Allocution du secrétaire
général
de l'Organisation internationale de la francophonie
Abdou DIOUF
pour la cérémonie des vux 2004
à Paris, lundi 19 janvier 2004
Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Merci. Merci du fond du cur dêtre venus si nombreux.
Les occasions de se retrouver dans une ambiance si amicale et
si conviviale ne sont jamais assez nombreuses. Aujourdhui
en tous cas, au seuil de cette nouvelle année 2004, votre
présence compte beaucoup pour moi. Face à un calendrier
déjà si rempli, et à la lourdeur des charges
et des responsabilités que nous allons devoir assumer,
je ressens cette présence comme un soutien. Elle est pour
moi très stimulante, et elle nourrit mon optimisme pour
notre ambition francophone.
Alors bonne et heureuse année à toutes
et à tous. Le premier souhait que je formule pour la Francophonie
cest de vous voir cette année encore continuer avec
conviction et talent à développer sans relâche
les efforts que vous déployez tous au service de notre
langue et de nos valeurs.
Je voudrais dabord que nous ayons ensemble
une pensée pleine démotion et de compassion
pour ces victimes récentes du drame épouvantable
qui a choqué lIran et le monde, et pour celles et
ceux qui ont tragiquement disparu dans les catastrophes aériennes
de Cotonou et de Charm-El-Cheikh. Songeons aussi à toutes
les victimes des événements dramatiques qui ont
frappé bon nombre de pays membres de notre organisation.
Je souhaite par ailleurs tout particulièrement
saluer la présence des nouveaux membres du Conseil Consultatif
de la Francophonie qui se réunissent depuis ce matin pour
la première fois. Certains dentre eux, malgré
leur emploi du temps, sont venus de bien loin et nous donnent
à tous un bel exemple dattachement à la Francophonie.
Je sais davance que leur apport à notre réflexion
constituera une ouverture et un enrichissement de grande qualité.
Lannée 2003 a été marquée
par des épreuves difficiles. Des conflits inquiétants,
ravageurs, des processus de sortie de crise longs et difficiles,
des signes préoccupants de régression de la démocratie,
des violations inadmissibles des droits de lhomme, léchec
ou la déception dans des grandes négociations internationales
essentielles pour le progrès économique et social
de lhumanité. La situation au Moyen-Orient et la
guerre en Irak qui nous donnent des raisons supplémentaires
de nous engager contre lusage de la force, contre le terrorisme,
pour consolider en toutes occasions le dialogue des civilisations.
Ces événements nous ont démontré,
en tous cas, que si la fin de lhistoire est bien illusoire,
la fin des empires est nécessaire pour bâtir un monde
de paix, de justice, de respect des identités et de la
dignité humaine. Mais de lannée 2003 nous
devons également garder en mémoire des signes despoir.
Des progrès à petits pas vers la paix
en Asie, des évolutions positives en matière de
lutte contre la menace nucléaire, des progrès encourageants
dans les trop nombreuses guerres qui déchirent le continent
africain : au Burundi, au Soudan, en République Démocratique
du Congo, et ces dernières semaines en Côte dIvoire.
Lannée 2004, je lespère, confirmera
ces tendances, consolidera la paix, marquera le début dune
nouvelle ère qui privilégiera la négociation
politique et la réduction de la durée des processus
de règlement des conflits.
Quoi quil en soit, dans ce contexte, lOrganisation
internationale de la Francophonie sest impliquée
autant quelle a pu le faire avec ses inébranlables
convictions et son inaltérable détermination.
Partout où nous avons été sollicités,
nous avons répondu présents. Pour aider à
surmonter les crises et favoriser la réussite des transitions,
en Côte dIvoire, en Centrafrique, aux Comores, et
désormais en République Démocratique du Congo.
Présents sur le terrain, conjuguant nos efforts avec ceux
des autres partenaires bilatéraux et multilatéraux,
plaidant sans relâche pour mobiliser davantage la communauté
internationale, nous avons, avec tout loptimisme volontaire
nécessaire en ces circonstances, appuyé tout ce
qui pouvait faire progresser la paix.
Au delà de la gestion de ces crises, jai
attaché personnellement beaucoup dimportance à
rendre plus solides, plus structurés, plus durables nos
outils et nos méthodes dans ce domaine, dans le cadre de
notre déclaration de Bamako de novembre 2000.
