![]()
L'APFA ET LE VOCABULAIRE DES AFFAIRES
Toutes les langues autres que langlais rencontrent dans le vocabulaire des affaires quelques difficultés qui résultent de la prépondérance économique américaine.
LA PRÉÉMINENCE DE LANGLO-AMÉRICAIN :
La vitalité dune langue dépend de la capacité dexpansion politique, économique, scientifique, technique et culturelle du pays où elle se parle. Le français a été la première langue de communication internationale lorsque la France était le pays le plus peuplé et le plus dynamique dEurope. En 1784, Rivarol écrivait dans son Discours sur luniversalité de la langue française : "Comme accablés sous lexubérance de lindustrie française nos voisins, recevant sans cesse des meubles, des étoffes et des modes qui se renouvelaient sans cesse, manquèrent de termes pour les exprimer on étudia notre langue de tous côtés".
Aujourdhui, ce sont les États-Unis dAmérique qui étendent sur lunivers entier leur emprise dans les domaines des sciences, des techniques, des arts, des distractions, des modes alimentaires et vestimentaires La langue anglaise qui sy pratique, aussi altérée soit-elle aux yeux des puristes, accroît à proportion son influence et sa diffusion
Cette mondialisation économique et cette uniformisation culturelle ont donc des effets dans le domaine de la langue et notamment du vocabulaire des affaires.UNE ÉVOLUTION DU SENS DE CERTAINS MOTS COURANTS :
C'est l'effet le plus pernicieux. Certains mots acquièrent une double acception. De nombreux mots courants, dont le sens ne prêtait pas à équivoque, prennent également celui de leur cousin anglo-américain, quon appelait autrefois un "faux ami" (terme d'une autre langue qui présente une ressemblance avec un terme de notre langue, mais qui n'a pas le même sens).
Prenons quelques exemples quon rencontre souvent dans la langue des affaires et de linformatique :
"initier" qui signifie traditionnellement "mettre au courant d'une science, d'un art, d'une profession, etc." est souvent employé maintenant au sens anglais de "commencer, entreprendre",
"finalisé" qui signifie traditionnellement "ce qui a une finalité" est souvent employé maintenant au sens anglais de "terminé, achevé",
"sophistiqué" qui signifie traditionnellement "manquant de naturel, maniéré" est souvent employé maintenant au sens anglais de "perfectionné, complexe",
"contrôle" qui signifie traditionnellement "vérification" est souvent employé maintenant au sens anglais de "commande, régulation",
"digital" qui signifie traditionnellement "relatif aux doigts" est souvent employé maintenant au sens anglais de "numérique",
"opportunité" qui désigne traditionnellement la "qualité de ce qui est opportun" est souvent employé maintenant au sens anglais d' "occasion",
"conventionnel" qui signifie traditionnellement "résultant d'une convention" ou "conforme aux usages sociaux") est souvent employé maintenant au sens anglais de "traditionnel, classique",
"décade" qui signifie traditionnellement "période dix jours" est souvent employé maintenant au sens anglais de "décennie" (période de dix ans),
"propriétaire" qui signifie traditionnellement "titulaire dun droit de propriété" est souvent employé maintenant au sens anglais de "breveté, exclusif, propre à une marque",
"versatile" qui signifie traditionnellement "qui change souvent dopinion" est souvent employé maintenant au sens anglais de "polyvalent, universel" (DVD)UNE AVALANCHE DE MOTS NOUVEAUX :
Langlais ne se contente pas de transformer le sens de certains de nos mots. Il nous offre aussi généreusement les siens. Par snobisme ou par paresse intellectuelle, de nombreux spécialistes français des différentes sciences et techniques empruntent sans mesure et sans vergogne les mots dont ils ont besoin, ou croient avoir besoin, à la langue internationale quest devenu langlais utilisé par les non anglophones. Et les commerçants se croient obligés de choisir une appellation dallure anglaise pour leur magasin. Linversion du complément de nom devient la règle et le "Royaume des jouets" a cédé la place à "Jouetland", lhôtel des Alpes à "Alpes Hôtel", les Emballages de la Durolle à "Durolle Emballages", etc. Les Français sont même friands de faux anglicismes (footing, parking, sponsoring ).
Laissons de côté les effets sur la syntaxe, qui ne sont pas spécifiques à la langue des affaires, et limitons nous aux effets sur le vocabulaire.
Certes, le vocabulaire français sest construit au cours des siècles, à partir de celui du latin dialectisé, avec des emprunts successifs et incessants aux langues gauloise, germanique, arabe, aux langues régionales, aux langues des pays voisins. Il serait bien évidemment ridicule de vouloir le faire vivre maintenant en vase clos en refusant les apports extérieurs. En fait, cest lexcès et loutrance de certains emprunts qui sont fâcheux.
Le français des affaires est en effet colonisé par une foule de mots étrangers, on peut même dire par des mots étranges car un mot dune langue étrangère sorti de son contexte linguistique perd lessentiel de sa signification, se trouve dépourvu de toutes les nuances et connotations nécessaires à sa bonne compréhension. Il faut lui laisser le temps de sacclimater, de se naturaliser.
