CONFERENCE
DES FEMMES DE LA FRANCOPHONIE
"Femmes,
pouvoir et développement"
Déclaration
finale de la Conférence de Luxembourg,
le 5 février 2000
Nous,
Chefs de délégation des 55 Etats et gouvernements membres,
associés et observateurs, des pays ayant le français en partage,
réunis à linvitation des autorités du Grand-Duché de
Luxembourg, les 4 et 5 février 2000,
adoptons
la présente Déclaration
I
- Préambule :
Soutenant
linitiative du Secrétaire général de lOrganisation
internationale de la Francophonie lors de la 12è
session de la Conférence ministérielle à Bucarest, les 4 et
5 décembre 1998,
Nous
fondant sur la Déclaration et le Plan d'Action du VIIIè
Sommet de la Francophonie tenu à Moncton au Canada/Nouveau-Brunswick
du 3 au 5 septembre 1999, qui prévoient de tenir une conférence
francophone appelée " Femmes, pouvoir et développement ",
afin de préparer la session extraordinaire de lAssemblée
générale de lONU en juin 2000, intitulée " Les
femmes en lan 2000 : égalité entre les sexes, développement
et paix pour le XXIè siècle ".
Soulignant
les acquis successifs des rencontres et les engagements pris
dans le cadre de la concertation francophone, notamment
à
Nouakchott en juillet 1994 et à Dakar
en novembre 1994, pour identifier des thèmes prioritaires
communs à lespace francophone ainsi que des stratégies
daction ;
à
Ouagadougou en décembre 1994, avec la résolution
adoptée par la 4è session de la Conférence ministérielle recommandant
de prendre en compte, après Pékin, les objectifs dune
stratégie francophone en faveur des femmes ;
à
Cotonou par la résolution n°11 sur le suivi de la
Conférence de Pékin, adoptée par le VIè Sommet
de la Francophonie en décembre 1995 ;
Soucieux
de dresser un bilan des actions menées depuis la Conférence
de Pékin (1995) et de dégager des priorités et des stratégies
dactions concrètes pour lavenir,
Réitérant
notre volonté de concertation, dans lesprit de coopération
et de partenariat qui anime nos Etats et gouvernements
membres, nous voulons rappeler que les engagements pris
à Pékin lors de la 4è Conférence mondiale sur
les femmes, dans les 12 domaines prioritaires qui ont
été identifiés, demeurent des objectifs majeurs pour la
Francophonie.
II
Objectifs stratégiques
Conscients
de limportance des relations entre les femmes et
les hommes pour lévolution des sociétés et désireux
de valoriser toutes leurs potentialités, nous voulons
créer les conditions pour que tant les femmes que les
hommes puissent simpliquer et contribuer davantage
à la promotion de légalité de droit et dans les
faits entre les femmes et les hommes.
Dans
le but de garantir aux femmes une citoyenneté partagée,
entière et active, nous voulons adopter une double approche
privilégiant :
le changement et lévolution
des rôles et des responsabilités des femmes et des hommes
qui doivent saccompagner de la prise de conscience
de la nécessité dun partenariat nouveau ;
la prise en compte systématique
de lapproche du genre, cest-à-dire l'intégration
de la dimension sexo-spécifique qui respecte les conditions,
les priorités, les besoins et les contributions des femmes
et des hommes dans la conception, la mise en uvre,
le suivi et lévaluation de toutes les politiques.
Soucieux de marquer la volonté
de la Francophonie de réaliser cet objectif, nous nous
sommes accordés, sur la base des acquis, pour concentrer
nos efforts sur les deux domaines " Pouvoir "
et " Développement ", identifiés par
le VIIIè Sommet comme particulièrement mobilisateurs
pour la communauté francophone.