De la Conférence de Brazzaville en avril
2003 sur la mise en réseau des structures nationales des
Droits de lhomme, à la mise en place, lancée
depuis ces derniers mois, des mécanismes dalerte
précoce et de prévention des crises ainsi que du
renforcement des moyens de médiation, de facilitation et
dinformation, jai voulu insister sur la nécessité
pour la Francophonie de sengager, toujours plus vite et
toujours plus efficacement, sur le chemin de la paix et des droits
de lhomme.
A Libreville, en mars, sur lenseignement du
français et en français, nous avons engagé
un processus essentiel pour revitaliser notre langue, sa contribution
au progrès de léducation, sa relation avec
les langues et les cultures nationales.
Jattends beaucoup dès 2004 du suivi
des orientations nouvelles qui ont été tracées
à cette occasion. Les progrès décisifs que
nous avons enregistrés sur la question de la diversité
culturelle, en particulier à lUNESCO, pour ladoption
dun instrument juridique international contraignant, la
coopération de plus en plus étroite et productive
avec les autres aires linguistiques, lampleur que nous avons
donnée à nos actions dans le domaine de la société
de linformation et dans le sens du renforcement de la solidarité
numérique
, tout cela donne la mesure de nos ambitions,
mais aussi de limmensité de la tâche qui reste
à accomplir et de lénergie que nous allons
devoir dépenser. Ces enjeux-là sont vitaux. Ils
sont au cur de notre mission. Nous avons, nous le savons,
vis-à-vis, des défis quils représentent,
un rôle, une mission particulière à accomplir.
Nous serons donc en 2004 encore plus exigeants sur ces dossiers,
encore plus résolus à obtenir des résultats
concrets.
Je voudrais dailleurs, sur quelques exemples
qui marqueront cette année 2004, fortement symboliques
même sils ne sont pas exhaustifs, appeler votre attention
et votre vigilance. Le premier, cest celui des Jeux Olympiques
qui se dérouleront en juillet à Athènes.
La popularité du sport nest plus à démontrer.
Limpact médiatique de lévénement
est immense. La langue française et ses valeurs y occupent
une place historique. Il ne doit pas être question, sous
quelque prétexte que ce soit, de laisser cette place grignotée,
voire amputée.
Lautre exemple que je tiens à évoquer
est celui de lélargissement de lEurope qui
constitue pour nous tous un immense défi que nous devons
prendre très au sérieux. Il faut nous engager davantage,
car dans cette affaire, cest la crédibilité
du français comme grande langue internationale de communication
qui est en jeu. Cest aussi, dans la reconstruction en cours
de ce continent de référence pour le monde entier,
une chance historique de faire prévaloir le modèle
de diversité culturelle que nous revendiquons. De ce bilan,
que je nai pas voulu trop détailler devant vous,
je voudrais tirer deux leçons pour lavenir, avant
de vous adresser deux vux pour lannée que nous
entamons.
- En premier lieu je voudrais vous dire que, depuis
les choix que nous avons opérés lors du Sommet de
Beyrouth, lévolution des relations internationales
nous conforte dans lidée quil ny a pas
dautre voie raisonnable et conforme à nos valeurs
dhumanisme et de partage, que le multilatéralisme
pour organiser la communauté internationale et faire progresser
la paix, la sécurité et le développement.
La mondialisation nous montre bien sûr que notre monde est
devenu une scène unique et que de nombreuses avancées
sont susceptibles de contribuer à rapprocher les peuples
et les cultures. Mais, pour autant, cette mondialisation ne nous
garantit aucunement la fin des conflits et la disparition des
inégalités. Elle ne garantit pas non plus le respect
de la diversité et des identités, condition essentielle
de la réussite de ce dialogue des civilisations auquel
nous aspirons. Le multilatéralisme nest pas une fin,
cest une voie, une méthode. Ce nest pas la
plus facile à suivre et elle nest sans doute pas
exempte de frustrations. Mais elle est sûrement la plus
équitable, la plus respectueuse de la démocratie,
la plus apte à organiser durablement un partage des richesses
et des valeurs, une communauté de droit acceptable et applicable
par tous.
La Francophonie est multilatéraliste. Par
nécessité, par vertu et par conviction. Elle doit
donc uvrer au quotidien pour renforcer cet engagement.
Elle doit le faire dabord en soutenant le
système des Nations Unies, et bien entendu les efforts
entrepris pour le réformer et le moderniser. Elle doit
le faire aussi en appuyant les progrès de la dynamique
de lintégration régionale, élément
indispensable de larchitecture multilatérale. Elle
doit le faire enfin en luttant contre la marginalisation de continents
entiers et en soutenant par exemple des initiatives historiques
comme le NEPAD. Le multilatéralisme, cest un travail
patient et complexe pour organiser harmonieusement « cet
enchaînement des parties du globe » dont parlait Paul
Valéry dès 1931. Les enseignements des pères
fondateurs de la Francophonie, en particulier ceux de Léopold
Sédar Senghor, nous guident exactement vers ce grand dessein.