On assiste ainsi, dans le domaine des affaires et dans dautres, à un phénomène pour le moins gênant, lemploi désordonné de mots étrangers ne saccompagnant pas toujours, dans lesprit de ceux qui les utilisent, dune conscience claire de leur signification. Parler franglais, cest souvent parler flou et penser faux
Lusage abusif et incessant de nouveaux mots étrangers présente par ailleurs un grave inconvénient : les lecteurs ou auditeurs qui ne les connaissent pas ne peuvent pas en deviner le sens, même de manière approximative, comme ils le font lorsquils rencontrent un mot inhabituel appartenant à leur langue et le comprennent, au moins partiellement, grâce à son étymologie ou sa parenté avec dautres mots connus.LE DISPOSITIF DENRICHISSEMENT DE LA LANGUE FRANÇAISE :
Il ne suffit évidemment pas de déplorer le recours excessif et désordonné à des mots étrangers. Il faut aussi sassurer que les mots nécessaires existent en français, les faire connaître, en rappeler la signification exacte et, en cas de besoin, proposer des néologismes.
Le français est la deuxième langue de communication internationale. Il fait partie des langues officielles et des langues de travail de la plupart des organisations internationales, ce qui implique que leurs traducteurs puissent disposer, dans les domaines spécialisés, de tous les termes français nécessaires.
La nécessité dencourager ladaptation du vocabulaire français aux évolutions du monde contemporain, principalement dans les domaines économique, scientifique et technique, a conduit à mettre en place le dispositif actuel des commissions de terminologie et de néologie : des commissions spécialisés dans différents ministères (7 au Ministère de léconomie, des finances et de lindustrie) et une commission générale auprès du Premier Ministre, qui regroupe et filtre les propositions des commissions spécialisées et les transmet pour avis à lAcadémie française.
Les termes et définitions qui ont obtenu un avis favorable de lAcadémie française sont publiés au Journal Officiel et leur emploi devient obligatoire pour les services de l'État et les entreprises publiques.
Les utilisateurs assimilent aisément les mots nouveaux lorsque ceux-ci sont élaborés en respectant les habitudes de leur langue et lorsquon les leur propose assez rapidement : informatique, ordinateur, logiciel, bureautique, publipostage, mercatique en sont dexcellents exemplesLE RÔLE DE L'APFA :
L'APFA a été créée sous le patronage de la Délégation générale à la langue française pour faire connaître et adopter les mots nouveaux rendus nécessaires par l'évolution des techniques dans le domaine des affaires.
L'APFA agit en direction des médias (son site sur l'internet, que vous consultez actuellement, est hébergé dans celui de l'Union Internationale de la Presse Francophone et il met à votre disposition toute la terminologie officielle ainsi que de nombreuses propositions de termes faites sous la seule responsabilité de l'association), auprès du public (par la diffusion de lexiques de poche) et auprès des étudiants et des lycéens pour les sensibiliser aux problèmes et les inciter à de bonnes habitudes de langage : la Coupe francophone des affaires affaires (Coupe du français des affaires dans les pays non francophones) constitue le point fort de cette action.
Le Mot dOr joue un rôle éducatif en incitant les élèves et étudiants en économie et gestion et en français des affaires à étudier et à utiliser une terminologie correcte dans leur langue maternelle, et sans doute aussi à mieux maîtriser langlais des affaires et à éviter le mélange des langues.
Le sujet du Mot dOr a maintenant un contenu dont la structure est bien établie. Il comprend cinq parties : une recherche de néologismes pour désigner des concepts nouveaux, une recherche de mots existants à partir de leur définition, un conte terminologique en franglais quelque peu canularesque que les candidats doivent réécrire en français, un exercice étymologique et une courte rédaction sur un projet dentreprise
La recherche de néologismes, dont les thèmes sont annoncés au moment de linscription des candidats et qui anticipe lintervention de la commission de terminologie des techniques commerciales, peut être une activité pédagogique intéressante pour les enseignants qui souhaitent lexploiter.
La recherche de mots existants permet une adaptation assez aisée du sujet aux différents niveaux et aux différents domaines (il existe maintenant une version adaptée à lÉcole nationale des impôts).
Le conte terminologique permet de promouvoir le vocabulaire des affaires, en français et dans la langue maternelle pour les pays non francophones, et conduit aussi, indirectement, les candidats à mieux maîtriser le sens véritable des mots anglais quils ont tendance à employer étourdiment. La promotion du français des affaires nest pas une croisade contre langlais. Parlons français, parlons anglais, mais ne mélangeons pas inconsidérément les deux langues.
Lexercice étymologique porte sur des mots importants du français des affaires et il vise surtout à donner aux enseignants loccasion dorganiser une réflexion intéressante sur lorigine de ces mots.
La rédaction sur le thème "sachez entreprendre en français", en français quelle que soit la langue maternelle du candidat, préparée elle aussi à lavance, vise à encourager lesprit dentreprise.
Il existe des versions du sujet pour les pays non francophones (Coupe du français des affaires) avec réponses dans la langue maternelle et en français.
Lépreuve a lieu pendant la semaine internationale de la francophonie, en France (académies métropolitaines et d'outre-mer) et dans de nombreux pays étrangers (francophones ou non). Elle est suivie maintenant par les "Mots d'Or des Jeunes Entrepreneurs Poètes" qui sont une façon originale et agréable de faire connaître les mots nouveaux en les présentant des poèmes.
Les principaux lauréats scolaires et universitaires ainsi que les journalistes et professionnels qui se sont illustrés par un bon usage de la langue française dans le domaine des affaires se voient remettre leur "Mot d'Or" lors de la "Journée du français des affaires" qui a lieu chaque année en novembre à Paris.Retour à la présentation de l'APFA
Retour au sommaire général