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Envoyé
spécial Philippe GAPET
DES
ONG S'ACCROCHENT. Beaucoup sont parties depuis
le mois d'août. Il n'en reste plus que quatre. Croix
Rouge et Croissant Rouge sont toujours là, mais avec
moins d'expatriés dans leurs rangs.
Bassora,
23 septembre 2003 - Les ONG. Il reste
actuellement Norvegian Church Aid, revenue depuis
quatre jours et trois organisations italiennes : Intersos
pour le déminage, Un Ponte Per pour les questions
d'eau (réhabilitation du réseau de distribution,
construction de stations de pompage) et Cesvi pour
la réhabilitation d'écoles, d'hôpitaux
et, elle aussi, pour les problèmes d'eau.
Par l'évêque Kassab (NDLR:
voir 15 septembre, "La leçon de l'archevêque"),
j'ai pu rencontrer la responsable de Cesvi, Barbara Contini,
une femme d'une quarantaine d'années, forte et déterminée,
au physique comme au moral. A Bassora depuis le mois de
juillet, elle a vu évoluer la situation durant les
trois derniers mois, en particulier en août. Son ONG,dont
elle est la responsable pour tout le pays, s'occupe de reconstruire
sept écoles, principalement à Az Zubair. Les
fonds proviennent d'Allemagne pour six de ces écoles
(German Agro Action) et d'Italie l'autre (Media
Sept, la chaîne du Président Berlusconi).
Un hôpital est également construit a Al-Amara,
financé par l'entreprise italienne Expresso.
Cesvi reçoit également des fonds du ministère
des affaires étrangères italien, de l'Union
Européenne, ainsi que de l'Unicef, en tant que Implementing
Partner.
L'équipe se compose de la directrice
Barbara Contini, de deux expatriés, Mefre venu de
Palestine et Anvar du Tadjikistan, ainsi que de deux Iraquiens,
Ali et Fanzi. Une équipe locale de six gardes du
corps armés assure leur sécurité. Barbara
Contini se charge de passer les contrats avec des entreprises
locales, et la semaine dernière elle a du recevoir
les réponses de 64 entrepreneurs différents
après un appel d'offre. Toutes ces entreprises existent
réellement, elle les connaît, mais le plus
surprenant, c'est que presque toutes sont capables d'entreprendre
des travaux sur leurs fonds propres (personnels, matériels,
fournitures). Barbara Contini explique qu'elle ne paye que
30% du montant total à la livraison de la première
tranche de travaux, car les entreprises sont suffisamment
solides pour l'accepter. Preuve qu'il y a de l'argent pour
certains.
Barbara Contini affirme clairement que "les
évènements du mois d'août" correspondent
à un ras le bol général. Plusieurs
facteurs se sont combinés simultanément ou
presque. D'abord, à cette période il y avait
un énorme trafic de carburant et de bétail
-troupeaux abondants dans cette région, essentiellement
des moutons- et cela se passait sous les yeux des soldats
britanniques qui laissaient faire. A la même époque,
les lignes électriques ont été coupées
en plusieurs endroits à la fois. Action d'anciens
membres du parti Baath, partisans du chaos. Obligés
de vivre cachés pour échapper aux Britanniques
et à la vengeance des populations, ils ne voient
pas d'alternative. Enfin, une semaine avant les évènements,
un groupe de religieux est venu de Bagdad pour pousser les
gens à la violence. Barbara ne peut préciser
s'ils étaient sunnites ou chiites, iraquiens ou étrangers.
Il y a dix jours, un évènement
a mis un quartier de la ville en état de guerre civile
pendant quelques heures. Le fils du chef de la tribu Al
Karamsha a été tué en pleine rue Al
Djazzair (la rue la plus "sûre" du moment!),
vers 21H 30. Barbara dînait avec des amis dans un
restaurant, à 50m du lieu du crime, et elle a vu
tous les gens s'enfuir dans toutes les direction au moment
où la fusillade éclatait. Les autres membres
de la tribu, présents au moment du drame, ont ouvert
le feu sur tout ceux qui se trouvaient à proximité!
Deux jours après ce meurtre, les vengeances ont commencé
et cinq familles complètes ont été
tuées par les membres de cette tribu.
Barbara explique que cette tribu est en guerre
avec une autre tribu pour la suprématie sur la ville
de Bassora. Et elle sourit, quand elle dit qu'elle a un
avantage sur les autres ONG, parties à cause de l'insécurite,
parce qu'elle sait ce qu'est la Mafia. Selon elle, ces tribus
fonctionnent sur le même principe. Par exemple, à
Amara, où son ONG construit l'hôpital de Kalasale,
elle a rencontré le chef de tribu local et s'est
entendu avec lui (elle n'explique pas les modalités
de leur accord). Au début des travaux, les ouvriers,
pourtant recrutés sur place, étaient l'objet
de menaces de la part de ceux qui n'avaient pas de travail.
Depuis sa rencontre avec le chef de tribu, des hommes armés
gardent l'enceinte de l'hôpital, et les ouvriers peuvent
travailler tranquillement.
Les relations avec les forces militaires britanniques
sont quasi nulles, et Barbara le déplore. Elle pense
qu' ils ne font pas assez pour la sécurité
en général. Par exemple, elle a leur demandé
aide pour enlever des stocks de munitions et d'explosifs
qui avaient été placés dans une école
de Az Zubair. Après plusieurs jours rien n'était
encore fait. Tenus par les délais du contrat, les
ouvriers ont commencé à déménager
eux-mêmes les munitions. Prévenue, Barbara
est allée voir le commandant des forces dans l'ancien
palais de Saddam Hussein, et elle a ménacé
de transporter elle même les explosifs si les Britanniques
n'envoyaient pas d'aide. Finalement, un groupe de spécialistes
est venu dépolluer l'endroit et depuis les travaux
ont été effectués dans de bonnes conditions.
L'école est presque terminée.
Barbara Contini regrette le départ
des autres ONG, car selon elle, la situation est largement
"vivable" à Bassora. Les gens apprécient
leur travail, et la présence de gardes sur le lieu
de résidence empêche toute tentative de la
part des voleurs.
Dans la vie courante, Barbara s'habille de
façon à ne pas choquer et porte le voile quand
elle va chez un chef de tribu ou chez un habitant. Ces petits
détails, que d'autres ne veulent pas accepter, changent
beaucoup de choses au quotidien, et la population est très
sensible à ce "qui se voit".
Cet entretien avec Barbara Contini permet
de recouper les évènements survenus entre
les deux tribus ennemies. Les troubles actuels sont davantage
la conséquence de rivalités internes plutôt
que l'action d'éventuels terroristes. Même
si les évènements du mois d'août ont
été "favorisés" par des groupes
constitués. Le problème est toujours de savoir
qui se cache réellement derrière ces actions,
et à qui profite l'insécurite. Sûrement
pas à la population, qui est une nouvelle fois victime
d'enjeux et de manoeuvres qui la dépassent totalement.
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