Allocution du président
de la République
M. Jacques CHIRAC
Réception du Haut conseil de la francophonie (HCF)
à Paris, Palais de l'Elysée, mardi
12 février 2002
Monsieur le Président
du Sénat,
Madame la ministre de la Culture et de la Communication,
Monsieur le ministre de la Coopération et de la Francophonie,
Monsieur le Secrétaire Général de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les membres du Haut Conseil,
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de vous
accueillir au Palais de l'Elysée, pour cette réception
amicale qui marque la transformation du Haut Conseil de la Francophonie.
C'est pour moi l'occasion de rendre un juste hommage à
l'action menée depuis de nombreuses années, à
l'engagement de chacun d'entre vous, à la passion avec
laquelle vous avez servi la cause de la francophonie. En ce jour
un peu particulier, j'adresse à Stélio FARANDJIS,
permettez-moi de le dire en notre nom à toutes et à
tous, et à ses collaborateurs mes remerciements chaleureux
pour leur dévouement, pour leur travail et pour leurs succès.
C'est peu dire, Monsieur
le Secrétaire Général, cher Boutros, que
la Francophonie, projet politique fondé sur une communauté
de langue, de culture et de valeurs, est une aventure dynamique.
Depuis Cotonou, Hanoï, Moncton, nous sommes passés
d'une idée généreuse à l'institution
que nous connaissons aujourd'hui, toujours mieux reconnue, toujours
plus respectée. Une institution qui apporte une précieuse
contribution humaniste à la vie internationale et qui exprime
la solidarité de peuples unis par-delà les mers
et les continents.
En quelques années,
l'Organisation Internationale de la Francophonie s'est affirmée
clairement sur la scène mondiale. Elle a développé
son action politique au service de la paix, de la démocratie
et des Droits de l'Homme. Elle a acquis une dimension économique
pour aider ses membres à mieux maîtriser la mondialisation.
Elle commence à organiser l'alliance des aires linguistiques
mondiales, au service de la diversité, de la diversité
culturelle et linguistique. Et dans quelques mois, à Beyrouth,
elle illustrera, aux yeux du monde, la richesse du dialogue des
cultures. J'attends beaucoup de ce prochain Sommet au Liban, pays
ami qui symbolise si bien l'alliance des mondes arabe et francophone.
Il y a dix-huit ans,
le Président François Mitterrand avait souhaité
qu'un collège rassemblant de hautes personnalités
culturelles et universitaires francophones éclaire, auprès
de lui, la politique de la France. L'idée était
bonne et le travail accompli a été remarquable.
Au cours des sept années écoulées, j'ai pu
personnellement mesurer combien était précieux le
concours du Haut Conseil, votre concours à tous, venus
des quatre coins de notre espace commun. La liste de vos propositions
aujourd'hui réalisées est impressionnante. La création
de la Journée de la Francophonie, l'émergence d'une
francophonie économique, l'accent mis sur les échanges
de jeunes et de créateurs au sein de l'espace francophone,
la réflexion sur le dialogue des cultures en sont quelques
illustrations.
L'Organisation internationale
de la Francophonie s'étant imposée comme un acteur
à part entière sur la scène mondiale, il
était naturel que le Haut Conseil grandisse avec elle.
Voici pourquoi je vous ai soumis au printemps dernier le projet
de faire évoluer ce Conseil et de le placer auprès
du Secrétaire Général de notre Organisation,
pour qu'il ne soit plus au service de la France seulement mais
au service de tous les francophones. C'est chose faite depuis
la Conférence ministérielle qui s'est tenue le mois
dernier à Paris. Cet instrument irremplaçable de
connaissance, d'analyse et de propositions, ce collège
d'agitateurs d'idées, Monsieur le Secrétaire Général,
je vous le recommande. Mais je compte aussi sur vous pour veiller
à entretenir son lien personnel historique avec le Président
de la République française.
