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Allocution du secrétaire général
de l'Organisation internationale de la francophonie
Abdou DIOUF

pour la cérémonie des vœux 2003
à Paris, mercredi 15 janvier 2003

Permettez-moi, tout d’abord, de vous souhaiter la bienvenue ici, et de vous dire le plaisir qui est le mien de vous rencontrer, et, pour un grand nombre d’entre vous, de vous retrouver.
Cette cérémonie, je souhaite qu’elle se déroule dans la convivialité, même si elle revêt à mes yeux une grande signification. Il s’agit pour moi, en tout premier lieu, de vous présenter mes vœux et de vous assurer de toute ma disponibilité au service de la Francophonie.
Recevez donc, chers amis, tous mes souhaits de bonne et heureuse année pour vous-même et pour les vôtres.

La Francophonie est une grande famille. Ce jour est une occasion pour en prendre pleinement conscience et pour associer, dans nos pensées de prospérité et de bonheur, toutes celles et tous ceux qui nous sont chers.
Que l’année 2003 comble donc toutes vos espérances !

Mais je sais que vous attendez, aujourd’hui, un peu plus de moi. Et je saisis donc l’occasion de cette rencontre amicale pour vous dire l’idée que je me fais de mon mandat de Secrétaire général de la Francophonie.

L’Organisation internationale de la Francophonie, dont j’assume désormais la conduite, s’est affirmée sous nos yeux durant ces dernières années. Et j’ai moi-même très attentivement suivi et encouragé l’évolution qui s’est produite et qui fait désormais de l’OIF une Institution internationale connue et respectée dans le monde. C’est à mon prédécesseur et ami, Monsieur Boutros Boutros-Ghali, que nous devons ce succès remarquable.
L’effervescence des idées, des programmes, des initiatives, des projets qui a caractérisé la période récente doit être, à la fois, amplifiée et canalisée. Au nom de l’efficacité et de l’idée exigeante que nous nous faisons de notre mission, il faut l’inscrire au plus près de la réalité et des besoins de tous les peuples qui composent la Francophonie.
Car je veux, avant tout, une Francophonie concrète, une Francophonie utile. Pour cela, je réaffirmerai très fortement l’unité de la Francophonie et de son action.

L’Organisation internationale de la Francophonie s’appuie sur ses opérateurs. A côté de notre opérateur principal, l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, nous comptons, nous le savons bien, des opérateurs directs dont les responsables, que je connais et que j’estime, sont ici rassemblés autour de moi.
Chacun a son mandat. Chacun a sa mission. Chacun poursuit des objectifs spécifiques. Mais, tous, aussi, sont au service d’une même politique, d’une politique que je dois incarner en tant que Responsable de l’animation de la coopération multilatérale francophone pour reprendre les termes mêmes de notre Charte.
Et dans cette perspective, je compte donner au Conseil de coopération une place essentielle. Car il faut, avant tout, pour des raisons de cohérence, d’efficacité et de visibilité, éviter les séparations et les distinctions artificielles.
Dans mon esprit, il n’existe pas de distinction entre politique et coopération. Car la coopération n’est rien d’autre que l’expression opérationnelle d’une politique générale. Celle-là même qui correspond à ma mission et que je vais mettre en œuvre.
Le Sommet de Beyrouth fut assurément politique. En donnant à la culture une définition plus large que celle communément admise et en la liant aux droits de l’Homme, à la démocratie et la paix –retenant en cela les leçons de Senghor-, les chefs d’Etat et de gouvernement nous ont tracé, à Beyrouth, la voie à suivre.

De la même manière, notre action et notre réflexion sont indissociables. C’est ainsi que l’ensemble de nos programmes s’inscriront désormais dans une stratégie décennale rythmée par des programmes quadriennaux. C’est le meilleur moyen de donner cohérence à nos actions et de mettre l’ensemble de nos activités au service d’objectifs nettement définis, clairement évaluables et surtout durables.
Ces objectifs, doivent tourner autour d’une seule idée. Une idée simple, mais une idée forte. Une idée qui fait l’essence même de notre Organisation : la promotion de l’espace francophone en tant qu’espace de solidarité.

- Solidarité autour d’une langue et des valeurs qu’elle porte.
- Solidarité qu’il faut encourager aussi bien au sein de nos Etats et gouvernements que dans les institutions internationales, universelles, régionales et sous-régionales.

- Car cette langue commune est le ciment de la Francophonie. Défendons-la dans les enceintes internationales ;
- exigeons le respect de son statut ;
- veillons sur elle, dans l’espace francophone où elle est en situation de multilinguisme et où, langue d’enseignement, elle conditionne les performances de nos systèmes d’éducation.

Je compte susciter le débat dans cette direction. Et j’attends beaucoup des états généraux de l’enseignement du français en Afrique qui se tiendront à Libreville le 20 mars prochain, mais aussi des réflexions du Conseil consultatif ainsi que de l’expertise des opérateurs qui, chacun dans son domaine, participent à cette action.
Et je fonde beaucoup d’espoir, pour nous soutenir, sur les grandes organisations internationales.

