Allocution du président
de la République
M. Jacques CHIRAC
Réception du Haut conseil de la francophonie (HCF)
à Paris, Palais de l'Elysée, mardi
17 janvier 2006
Monsieur le Secrétaire général
de la Francophonie, cher Abdou DIOUF,
Monsieur le Président du Haut Conseil de la Francophonie,
cher Boutros BOUTROS GHALI,
Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
La Francophonie porte dans le monde un idéal
de diversité. Forte des valeurs de respect et de dialogue
qui ont présidé à sa fondation, et voulue
par ses créateurs, elle incarne un combat juste, un combat
nécessaire, un combat pleinement de notre temps. Ce combat,
vous en êtes toutes et tous des acteurs résolus,
par vos uvres, par vos engagements, par votre capacité
à inspirer, à décider, à mettre en
oeuvre.
Avec l'adoption en 2005 de la Convention de l'Unesco
sur la diversité culturelle, la Francophonie a remporté
une belle et grande victoire. Pionnière en ce domaine,
elle a su montrer la voie ; elle a su mobiliser la communauté
internationale pour la mise en place d'un nouveau droit garantissant
la diversité des expressions culturelles.
Il est hautement souhaitable que cette convention
puisse entrer très vite en vigueur et donc que les procédures
de ratification nécessaires dans les différents
États soient engagées le plus rapidement possible.
J'ai demandé, pour ma part, au gouvernement français
de faire en sorte que je puisse promulguer la loi de ratification
dès le mois de mars et, si possible, pour la journée
de la Francophonie.
En parachevant sa réforme, l'Organisation
internationale de la Francophonie, rassemblée autour de
son secrétaire général, notre Président
Abdou Diouf, aborde cette année nouvelle plus que jamais
déterminée à faire entendre sa voix dans
tous les grands débats de notre temps. Par ses travaux,
que je salue chaleureusement, le Haut Conseil de la Francophonie,
instance de réflexion et d'orientations, peut lui apporter
une aide précieuse et d'ailleurs indispensable dans l'affirmation
de cette ambition.
Le sommet de Bucarest en septembre prochain, premier
à se tenir dans cette partie de l'Europe, marquera une
nouvelle étape dans l'affirmation de notre communauté
francophone. Consacré à l'éducation, il traitera
du défi majeur que notre famille se doit de relever : celui
de la jeunesse. La force de la Francophonie aujourd'hui, c'est
bien cette jeunesse. De notre capacité collective à
répondre à ses aspirations et à ses besoins,
dépend pour l'essentiel l'avenir de notre langue commune
dans la mondialisation actuelle.
À rebours d'un conservatisme patrimonial
dans lequel certains voudraient l'enfermer, à rebours d'un
discours convenu qui ne veut y voir qu'un vestige du passé,
la Francophonie bouillonne. Tous les jours, sur les cinq continents,
dans la pluralité des peuples et des cultures qui la composent,
la Francophonie invente des formes nouvelles de la modernité.
Partout dans le monde, et les personnalités éminentes
présentes aujourd'hui en portent témoignage, on
pense, on crée, on s'exprime, on innove en français,
j'allais dire en francophone.
C'est cette francophonie du mouvement qui viendra,
et je m'en réjouis, en 2006 à la rencontre des Français
à l'occasion du Festival Francophone en France -ce festival
avait été décidé lors de notre réunion
à Beyrouth il y a maintenant quatre ans- et je suis heureux
ici de saluer son comité d'honneur et les généreux
mécènes et donateurs qui ont permis sa réalisation.
Leur engagement et leur contribution sont évidemment décisifs
pour le succès de cette entreprise exceptionnelle par son
ampleur, par son ambition. Je tiens à les en remercier
du fond du coeur.
Pour nombre de mes compatriotes, cette manifestation
sera, je n'en doute pas, une révélation et une source
de fierté et de confiance, une occasion de partage et d'échanges.
À travers ce festival, que scanderont des centaines de
rencontres dans toute la France, c'est toute l'actualité
du message francophone qui s'exprimera. Un message qui n'oppose
pas mais qui rassemble, expression de la volonté de bâtir,
par la consécration de la diversité, cette civilisation
de l'universel qu'appelait de ses vux Léopold Sédar
SENGHOR.
Je vous remercie.