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ROUMANIE

Le Figaro (Paris), lundi 21 novembre 2005

Propos recueillis par Arielle Thedrel

Traian Basescu : «L'Europe a du mal à assurer seule sa sécurité» Un entretien avec le président Traian Basescu, à l'occasion de sa première visite officielle en France.

Elu il y a à peine un an, Traian Basescu va devoir prouver, à l'occasion de sa première visite officielle en France aujourd'hui, qu'il est un Européen convaincu. La volonté affichée par le président roumain d'établir un «partenariat stratégique» avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne a agacé Paris, avocat traditionnel de l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne. Bucarest n'ignore pas que le soutien de la France lui est indispensable pour lui permettre d'intégrer l'Union dans le délai prévu, c'est-à-dire le 1er janvier 2007. Or le dernier rapport, mitigé, de la Commission européenne n'exclut pas d'utiliser une clause de sauvegarde pour reporter cette adhésion. Malgré l'adoption d'un arsenal législatif important, les résultats dans la lutte contre la grande corruption s'avèrent plutôt maigres. Le président Basescu, qui s'est engagé à éradiquer ce phénomène, s'en est pris tout récemment à son premier ministre, Calin Tariceanu, qu'il suspecte de trafic d'influence. Le conflit qui oppose les deux hommes menace d'éclatement la fragile coalition de droite au pouvoir.

LE FIGARO. – Qu'attendez-vous de la France ?

Traian BASESCU. – Ce que la Roumanie a toujours attendu d'elle : son soutien et sa coopération. C'est une constante de nos relations qui ne peut être remise en question par le fait que nous échangeons parfois des propos assez âpres.

La Roumanie accueillera l'an prochain le sommet de la francophonie. Que représente pour vous cet événement ?

Il me semble important qu'au-delà de son rôle traditionnel de promoteur de la culture francophone cette organisation assume des politiques concernant le développement et l'environnement de ses Etats membres. J'aimerais qu'elle acquière un poids qui en ferait l'organisation la plus importante après l'ONU. Le prochain sommet de la francophonie doit renforcer la communication politique.

Que devient «l'axe Bucarest-Washington-Londres» ?

Nous maintenons notre choix en faveur d'un partenariat stratégique avec Londres et Washington. La sécurité nationale de la Roumanie, qui se situe dans une zone de dangers et de défis, est notre priorité. En même temps, nous travaillons pour de bonnes relations transatlantiques. En tant que membre de l'Otan, la Roumanie a la responsabilité de sécuriser la frontière orientale de l'Union européenne. Il y a dans cette zone de la mer Noire quatre conflits gelés : en Transnistrie, en Abkhazie, en Ossétie et au Nagorno-Karabakh. A cela s'ajoutent un trafic massif de drogues en provenance du Proche-Orient, un trafic d'êtres humains et d'armes. Mais surtout il faut savoir que la moitié des besoins énergétiques de l'Union européenne transite par là.

L'Union européenne n'est donc pas capable, selon vous, d'assurer sa propre sécurité ?

L'Union européenne n'a pas intérêt à entretenir une relation transatlantique conflictuelle car elle a du mal à assurer seule sa sécurité. Je sais bien que certains dirigeants diront le contraire, mais je suis bien obligé de constater que seuls les Américains et les Britanniques s'intéressent vraiment aux pays riverains de la mer Noire. Pourtant, je vous assure que si, pour assurer la sécurité de l'Union européenne, la France souhaitait des facilités militaires en Roumanie, nous serions tout à fait prêts à les lui accorder.

Croyez-vous, comme la Pologne, que le régime autoritaire de Vladimir Poutine contribue à maintenir un climat d'instabilité dans cette région ?

La sécurité de la région est étroitement liée au niveau de démocratie existant en Russie et il est clair que, si la Russie avait les standards requis par l'UE, elle serait invitée à en devenir membre. Mais la Russie est aussi un puissant voisin qu'on ne peut ignorer et avec lequel nous devons entretenir de bonnes relations.

Quel est le contenu de l'accord militaire que vous vous apprêtez à signer avec les Etats-Unis ?

Vous le saurez lors de la conférence de presse conjointe qui suivra la signature de cet accord, probablement le mois prochain. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il ne faut plus penser aux bases traditionnelles qui comptaient des centaines de milliers d'hommes.

Que répondez-vous aux accusations selon lesquelles la Roumanie abriterait des prisons clandestines de la CIA ?

Je suis catégorique : il n'existe pas de telles prisons en Roumanie. Nous sommes ouverts à une enquête sur les bases de Timisoara et de Kogalniceanu, suspectées d'abriter de telles prisons.

Que vous inspire le non des Français au traité constitutionnel ?

C'est un échec de toute l'Union, mais il n'est pas insurmontable. L'Union européenne ne peut pas se limiter à être un marché commun. Elle doit devenir une puissance politique, et cela n'est possible qu'avec un traité constitutionnel. Nous ne pouvons plus continuer à avoir 25 – et bientôt 27 – politiques étrangères différentes.

Craignez-vous un report de l'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne ?

Il n'existe pas de plan alternatif en ce qui concerne notre adhésion. Notre objectif reste d'intégrer l'Union le 1er janvier 2007. Le dernier rapport de la Commission européenne, que je trouve objectif et correct, nous encourage à maintenir ce cap. Les seules critiques portent sur la sécurisation des frontières et l'inefficacité dans la lutte contre la corruption. Sur ce dernier point, je continue à me prononcer pour une tolérance zéro. Et je suis bien déterminé à faire en sorte que la législation adoptée pour combattre ce phénomène soit mise en application.

Les divisions qui affectent la coalition au pouvoir ne risquent-elles pas de paralyser votre action ?

En tant que président, je n'ai qu'un seul allié : le peuple roumain qui m'a élu. Je n'accepterai jamais de coopérer avec une institution, y compris le gouvernement, qui manifeste des dysfonctionnements. Il est de mon devoir d'en avertir ses responsables, si possible en privé, mais, si besoin est, en public.