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Propos recueillis par
Arielle Thedrel
Traian Basescu
: «L'Europe a du mal à assurer seule sa sécurité»
Un entretien avec le président Traian Basescu, à
l'occasion de sa première visite officielle en France.
Elu il y a à
peine un an, Traian Basescu va devoir prouver, à
l'occasion de sa première visite officielle en France
aujourd'hui, qu'il est un Européen convaincu. La
volonté affichée par le président roumain
d'établir un «partenariat stratégique»
avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne a agacé
Paris, avocat traditionnel de l'adhésion de la Roumanie
à l'Union européenne. Bucarest n'ignore pas
que le soutien de la France lui est indispensable pour lui
permettre d'intégrer l'Union dans le délai
prévu, c'est-à-dire le 1er janvier 2007. Or
le dernier rapport, mitigé, de la Commission européenne
n'exclut pas d'utiliser une clause de sauvegarde pour reporter
cette adhésion. Malgré l'adoption d'un arsenal
législatif important, les résultats dans la
lutte contre la grande corruption s'avèrent plutôt
maigres. Le président Basescu, qui s'est engagé
à éradiquer ce phénomène, s'en
est pris tout récemment à son premier ministre,
Calin Tariceanu, qu'il suspecte de trafic d'influence. Le
conflit qui oppose les deux hommes menace d'éclatement
la fragile coalition de droite au pouvoir.
LE FIGARO. –
Qu'attendez-vous de la France ?
Traian BASESCU.
– Ce que la Roumanie a toujours attendu d'elle : son soutien
et sa coopération. C'est une constante de nos relations
qui ne peut être remise en question par le fait que
nous échangeons parfois des propos assez âpres.
La Roumanie
accueillera l'an prochain le sommet de la francophonie.
Que représente pour vous cet événement
?
Il me semble
important qu'au-delà de son rôle traditionnel
de promoteur de la culture francophone cette organisation
assume des politiques concernant le développement
et l'environnement de ses Etats membres. J'aimerais qu'elle
acquière un poids qui en ferait l'organisation la
plus importante après l'ONU. Le prochain sommet de
la francophonie doit renforcer la communication politique.
Que devient
«l'axe Bucarest-Washington-Londres» ?
Nous maintenons
notre choix en faveur d'un partenariat stratégique
avec Londres et Washington. La sécurité nationale
de la Roumanie, qui se situe dans une zone de dangers et
de défis, est notre priorité. En même
temps, nous travaillons pour de bonnes relations transatlantiques.
En tant que membre de l'Otan, la Roumanie a la responsabilité
de sécuriser la frontière orientale de l'Union
européenne. Il y a dans cette zone de la mer Noire
quatre conflits gelés : en Transnistrie, en Abkhazie,
en Ossétie et au Nagorno-Karabakh. A cela s'ajoutent
un trafic massif de drogues en provenance du Proche-Orient,
un trafic d'êtres humains et d'armes. Mais surtout
il faut savoir que la moitié des besoins énergétiques
de l'Union européenne transite par là.
L'Union européenne
n'est donc pas capable, selon vous, d'assurer sa propre
sécurité ?
L'Union européenne
n'a pas intérêt à entretenir une relation
transatlantique conflictuelle car elle a du mal à
assurer seule sa sécurité. Je sais bien que
certains dirigeants diront le contraire, mais je suis bien
obligé de constater que seuls les Américains
et les Britanniques s'intéressent vraiment aux pays
riverains de la mer Noire. Pourtant, je vous assure
que si, pour assurer la sécurité de l'Union
européenne, la France souhaitait des facilités
militaires en Roumanie, nous serions tout à fait
prêts à les lui accorder.
Croyez-vous,
comme la Pologne, que le régime autoritaire de Vladimir
Poutine contribue à maintenir un climat d'instabilité
dans cette région ?
La sécurité
de la région est étroitement liée au
niveau de démocratie existant en Russie et il est
clair que, si la Russie avait les standards requis par l'UE,
elle serait invitée à en devenir membre.
Mais la Russie est aussi un puissant voisin qu'on ne peut
ignorer et avec lequel nous devons entretenir de bonnes
relations.
Quel est
le contenu de l'accord militaire que vous vous apprêtez
à signer avec les Etats-Unis ?
Vous le saurez
lors de la conférence de presse conjointe qui suivra
la signature de cet accord, probablement le mois prochain.
Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il ne faut plus
penser aux bases traditionnelles qui comptaient des centaines
de milliers d'hommes.
Que répondez-vous
aux accusations selon lesquelles la Roumanie abriterait
des prisons clandestines de la CIA ?
Je suis catégorique
: il n'existe pas de telles prisons en Roumanie. Nous sommes
ouverts à une enquête sur les bases de Timisoara
et de Kogalniceanu, suspectées d'abriter de telles
prisons.
Que vous
inspire le non des Français au traité constitutionnel
?
C'est un échec
de toute l'Union, mais il n'est pas insurmontable. L'Union
européenne ne peut pas se limiter à être
un marché commun. Elle doit devenir une puissance
politique, et cela n'est possible qu'avec un traité
constitutionnel. Nous ne pouvons plus continuer à
avoir 25 – et bientôt 27 – politiques étrangères
différentes.
Craignez-vous
un report de l'adhésion de la Roumanie à l'Union
européenne ?
Il n'existe
pas de plan alternatif en ce qui concerne notre adhésion.
Notre objectif reste d'intégrer l'Union le 1er janvier
2007. Le dernier rapport de la Commission européenne,
que je trouve objectif et correct, nous encourage à
maintenir ce cap. Les seules critiques portent sur la sécurisation
des frontières et l'inefficacité dans la lutte
contre la corruption. Sur ce dernier point, je continue
à me prononcer pour une tolérance zéro.
Et je suis bien déterminé à faire en
sorte que la législation adoptée pour combattre
ce phénomène soit mise en application.
Les divisions
qui affectent la coalition au pouvoir ne risquent-elles
pas de paralyser votre action ?
En tant que
président, je n'ai qu'un seul allié : le peuple
roumain qui m'a élu. Je n'accepterai jamais de coopérer
avec une institution, y compris le gouvernement, qui manifeste
des dysfonctionnements. Il est de mon devoir d'en avertir
ses responsables, si possible en privé, mais, si
besoin est, en public.
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