Nous recommandons
que ces efforts sarticulent autour des axes suivants :
1°
Concernant le "pouvoir" :
a) pour
ce qui concerne la pleine et égale participation
des femmes à la vie politique, économique, sociale et
culturelle, il conviendra de prendre des mesures
pour assurer :
l'égalité
juridique, la garantie des droits fondamentaux des femmes et
lélimination de la violence sous toutes ses formes à légard
des femmes et des enfants, y compris la traite des êtres humains ;
l'adoption
des dispositions nécessaires en matière de formation, d'information
et sur le plan législatif, pour favoriser l'égal accès des femmes
et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives,
et favoriser également la participation des femmes dans les
instances consultatives, judiciaires, exécutives et administratives
;
légale
possibilité pour les femmes et les hommes de participer volontairement
et de façon active et responsable à la vie des partis et mouvements
politiques ;
la
création ou le développement des mécanismes institutionnels
chargés de veiller à l'application des politiques en matière
d'égalité entre les femmes et les hommes ;
b)
sagissant de favoriser laccès des
femmes à la prise de décision, nous soutenons
en particulier :
la
mobilisation des efforts des partenaires sociaux, des organisations
patronales et syndicales, pour promouvoir laccès et la participation
équilibrée des femmes et des hommes aux postes de responsabilité
et de décision en leur sein et dans le cadre des négociations
collectives ;
les
mesures incitatives destinées à accroître la présence des femmes
dans les entreprises publiques et privées, à tous les niveaux
décisionnels dans la vie professionnelle, où les fonctions de
décision demeurent majoritairement exercées par les hommes ;
lappui
aux initiatives et aux actions des associations, notamment féminines,
en faveur de la promotion de légalité et de la participation
équilibrée des femmes et des hommes dans la prise de décision
au sein de leur organisation comme dans lensemble de la
société.
2°
Concernant le "développement" :
La
recherche dun développement durable doit sengager
dans différents domaines pour assurer aux femmes, en particulier
aux femmes rurales, une pleine participation à la vie économique,
sur un pied dégalité avec les hommes, et lutter efficacement
contre la pauvreté en général, et sa féminisation en particulier ;
ces domaines correspondent de fait aux champs daction prioritaires
suivants :
-
léducation
et la formation
Nous demandons :
lintroduction
dans les institutions éducatives, dune approche méthodologique
qui, tenant compte des différences dans la scolarisation des femmes
et des hommes, vise à leur égalité, c'est-à-dire une pédagogie
du genre ;
lintégration
de lapproche du genre dans les curricula de formation du
personnel enseignant et dorientation professionnelle, ainsi
que des agents sociaux ;
laccès
égal des filles et des garçons à léducation scolaire, aux
offres d'encadrement scolaire et de formation continue, à lenseignement
supérieur, surtout aux filières scientifiques et technologiques,
et à la recherche ;
le
maintien des filles dans les systèmes scolaires et de formation
;
le
renforcement des programmes dalphabétisation en faveur des
femmes ;
lintroduction
dans les programmes de formation ciblant des filles et les femmes,
notamment en milieu rural, de modules visant l'acquisition de
compétences en matière de lancement et de gestion d'entreprises
;
la
prise en compte de l'importance croissante des nouvelles technologies
de l'information et des médias dans la lutte contre les stéréotypes
sexistes et les violences.
-
la
santé
Nous
recommandons la promotion de programmes :
de
prévention et de sensibilisation en vue de préserver lintégrité
physique et psychologique des femmes en matière de santé, notamment
reproductive, en particulier par linformation et l'éducation
à la vie familiale ;
de
sensibilisation et d'éducation à la gestion responsable de l'environnement ;
de
lutte contre linfection par les maladies sexuellement transmissibles
(MST), et le VIH-SIDA, visant particulièrement les femmes et les
jeunes ;
de
lutte contre le paludisme ;
de
lutte contre les pratiques traditionnelles préjudiciables, notamment
les mutilations génitales féminines.
