avec l'aide du laboratoire de
l'énergie atomique de Dialla. Mais les résultats
n'étaient pas à la hauteur de l'ampleur du
phénomène: avec seulement dix cas de présence
avérée de matière radioactive, il n'osa
pas publier ces résultats de peur des représailles.
La guerre éclatée en mars 2003 est tombée
à point pour lui éviter de gros ennuis. Malheureusement,
la guerre a signifié aussi l'arrêt des recherches
pour quelque temps, car le complexe de Dialla, ainsi que
celui de Safwan, bombardés massivement par les Américains,
sont complètement détruits.
L'autre danger des frappes américaines. À
ce sujet, le docteur fait une digression pour avertir du
danger que représentent encore aujourd'hui ces frappes.
Beaucoup de matière radioactive a été
libérée et a sans aucun doute affecté
la population environnante. Il regrette qu'aucune ONG ne
se soit souciée de ce danger. À Bassora, dans
certaines parties de la ville plus touchées que d'autres,
en particulier la zone allant jusqu'à Az-Zubair où
de violents combats ont eu lieu, les gens ont constaté
que les légumes poussés plus rapidement, ont
atteint des mensurations supérieures à celles
d'avant les combats. Ce phénomène a également
été constaté à Fao et à
Samawa.
En octobre, le docteur Al-Sabbak ira en France où
il a été invité par le docteur Nizzar
Mansour. Il doit participer à un colloque et espère
pouvoir recueillir une aide de ses confrères français.
Une visite de l'hôpital, après l'entretien,
permet de découvrir l'état de délabrement
du secteur de la santé à Bassora : l'hygiène
ne peut être respecté faute de personnel de
service (pas d'argent pour les payer), et l'essentiel des
équipements est vétuste. Dans la salle des
couveuses, les bouteilles d'oxygène sont stockées
prés des bébés ! Il faudra encore beaucoup
de temps, et d'aide extérieure, pour que l'hôpital
retrouve une capacité opérationnelle normale.
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