Si j'ai souhaité
rassembler aujourd'hui, en son honneur, des personnalités
éminentes du monde culturel français et francophone,
c'est pour témoigner du prix que j'attache à ses
avis. Du prix que j'attache à la francophonie et à
la place du français dans le monde. Du prix que j'attache
à la dimension culturelle de l'action internationale de
notre pays : la place de la France au sein de la communauté
francophone lui impose, c'est vrai, une responsabilité
et des devoirs singuliers. Nous devons en être dignes.
*
Il paraît loin,
déjà, le temps héroïque où des
hommes de légende, Habib Bourguiba, Hamani Diori, Léopold
Sédar Senghor, Norodom Sihanouk, posaient la première
pierre de la Francophonie. Géniale intuition, prémonition
du monde en devenir. Magnifique témoignage d'amour pour
la langue française et la culture francophone, pour les
valeurs universelles qu'elles portent, de la part d'hommes qui
étaient aussi des patriotes ardents.
Pour eux, qui furent
dans leurs pays les pères de l'indépendance, la
langue française n'était pas que la langue de la
France. Elle venait du fond des âges, ayant reçu
en héritage les humanismes méditerranéens,
d'Athènes à Grenade, le culte de la raison, les
lumières de la science et leur corollaire : la liberté
de l'esprit. Pour eux, s'affirmer francophone, en même temps
que Sénégalais, Tunisien, Cambodgien, Nigérien,
c'était inscrire leur combat dans le mouvement universel,
c'était en quelque sorte arrimer leur pays à la
modernité.
Le français,
la langue dans laquelle et grâce à laquelle tant
de penseurs ont abordé la condition de l'homme, sous toutes
les latitudes. Une langue dont les ressources subtiles traduisent
au plus juste l'infinie palette des sentiments et des émotions
humaines. La langue de tant de poètes, celle de VILLON,
de RIMBAUD ou de CHAR, expression d'un génie et d'un art
réfractaires à tout asservissement.
Le français,
langue de la découverte de l'autre, dans toute sa dignité,
dans toute sa splendeur. La langue d'un LEVI-STRAUSS, d'un DUMEZIL.
Celle des chercheurs de l'Ecole Française d'Extrême-Orient.
La langue, depuis longtemps, de la tolérance et du dialogue
des civilisations présentes et passées. Le français,
patrie d'adoption d'un GARY, d'un IONESCO, d'un BIANCIOTTI. La
langue, avec CESAIRE, CHAMOISEAU, GLISSANT, Antonine MAILLET,
du grand panachage des mots et des images. La langue aussi, avec
Amin MAALOUF, Tahar BEN JELLOUN, Salah STETIE et tant d'autres,
des fraternités méditerranéennes. La langue
de la négritude, de la créolité, du partage
des expériences, des douleurs et des exigences humaines.
La voilà, l'ambition
francophone. Le rêve de se mêler en restant soi-même.
D'assimiler sans être assimilé. Elle a été
merveilleusement exprimée par celui dont tous ici nous
honorons et respectons la mémoire, l'homme d'Etat et le
poète, Léopold Sedar SENGHOR : "quand nous
étions enfants, Victor HUGO était un grand maître
du tam-tamà" disait-il.
Cette ambition vivante
s'incarne d'abord dans une politique déterminée
de défense du français. Dans notre propre pays,
comme la loi TOUBON nous y invite d'ailleurs, alors même
que des indices sérieux semblent témoigner d'une
baisse de sa qualité dans les écoles ou à
l'université. En Europe, où nous nous battons chaque
jour contre l'idiome unique, où nous proposons que chacun
puisse demain s'exprimer dans deux langues en plus de sa langue
maternelle. Sur la scène internationale aussi, où
notre acharnement à maintenir son usage s'inscrit dans
l'ambition plus vaste de préserver la diversité
linguistique du monde, élément essentiel du patrimoine
commun de l'humanité.