-
léconomie
Nous préconisons :
la
garantie de l'égalité des femmes et des hommes quant à l'accès
au contrôle et à la gestion des ressources, des richesses et de
la propriété, notamment la propriété foncière, en vue dassurer
leur participation au développement économique dans la perspective
du développement durable ;
la
garantie du principe de légalité entre femmes et hommes
dans le domaine de lemploi, de lembauche et des rémunérations ;
l'organisation
du temps de travail qui permet l'articulation de la vie professionnelle
et la vie familiale ;
ladoption
de mesures spécifiques pour lutter contre le chômage féminin et
pour assurer la protection sociale des femmes vulnérables ;
l'élaboration
et lapplication de politiques et de programmes facilitant
l'accès égal des femmes aux systèmes financiers, commerciaux et
aux nouvelles technologies ;
l'appui
aux femmes dans le secteur informel, notamment par le biais du
micro-crédit et de la micro-assurance ;
lappui
à la création dentreprises et de coopératives, par un meilleur
accès des femmes aux systèmes bancaires et financiers ;
la
prise en compte, dans les statistiques officielles, du travail
non rémunéré, en particulier celui des femmes.
-
la
paix
La
paix étant un facteur indissociable du développement,
Nous
recommandons :
limplication
des femmes dans les mécanismes de prévention, de gestion, de règlement
des conflits et le renforcement de leur participation dans les
opérations de maintien de la paix ;
ladoption
de mesures de sensibilisation aux causes des violences qui engendrent
des mouvements de populations et notamment des afflux de réfugiés
et de déplacés, principalement des femmes et des enfants ;
létablissement
de la confiance, la maîtrise des dépenses militaires dans le respect
des obligations internationales et la transformation de la société
après les conflits en veillant à ce que les femmes soient associées
à tous ces efforts et que légalité entre les femmes et les
hommes soit un objectif permanent ;
lintégration,
dans les programmes scolaires dune éducation des filles
et des garçons à la citoyenneté, à la culture de la paix et aux
droits et libertés.
III
- Mesures stratégiques
Soucieux
de marquer la volonté daction de la Francophonie, nous
nous sommes accordés pour susciter des engagements nouveaux,
et instituer notamment un cadre déchanges dexpériences,
dinformations et de bonnes pratiques.
Nous
invitons, en conséquence, lOrganisation internationale de
la Francophonie, notamment lAgence intergouvernementale
de la Francophonie et les opérateurs directs, comme lensemble
des Etats et gouvernements membres, à renforcer leur
action et à dégager les ressources humaines et financières nécessaires,
dans ces deux domaines qui concernent, dune part, les femmes
dans la prise de décision et les mécanismes institutionnels de
promotion de la femme, ainsi que, dautre part, la participation
des femmes au développement en vue daméliorer leur situation
socio-économique, dans la perspective dun développement
durable.
A
ces fins, nous invitons :
1
- Les Etats et gouvernements membres à mobiliser, dans le cadre
de la mise en uvre des objectifs précédemment cités relatifs
au pouvoir et au développement, les moyens nécessaires et ce,
à travers notamment :
la
mise en place ou le renforcement, au cas où il
existe, dun mécanisme national de concertation pour
la définition, lexécution, le suivi et lévaluation
des politiques relatives à la promotion de légalité
entre les femmes et les hommes ;
lélaboration
et la mise en uvre, dans les pays qui ne lont
pas encore fait, dune stratégie nationale pour la
promotion de légalité entre les femmes et les hommes ;
lutilisation
de ressources dégagées par lallègement de la dette
et la reconversion du service de la dette dans des projets
et des programmes visant la promotion de légalité
entre les femmes et les hommes dans tous les domaines ;
le
développement de programmes de coopération assurant la
promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes
par l'échange dexpériences positives Nord/Sud, Sud/Nord
et Sud/Sud ;
la
mise en conformité des textes législatifs et réglementaires
nationaux avec les instruments internationaux ratifiés.
