Présentation de la 9ème liste du vocabulaire économique et financier

(Note Bleue de Bercy n° 184 de 1er au 15 juin 2000)

Article de Jean Saint-Geours, président de la Commission spécialisée de terminologie et de néologie en matière économique et financière du ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie.

Mis en place en 1996, le nouveau dispositif d’enrichissement de la langue française continue à développer son action, dans le but essentiel de permettre au vocabulaire français de désigner toutes les réalités contemporaines, principalement dans les domaines économique, scientifique et technique. Cet article présente la neuvième liste officielle de terminologie économique et financière qui comprend environ 70 termes et couvre un domaine considérable et particulièrement éclectique.

Le nouveau dispositif d’enrichissement de la langue française établi en juillet 1996 développe et accélère son action, Depuis la publication de la huitième liste du vocabulaire de l’économie et des finances au Journal officiel de la République française, le 14 août 1998, trois listes ont suivi le parcours qui associe la Commission spécialisée de terminologie et de néologie en matière économique et financière du ministère de l’Économie, des finances et de l’industrie, la Commission générale de terminologie et de néologie et, enfin, l’Académie française dont l’accord est requis avant publication. La neuvième liste vient d’être publiée ; la dixième a été portée à l’examen de la Commission générale ; la onzième liste est en cours d’examen par la Commission spécialisée. En l’occurrence, le rôle de l’État n’est pas de décider du choix des termes, toujours plus nombreux et spécialisés, nécessaires aux différents métiers, ni de les imposer à d’autres qu’à lui-même, mais de mener une action plus adaptée à ses missions modernes de service public : inciter à la créativité propre de la langue française et à sa clarification, notamment en soutenant et en coordonnant la démarche des différents acteurs qui concourent, face à l’importation de mots étrangers, à l’élaboration de néologismes; enfin, diffuser ces nouvelles terminologies — en suscitant un effet d’entraînement en particulier grâce à la base de données installée sur Internet. Bref, le nouveau dispositif de terminologie et de néologie a étendu les voies de sa saisine, a élargi et approfondi le champ de ses réflexions et de sa production, notamment en multipliant les consultations, enfin, il s’attache à promouvoir la teneur de ses conclusions auprès des relais du langage (journalistes, professionnels de l’industrie et des services, publicitaires, etc.) ainsi que vers le public.

La neuvième liste comprend presque 70 termes. Couvrant un domaine considérable, elle est particulièrement éclectique. Il ne faut pas s’étonner si elle comporte, à côté de mots d’acception générale (arbitrage, par exemple), des termes plus spéciaux, telle "clause de forfait" pour walk-awav clause. C’est une loi du genre. Le principal défi de l’exercice est de traiter un terme particulier lorsqu’il est en voie de relative généralisation.

On remarquera à cet égard, parmi les termes les mieux venus ou les plus utiles : appariement pour matching, arbitrage pour trade-off, commerce en ligne pour commerce on-line (franglais), gouvernement de l’entreprise pour corporate governance, équivalence déjà très utilisée, haut de gamme pour full size.

On doit par ailleurs insister sur l’importance de l’emploi d’options sur titres, déjà officialisées par un texte dès 1973, pour ces stock options, à la mode, mais mal compris du grand public.

La vente agressive (pour hard selling) paraît aller de soi, comme stratégie d’entreprise, pour business strategy.

Mais on ne peut que regretter la lente pénétration, en dehors de l’enseignement où il est fort bien admis, du mot "mercatique" (et ses associations) adopté dès 1987, pour marketing (le terme "mercatique" a été inventé en 1973 par François Perroux et Jean Fourastié, membres de la première Commission ministérielle de terminologie économique et financière). Ce fait souligne que les mots anglais (ou américains) en "ing", outre leur large diffusion, ont souvent l’avantage d’avoir une teneur sémantique suffisamment vague pour rassembler, mais dans l’incertitude, un grand nombre d’adhésions.

La dixième liste (environ 77 termes) est maintenant lancée dans le processus d’examen. L’un de ses termes, "jeune pousse" (d’entreprise) pour remplacer start-up, a déjà été bien accueilli, avec un brin d’amusement, par un certain nombre de journalistes.

Le plus difficile est évidemment de faire coïncider ou de transposer correctement la valeur sémantique des mots à traduire ou à mettre en équivalence, valeur qui, de surcroît, change selon leur situation.

On ne saurait cacher que les voies de pénétration des mots américains se multiplient : globalisation de la finance mondiale, jeux électroniques et Internet, musiques, alimentation rapide, etc. Mais l’objectif essentiel est de permettre à la langue française de disposer des mots nécessaires pour exprimer les notions nouvelles, et surtout d’aider les Français à se comprendre mutuellement.

Retour aux informations sur le répertoire terminologique officiel
Retour au sommaire général