Cette politique, reçoit-elle
tous les moyens qui lui sont nécessaires ? Est-elle suffisamment
en prise avec les technologies de l'information et de la communication
? Malgré les efforts importants engagés notamment
depuis quelques années, en particulier sous votre impulsion,
Madame la ministre de la Culture, je m'inquiète du retard
du français sur Internet. On compte aujourd'hui bien moins
de sites francophones que de sites allemands ou espagnols, sans
parler, naturellement, des anglophones. Que deviendra notre culture,
si elle reste étrangère à ce nouveau vecteur
mondial d'échanges entre les hommes ? Il nous faut réagir.
Prenons exemple sur le Canada francophone ou le Québec,
si déterminés sur ces sujets. Améliorons
l'équipement de nos ménages, de nos écoles,
de nos universités, en ordinateurs et améliorons
l'équipement de nos villes en réseau à haut
débit. Il faut accélérer ce processus.
Cette vigilance pour
notre langue doit inspirer l'ensemble de notre action internationale.
Prenons garde à ne pas la sacrifier à des facilités
immédiates.
Car il s'agit du fait
français et francophone dans le monde. Nous revendiquons
la mondialisation, promesse d'échanges et de richesses
accrues. Mais nous refusons de nous dissoudre dans un magma uniforme.
Nous voulons une mondialisation où nos valeurs, nos idéaux,
nos convictions puissent s'exprimer pleinement. Nous savons qu'une
alchimie obscure lie l'homme aux langues de son enfance : sa créativité
s'épanouit au mieux par les mots qu'il a appris dans ses
années de formation. Un monde où une langue seulement
servirait aux échanges et aux normes serait un monde considérablement
appauvri et rapidement en déclin.
Ainsi, en luttant pour
la francophonie, la diversité des cultures, ce qui nous
rassemble, ce n'est pas une nostalgie, mais une nécessité
pour l'avenir, celle de contribuer à l'épanouissement
des civilisations, à leur compréhension mutuelle
et aussi et surtout au respect de chacune d'entre elles.
On le voit bien, dans
la grande incertitude où chacun se trouve plongé,
à l'heure où s'estompent les frontières traditionnelles,
où certains craignent, avec raison, que les lois du marché
se substituent à celles des Etats, où les citoyens
ne se sentent plus totalement maîtres de l'ordre du jour,
la volonté d'affirmer son identité revient en force
à travers le monde. Comme un réflexe de survie,
car chacun sent que l'extinction de traditions, de langues, de
connaissances, de cultures sont autant de chances gâchées,
de portes qui se ferment et que nous ne pourrons plus ouvrir.
Soyons donc vigilants : l'uniformisation, en ce qu'elle a de réducteur
et d'impérieux à la fois, alimente, par réaction,
le repli identitaire et aussi le fanatisme. L'affirmation de la
diversité est au contraire l'une des clés pour répondre
aux hantises contemporaines.
Voilà pourquoi
tout ne peut pas être une marchandise ! Voilà pourquoi
tout ne peut pas être livré à la loi du marché
! L'homme, qui ne saurait être réduit à son
seul rôle dans le processus de production, mais qui est
l'horizon de tout projet. Le vivant, qui est le patrimoine indivis
de l'humanité, qui préexiste à toute recherche
et que nul ne peut s'approprier. Et la culture, la création,
respiration de l'âme qui ne peut s'épanouir que dans
la multiplicité et la rencontre des différences.
Voilà pourquoi
la France, terre de création, a milité avec les
francophones en faveur de la Déclaration universelle sur
la diversité culturelle adoptée cet automne par
la Conférence générale de l'Unesco. Et je
vous remercie, Madame la ministre, du rôle que vous y avez
joué. Je souhaite que ce texte forme le point de départ
d'une convention internationale donnant à ces principes
force de loi.
Dans le même esprit,
ensemble nous avons obtenu la reconnaissance de l'exception culturelle
par l'Organisation Mondiale du Commerce. Il est ainsi admis que
les biens culturels ne sont pas des biens marchands comme les
autres et que les Etats doivent pouvoir soutenir leurs créateurs
et leurs artistes par les mécanismes de leur choix. A mes
yeux, ce principe est intangible.