2
- Le Secrétaire général de lOrganisation internationale
de la Francophonie, sappuyant sur lAgence intergouvernementale
de la Francophonie, à engager résolument lInstitution dans
la voie de :
la
prise en compte de l'égalité des femmes et des hommes dans toutes
les actions politiques ;
létude
prospective sur la place des femmes dans les parlements de la
Francophonie ;
lintégration
des femmes au niveau décisionnel dans les actions de promotion
de la paix et de la démocratie, ainsi que dans le domaine de la
prévention et du règlement des conflits ;
la
promotion des femmes aux postes de consultation, de décision et
de responsabilité à tous les niveaux de lOIF ;
la
sensibilisation de tous les Etats membres à limportance
de procéder à la signature, à la ratification, à la diffusion
et à l'application effective de tous les instruments juridiques
internationaux pertinents, notamment du protocole facultatif à
la Convention sur lélimination de toutes les formes
de discrimination à légard des femmes ;
lencouragement
de tous les Etats membres à se préoccuper constamment de la mise
en uvre effective de la Convention sur lélimination
de toutes les formes de discrimination à légard des femmes
et à examiner la possibilité de lever les réserves formulées lors
de la ratification ;
la
nécessité de prendre des mesures pour la mise en uvre effective
de la Convention relative aux droits de lEnfant ;
la
mise en uvre dune politique dynamique de coopération
avec dune part les autres Organisations internationales
ou régionales et, dautre part, les organisations internationales
non gouvernementales féminines et de coopération au développement,
dans le cadre de la Francophonie ;
le
maintien de la concertation la plus étroite entre les Etats et
gouvernements membres de la Francophonie en vue de veiller au
respect de ces objectifs et à leur réalisation.
3
- Nous demandons, en conséquence, à lAgence intergouvernementale
de la Francophonie et aux opérateurs directs des Sommets, selon
leurs compétences respectives, de prendre en compte ces lignes
daction prioritaires dans la mise en uvre de leurs
programmations, en sappuyant sur lexpérience des Etats
et gouvernements membres, afin que la coopération multilatérale
francophone sapplique notamment à :
la
mise en place dun mécanisme transversal de conception, de
réalisation, de coordination et dévaluation, chargé de la
sensibilisation, de linformation et de la formation au principe
dégalité des femmes et des hommes ;
le
soutien à la recherche surtout dans le domaine scientifique, pour
valoriser les travaux des femmes scientifiques et ingénieurs,
ainsi que pour identifier les différents facteurs qui freinent
laccès des femmes à la culture scientifique et technologique ;
la
création et lanimation dun réseau permanent dexpert(e)s
francophones, comprenant des représentant(e)s dONG nationales
et internationales, et la diffusion régulière dinformations
sur lévolution de légalité dans les pays et dans les
institutions de la Francophonie ;
la
mise en place dune base de données ventilées par sexe et
dun argumentaire en matière de politiques dégalité,
pour lélimination des discriminations et la lutte contre
la pauvreté ;
la
mise en place dune base de données recensant les femmes
francophones ayant occupé ou occupant des postes décisionnels
;
la
recherche et l'application dune terminologie commune à la
Francophonie en matière dégalité des femmes et des hommes
et de droits des femmes.
*
Enfin,
nous confions au Secrétaire général de lOrganisation internationale
de la Francophonie le soin de veiller, par le canal de lAgence
intergouvernementale de la Francophonie et en synergie
avec les opérateurs directs, de même quavec lAssemblée
parlementaire de la Francophonie, à la mise en uvre de lensemble
des recommandations de la présente Déclaration, notamment dans
le cadre de la concertation que les pays membres auront à poursuivre
lors de la réunion préparatoire de la Conférence de New-York en
mars 2000 ainsi quen juin 2000 pendant la Conférence " Les
femmes en lan 2000 : égalité entre les sexes, développement
et paix pour le XXIè siècle ".
Rapport
sera fait aux instances de la Francophonie sur la mise en uvre
de la présente Déclaration