- La deuxième leçon, qui découle
directement de la première, est celle de lexemplarité
de la Francophonie. Vous le savez bien, ma préoccupation
permanente est daméliorer le fonctionnement de nos
institutions, nos méthodes de travail, de voir saffirmer
les actions de nos opérateurs. Mais je sais fort bien que
nous serons jugés sur nos résultats, sur notre crédibilité,
notre visibilité, la cohérence de notre démarche.
Nos moyens et notre rôle saccroîtront à
la mesure de la reconnaissance de notre utilité et de notre
efficacité par nos Etats-membres, mais aussi par tous nos
partenaires internationaux et par nos populations. Pour faire
uvre utile dans ce grand dessein multilatéraliste,
la Francophonie doit sans relâche veiller à être
toujours plus utile, toujours plus performante.
Aussi, je madresse à vous ce soir pour
former deux vux, qui pour se réaliser, nécessitent
absolument votre implication.
Le premier vu, cest quen 2004
la Francophonie montre, face à tous les défis quelle
a entrepris de relever, sa capacité à se rassembler.
Se rassembler sur ses valeurs. Se rassembler pour toutes les causes
dans lesquelles nous sommes engagés. LOIF, lAIF,
son opérateur principal, les autres opérateurs directs
, que sont lAUF, lAIMF, TV5 et lUniversité
Senghor, tout comme notre vigie démocratique quest
lAPF, font remarquablement leur travail. Je les félicite
une fois encore et je remercie tous les acteurs de la Francophonie
pour leur apport et leur fidélité.
Mais nous irons beaucoup plus loin avec laide
active de toutes les forces vives de la Francophonie qui approfondissent
le lien avec les populations, qui popularisent nos idées
et nos revendications, qui enrichissent aussi nos réflexions.
Cet appel à vous rassembler sadresse aux hommes et
aux femmes de terrain, aux milieux associatifs et aux ONG, aux
enseignants, aux chercheurs, aux étudiants, aux créateurs
et aux artistes, aux entrepreneurs et aux milieux économiques,
aux journalistes, responsables de médias et défenseurs
de la liberté dexpression. Nous avons les mêmes
valeurs et les mêmes ambitions. Aidez-nous, aidez-vous à
expliquer et à convaincre, à donner lexemple.
A ouvrir davantage au monde les portes et les fenêtres de
notre Francophonie, à oser aller vers les autres et à
partager.
Le second vu que je forme pour cette année
nouvelle, cest celui du renforcement toujours plus exemplaire
de la solidarité. Nous avons choisi la solidarité
comme thème de notre prochain Sommet, le grand rendez-vous
francophone de 2004 qui se tiendra en novembre, en terre africaine,
à Ouagadougou et qui sintitulera « Francophonie
: un espace solidaire pour un développement durable ».
Nous savons trop bien quil ne sagit pas pour nous
dun vain mot. La Francophonie na pas beaucoup de sens
si elle ne contribue pas à satisfaire ce besoin si fort.
La composition de notre communauté, qui rassemble sur les
cinq continents des pays du Nord et du Sud sur lidée
même du partage, fait de lexpression de la solidarité
un fondement de son existence.
Solidarité déjà engagée
entre Francophones, qui se traduit par exemple, de plus en plus
systématiquement, par la concertation et la recherche de
positions communes sur les grands enjeux du développement
et de la réduction des inégalités, et que
nous devons affiner avec éclat à Ouagadougou sur
lensemble des aspects du développement durable.
Solidarité avec tous ceux qui dans
le monde ont besoin dun développement plus juste,
de démocratie, de diversité culturelle, auxquels
la Francophonie doit montrer que ces valeurs et les combats quelles
appellent ne sont pas vains.
Mesdames, Messieurs, Chers amis,
Je souhaite que nous puissions ensemble poursuivre
notre route commune au cours des prochains mois, et je vous adresse
à toutes et à tous mes vux les plus chaleureux
de bonheur personnel et de réussite professionnelle. En
vous remerciant de faire vivre la Francophonie avec autant dardeur,
je vous encourage à lexprimer haut et fort le 20
mars prochain à loccasion de la Journée internationale
de la Francophonie.
Je vous remercie de votre attention et vous invite
à boire le verre de lamitié.
Abdou
DIOUF
secrétaire
général de l'OIF
Paris, 19 janvier 2004