Mais le combat n'est
pas fini. Et je voudrais affirmer ici que la France entend maintenir
les mécanismes d'aide à la création qui lui
sont propres. Je pense d'abord au cinéma. Les indéniables
et magnifiques succès du film français l'an dernier
témoignent de la pertinence de notre dispositif. Mais face
à la puissance de quelques groupes de dimension mondiale,
veillons à adapter, chaque fois que nécessaire,
notre dispositif pour qu'il accompagne, par exemple, réalisateurs
et producteurs dans leurs efforts de diffusion à l'étranger.
Je pense aussi à l'édition et à la loi sur
le prix unique du livre. Autant de mécanismes bâtis
en bonne intelligence entre les pouvoirs publics et les professions
concernées au service de la culture et de la création.
Cette ambition, je souhaite
la faire partager par l'Europe tout entière autour d'un
projet, la construction d'une Europe des cultures, affirmée
dans le monde et fière de sa diversité.
A l'heure de la circulation
et de la reproduction des oeuvres sur les réseaux, ce projet
devra faire une priorité de la protection des droits des
créateurs, de leur respect par les législations
nationales comme sur les marchés internationaux.
Il est urgent de faire
connaître et d'appliquer partout des règles assurant
le respect des droits des créateurs et des auteurs. Il
est urgent d'établir une coopération administrative
et judiciaire efficace contre le piratage ou la contrefaçon
transfrontières, de faciliter l'adoption des innovations
technologiques qui rendent impossible les copies illégales.
Et nous devons dire avec force que rien ne justifie la complaisance
à l'égard du piratage. Oh, je ne parle pas naturellement
de l'activité occasionnelle de jeunes amateurs, je parle
de réseaux constitués, installés souvent
dans des territoires à législation insuffisante
et qui se livrent à un véritable détournement.
Ils doivent être fermement combattus.
Au moment où
s'engage le réexamen de la directive "Télévision
sans Frontières", la France devra aussi veiller à
ce que les mécanismes établis ne soient pas remis
en cause, car ils ont fait leurs preuves. Et puisqu'une convergence
croissante rapproche la télévision numérique
des usages nouveaux que le haut débit permet sur Internet,
nous devrons veiller à ce que l'essor des nouvelles technologies
n'aboutisse pas à contourner ce dispositif. La France devra
faire oeuvre de pédagogie pour convaincre l'ensemble de
ses partenaires, y compris ceux qui rejoindront l'Union lors du
prochain élargissement, de la justesse et de la portée
de ce combat.
Ce projet culturel européen
suppose, dans les différents pays de l'Union, une harmonisation
du marché de l'art, de la circulation, de l'achat et de
la vente des oeuvres afin qu'une concurrence plus équilibrée
s'instaure entre les capitales européennes.
A nous de jouer un rôle
moteur pour que l'Europe s'implique dans la régulation
des industries culturelles, avec la volonté de lutter contre
les monopoles et de favoriser l'émergence d'oeuvres et
de programmes aptes à affronter la mondialisation.
A nous de proposer que
l'Europe bâtisse plus résolument un espace culturel
commun, en donnant aux régions les moyens de préserver
et de restaurer leur patrimoine, en permettant aux jeunes créateurs
de séjourner à l'étranger pour se former
et pour se faire connaître, en soutenant les spectacles
vivants, pour qu'ils puissent voyager de ville en ville au-delà
des frontières nationales.
A la France, forte de
son expérience et de son influence, d'encourager l'Europe
à faire vivre à l'échelle de la planète
ce dialogue mondial des cultures dont j'ai eu récemment
l'occasion de parler à l'UNESCO qu'il constitue le meilleur
sinon le seul antidote à ce que certains voudraient voir
comme un choc des civilisations.