C’est fort de cette conviction, que je veux dégager trois grandes priorités qui résultent des décisions prises à Beyrouth et qui s’imposent à moi. Je les résumerai simplement par un triptyque :

- Formation et Education
- Démocratisation
- Concertation.

La formation, prise dans toutes ses fonctions et à tous les niveaux, est la vocation majeure de notre Institution. Elle traverse tous les programmes de la Francophonie. En tant qu’Africain, je sais, mieux que quiconque, la place qu’elle doit tenir au service du développement de nos Etats et de nos peuples car « l’espace francophone » est encore, trop souvent, un espace où perdurent analphabétisme et pauvreté.

Ma seconde priorité concerne la démocratisation, la paix et le développement. L’un ne va pas sans l’autre.
J’ai suivi, avec la plus grande attention, le processus d’élaboration de la Déclaration de Bamako que je veux mettre en œuvre comme me l’a recommandé le Sommet de Beyrouth.
Mais je veux aussi insister sur le fait que la démocratisation n’a pas seulement une dimension institutionnelle, politique et électorale. La démocratisation n’est-elle pas le préalable à la disparition de conflits de toute nature, à l’instauration d’une paix durable dans les cœurs et les esprits ?
Le continent africain est en proie à des déchirements qui peuvent engendrer des catastrophes épouvantables. La Francophonie se doit d’apporter sa contribution à l’établissement de la paix, notamment en Côte d’Ivoire.
Nous allons travailler ensemble sur le développement durable, thème du prochain Sommet de Ouagadougou. Nous travaillerons par la même occasion sur l’économie en Francophonie. C’est un espace à bâtir ; avec vigueur et détermination je compte y consacrer beaucoup d’énergie en raison des grands enjeux qui s’y attachent.
Mais la démocratie a aussi, nous le savons bien, une dimension culturelle. C’est dans cet esprit que nous devons nous attacher à encourager la création. Soutenir les artistes et les créateurs dans les pays en développement ou en transition, c’est aussi aider la démocratie et la paix à s’épanouir et à s’affirmer. Là encore, je compte mettre en œuvre des initiatives pour que la Francophonie puisse pleinement libérer sa créativité et son talent.

J’ai dit, enfin, que ma dernière priorité allait à la concertation. Elle est un élément central de la démarche multilatérale.
La concertation, c’est à mes yeux, tout d’abord, une concertation au sein de l’espace francophone. J’allais dire, entre nous. Entre les Etats et gouvernements à l’intérieur de nos Instances. Entre chaque membre de l’OIF et le secrétaire général. Mais aussi avec tous les acteurs de la société civile qui sont souvent les artisans et les militants les plus dévoués de notre cause.
La concertation doit aussi s’exercer en vue de la préparation des grandes conférences internationales. Il ne s’agit pas, ici, d’avoir la naïveté de penser que, partageant la même langue, nous avons la même opinion sur tout. Mais nous devons saisir l’occasion de ces rencontres mondiales, conduites pour la plupart sous les auspices des Nations unies, pour aider chaque membre de la Francophonie à y participer de la meilleure manière. Pour rapprocher nos points de vue. Pour affirmer nos valeurs communes. Pour prendre des initiatives conjointes. La place de la Francophonie dans le concert international est un enjeu qui me tient naturellement à cœur. La démocratisation des relations internationales aussi ; elle se confond avec cet humanisme de différence que nous vivons ensemble dans la Francophonie.

C’est dans la même perspective que je veux encourager les concertations avec les autres aires linguistiques. C’est un autre aspect de la diversité culturelle. Un grand pas a déjà été franchi dans ce domaine, ces dernières années. Ensemble, nous devons maintenant tirer, de ces rencontres, les leçons qui s’imposent. Non seulement en nous informant de nos projets, et en échangeant nos initiatives, mais aussi en faisant prendre conscience, par nos pratiques respectives, de l’importance du plurilinguisme dans le monde global qui est désormais le nôtre.

Mes Chers Amis,

Je m’en voudrais de prolonger mes propos. Mais si j’ai tenu, devant vous, à réaffirmer ce qu’est pour moi la solidarité francophone, et quelle importance je lui donne, c’est parce que, bien sûr, c’est ma mission et je veux la remplir pleinement et efficacement. Mais c’est aussi, et chacun le sait, parce que la Francophonie est un élément essentiel de ma vie.
Chacun comprend que c’est au Président Senghor que je pense présentement.
C’est sous les auspices de ce nom illustre que je voudrais inscrire le mandat de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie qui vient de m’être confié et pour lequel j’attends l’aide et l’appui de chacune et chacun d’entre vous.

Merci de votre présence et de m’avoir prêté votre attention.
Une fois encore, tous mes vœux pour l’année qui commence.

Abdou DIOUF
secrétaire général de l'OIF
Paris, 15 janvier 2003