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Envoyé
spécial Philippe GAPET
COURS
DE FRANCAIS A BASSORA. A
l'école secondaire Al Mutamizin, le meilleur lycée
de la ville, on enseigne le français dans toutes
les classes à partir de la sixième. Mais les
deux professeurs, très isolés, ne voient aucun
débouché pour leurs élèves.
Bassora,
18 septembre 2003 - L'école
secondaire Al Mutamizin accueille les élèves
âgés de douze à dix-neuf ans, de la
sixième jusqu'à la terminale. C'est la meilleure
école de la ville et les élèves sont
admis sur dossier, au jugé de leurs résultats
dans les autres écoles. Environ 150 élèves,
sont répartis en six classes de vingt-cinq. La particularité
de ce lycée vient du fait que l'on enseigne le français
dans les six classes existantes: chaque élève
qui entre en sixième apprendra le français
pendant six ans. Il y a deux professeurs de français
pour le lycée et le programme dépend du ministère
de l'éducation. Avant, les élèves étudiaient
dans de très bonnes conditions et rédigeaient
un journal dans chaque langue étudiée (arabe,
anglais et français). Mais au terme de la scolarité,
faute d'application concrète de cet apprentissage,
le savoir acquis par les élèves se
perdait peu à peu. Pourtant, après la guerre,
les professeurs continuent d'enseigner la langue française,
même s'ils manquent cruellement de moyens. Les besoins
se font sentir en livres et ordinateurs, car tout a été
pillé pendant et après les combats.
Aujourd'hui, des ouvriers s'affairent à remettre
en état au plus vite les
classes de cours. Le bâtiment a été
repeint et quelques travaux de
maçonnerie sont en cours. Une société
anglaise a fourni l'aide matérielle pour la réalisation
des travaux, mais la main d'oeuvre est locale.
Par bonheur, la plupart des livres de cours avaient été
emportés par les élèves au moment des
pillages. La rentrée de la nouvelle année
scolaire n'est pas remise en cause.
Malgré tous ces problémes,le professeur Imad
Al Jazzair est optimiste. Ce professeur de mathématiques,
qui totalise dix-sept années de service dans l'éducation,
est marié et père de deux enfants. Sa situation
personnelle s'est nettement améliorée depuis
la chute du régime de Saddam Hussein. Auparavant
il recevait un salaire de 11.000 dinars par mois (moins
de 10$), alors que le nouveau gouvernement provisoire lui
verse désormais 300.000 dinars, soit 150$. Très
satisfait de sa nouvelle vie, il parle de liberté
retrouvée ainsi que de projets d'avenir pour tous
ses élèves.
Qui sait que dans cette province du sud de l'Iraq, dévastée
par trente ans de dictature et trois guerres meurtrières,
il y a des enfants qui étudient le français
et sont fiers de pouvoir citer quelques noms de villes françaises?
Ils auraient pourtant besoin d'un peu d'aide pour faire
fructifier ce savoir. C'est ce genre d'investissement qui
à long terme permettra à la Francophoniede
continuer à être l'ambassadeur de notre langue
et de nos idées.
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