Cette ambition pour
l'Europe est aussi une ambition pour la Francophonie. Elle doit
devenir l'espace spirituel d'un authentique dialogue, auquel le
Sommet de Beyrouth va donner un nouvel élan. La Francophonie
a la chance de rassembler des peuples issus de tous les continents,
de toutes les cultures, de toutes les religions du monde. Il lui
reste à organiser le mieux possible cette polyphonie. Cela
passe par le développement de l'éducation dans tous
ses pays membres ; par un soutien accru à leurs langues,
parce que le français continuera à s'épanouir
dans son espace historique à condition d'y être l'allié
des langues originaires ; par l'appui aux cultures nationales,
en aidant à la protection de leur patrimoine matériel
et immatériel, en promouvant artistes et créateurs
: c'est le sens de notre appui à l'Ecole de Porto Novo.
Je souhaite aussi que
la Francophonie porte avec plus de force son message dans le monde.
A Porto Alegre, nous avons entendu la voix de citoyens attachés
au dialogue et à la solidarité et décidés
à peser sur la scène internationale, cette scène
où la France travaille à l'élaboration d'une
éthique universelle, à la construction d'une nouvelle
forme de démocratie.
Cette voix, souvent,
à Porto Alegre, elle s'est exprimée en français.
Vous l'avez souligné, Monsieur le ministre, à plusieurs
reprises. Il est encourageant qu'aux yeux du monde, tant de Français
et tant de francophones se soient mobilisés. Car nous sommes
ainsi fidèles à une vocation née de l'âge
des Lumières, la vocation de notre langue commune à
traduire en termes universels les aspirations de son temps.
C'est pourquoi il importe
que la France s'attache à garder son attrait, sa place
dans le monde. Qu'elle veille à demeurer une terre de référence
pour tous ceux qu'attirent la connaissance, la culture, le monde
des arts et de l'esprit. Elle en a les atouts. Un patrimoine exceptionnel,
héritage que nous devons chérir, valoriser, faire
connaître. Une création d'une vitalité rare,
celle de ses artistes, de ses créateurs, de ses entrepreneurs
qui doivent, plus que jamais, s'imprégner de l'ambition
et de l'aspiration universaliste de la France. Aujourd'hui une
responsabilité particulière s'impose aux pouvoirs
publics car ils doivent stimuler, favoriser les expressions multiples
de cette créativité qui témoigne de la foi
de notre pays dans notre langue commune et dans son avenir. Il
nous appartient de bâtir une société de l'intelligence
et du savoir, et pour cela de donner un nouvel élan à
la politique culturelle dans tous nos Etats.
Beaucoup a été
fait depuis un demi-siècle, qui a transformé et
enrichi le paysage culturel de la France. Forts de cet acquis,
il nous revient maintenant d'écrire une nouvelle page,
où l'action culturelle internationale de l'Etat reçoive
elle aussi toute sa place. Elle dispose d'un instrument remarquable
: ses centres culturels, et ce maillage ancien qu'ils tissent
à l'échelle de la planète tout entière,
dont un récent rapport parlementaire a souligné
d'ailleurs les difficultés. Nous devons repenser l'action
de nos centres culturels, pour leur donner accès à
toutes les ressources des technologies de l'information et de
la communication, pour établir un meilleur partage avec
les Alliances françaises, principales propagatrices de
la langue française dans le monde.
Dans ce contexte, je
propose qu'un établissement public anime la politique d'échanges
culturels et fédère, à l'image du British
Council ou du Goethe Institut, l'ensemble des implantations culturelles
françaises à l'étranger. Autonome, il devrait
donner au réseau culturel et à chacun des centres,
sous l'autorité de l'Ambassadeur, la souplesse de gestion
et la capacité de réaction qui leur font défaut.
Il devra disposer d'un budget conséquent et mieux protégé.
Sous la tutelle du Ministre des Affaires étrangères,
il devra travailler en étroite liaison avec le Ministre
de la culture, bien entendu. Il devra être mieux à
même d'entretenir des partenariats vivants avec les collectivités
locales, les créateurs, les entreprises, les mécènes,
les institutions culturelles. Il devra élaborer des stratégies
qui tiennent compte davantage des spécificités de
chaque continent. Il sera ainsi le noyau d'une présence
culturelle plus forte sur l'Internet. Il stimulera la présence
des créateurs français dans les grandes expositions
et foires internationales de référence, dont l'actualité
montre qu'elle tend à décliner.
Pour nos communautés
à l'étranger, fer de lance de notre présence
internationale, un autre réseau mérite notre engagement
: celui de nos établissements d'enseignement. Il a su évoluer
avec la création de l'Agence française pour l'enseignement
à l'étranger. Il doit s'améliorer encore,
pour que l'expatriation temporaire ne se fasse pas au prix de
l'acculturation des enfants ou d'un handicap scolaire lorsqu'ils
rentrent en France.
Il nous faut aussi redoubler
d'efforts, d'imagination, de dynamisme, pour que la France et
les pays francophones puissent rivaliser avec les autres grandes
destinations universitaires en Europe et aux Etats-Unis. Des initiatives
réussies, comme Edufrance ou la réforme de l'Agence
Universitaire de la Francophonie, nous montrent la voie. L'enjeu
est considérable pour notre rayonnement collectif.
Enfin, est-il compréhensible
qu'année après année, nous en soyons encore
à déplorer les insuffisances persistantes de l'information
et de l'audiovisuel francophone sur la scène mondiale ?
Certes, nous disposons avec l'Agence France Presse d'un remarquable
outil d'information qu'il nous faut conforter sans cesse, notamment
dans sa vocation mondiale. Certes, chacun s'entend à reconnaître
les progrès récents accomplis par RFI, par TV5,
par CFI, grâce aux efforts de leurs équipes et à
la détermination des pouvoirs publics. Mais chacun constate
que nous sommes encore loin de disposer d'une grande chaîne
d'information internationale en français, capable de rivaliser
avec la BBC ou CNN. Et les crises récentes ont montré
le handicap que subissent un pays, une aire culturelle, qui ne
disposent pas d'un poids suffisant dans la bataille de l'image
et des ondes. Interrogeons-nous, à l'heure des réseaux
hertziens, du satellite, de l'internet, sur notre organisation
dans ce domaine et notamment par l'éparpillement des moyens
publics qui lui sont consacrés.
Cette ambition culturelle
extérieure suppose, c'est l'évidence, des moyens
accrus. C'est un problème constant. La France, ne peut
pas mener en première ligne le combat pour l'exception
culturelle et la diversité des cultures sans faire de l'action
audiovisuelle, culturelle et linguistique extérieure une
priorité.
*
Monsieur le Président
du Sénat,
Madame la ministre,
Monsieur le ministre,
Monsieur le Secrétaire Général de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les membres du Haut Conseil,
Mes cher Amis,
Si la francophonie est
plus que la France, elles ont un destin lié et demain,
l'une et l'autre évolueront ensemble. Solidaires, elles
s'attacheront à façonner la mondialisation. Elles
chercheront l'efficacité, le succès économique
et commercial, l'ambition industrielle. Mais avec d'autres, elles
feront entendre aussi la voix de la solidarité, de la culture,
la voix de l'humanisme.
Pour signifier cette
communauté de destin, j'exprime aujourd'hui devant vous
le souhait que la France établisse la Francophonie dans
un lieu qui marque son éclat. Comme l'UNESCO, notre organisation
mérite à Paris un siège qui illustre la force
de notre fraternité, qui rassemble nos institutions éparses,
qui attire le monde par sa bibliothèque, sa médiathèque,
ses spectacles, ses rencontres, qui accueille le nouveau Haut
Conseil de la Francophonie, qui incarne en un mot notre ambition
commune. Un lieu digne de la langue que nous avons en partage.
Je vous remercie.