Allocution de la ministre
de la Culture et de la communication
Catherine TASCA
Présentation des voeux à la presse
à Paris, ministère de
la Culture, rue de Valois, mercredi 9 janvier 2002
Mesdames,
Messieurs,
Avec Michel Duffour,
je tiens à vous souhaiter une très bonne nouvelle
année pour vous, vos proches et les entreprises que vous
dirigez ou au sein desquelles vous travaillez.
Je souhaite également
que nous ayons tous une pensée pour vos confrères
qui ont payé de leur vie, en 2001, leur passion d'informer.
Je pense particulièrement à Johanne Sutton de RFI
et à Pierre Billaud de RTL tués en Afghanistan,
et à leurs confrères étrangers. Je pense
aussi à tous les journalistes qui dans de trop nombreux
pays payent de leur liberté et parfois de leur vie leur
volonté d'informer.
Cette traditionnelle
présentation des vux nous permet de faire un double
point : bilan, tout d'abord, d'autant plus que l'année
2001 est la dernière de la législature, projets,
ensuite.
En 2002, deux échéances
fondamentales nous attendent : l'élection présidentielle
et l'élection législative. Elles marqueront notre
vie et nos projets pour 5 ans.
Parlons d'abord des
bilans. Celui du gouvernement auquel j'appartiens est un bon
bilan. Dans le domaine dont j'ai la charge, celui de la Culture
et de la communication, il est particulièrement important
et je peux en faire état d'autant mieux, sans faire assaut
de modestie, que nous n'en sommes responsables avec Michel Duffour
que pour les deux dernières années.
Nous aurons tout d'abord rétabli le budget de la Culture
et repris l'indispensable progression de nos moyens, stoppée
et même inversée de 1993 à 1997. Le 1% promis
par Lionel Jospin, et que nous avons obtenu pour 2002, est un
1% sincère et vous avez pu observer qu'il n'a pas été
remis en cause, en dépit d'une conjoncture budgétaire
plus difficile.
· Nous avons renforcé le service public de la
culture. C'est le cas avec la loi sur l'archéologie
préventive, mais aussi avec celles qui viennent juste d'être
votées sur les musées et sur les établissements
publics de coopération culturelle. Nous avons démontré
le rôle positif que l'Etat peut et doit jouer dans les domaines
du cinéma et de l'audiovisuel avec, par exemple, les mesures
de régulation que nous avons fait adopter pour les cartes
d'abonnement au cinéma ou pour l'implantation des multiplexes,
comme pour le soutien au secteur de l'art et essais.
Nous avons franchi les premières étapes d'un plan
destiné à faire de l'éducation artistique
une réalité, dont bénéficient tous
les jeunes de la maternelle à l'université.
Nous avons profondément renouvelé et renforcé
les aides à la presse en les orientant résolument
vers la modernisation de vos entreprises et les nouvelles formes
de distribution.
Dans l'audiovisuel, nous avons engagé de manière
forte la mise en uvre de la loi du 1er août 2000 ;
les décrets sur la TNT viennent d'être publiés,
les contrats d'objectifs et de moyens entre l'Etat et les sociétés
publiques de l'audiovisuel ont été signés
ou le seront très prochainement.
Plus généralement, nous avons réussi à
convaincre nos collègues européens, et beaucoup
d'autres dans le monde, de la nécessité de ne pas
soumettre la création, la production et la diffusion des
uvres culturelles aux seules lois du marché.
Nous étions très isolés il y a 5 ans sur
ce sujet, nous le sommes beaucoup moins aujourd'hui, même
si nous devons rester très vigilants.
1 / Les défis
Mais un bilan ne vaut que s'il sert de socle à un nouvel
élan, s'il contribue à crédibiliser les projets
et les vux nouveaux que l'on forme pour l'avenir. Or, de
grands chantiers sont ouverts devant nous.
a) Le premier défi
concerne les droits des auteurs. Notre conception française
et européenne n'est pas celle de nombreux pays dont les
Etats-Unis. Certains auteurs sont plus exposés que d'autres
: je pense notamment aux journalistes et, parmi eux, aux photographes
reporters d'images.
Les nouvelles technologies de l'information faciliteront la diffusion
des uvres, mais ne doivent pas servir de prétexte
pour revenir sur les principes essentiels de la propriété
littéraire et artistique.
Je déposerai prochainement le projet de loi sur le droit
de prêt en bibliothèque, dont les dispositions
sont très largement acceptées car elles concilient
droit d'auteur, économie globale du livre et politique
de la lecture publique.
b) Le second défi,
c'est celui du poids des industries culturelles. La logique
des grandes entreprises consiste à limiter la concurrence
en constituant de grands conglomérats.
La responsabilité des Etats est de veiller à ce
que cela ne se fasse pas au détriment de la diversité
et de la pluralité des créateurs et du pluralisme
des centres de décision. En ce début d'année
je tiens à réaffirmer notre engagement et celui
du Premier ministre dans ce combat. C'est pour assurer la diversité
culturelle que nous continuerons à traiter différemment
les activités et les industries culturelles dans les négociations
internationales.
Il ne s'agit pas d'un archaïsme français, mais d'une
nécessité pour l'ensemble des cultures du monde.
Les intérêts des entreprises restent des intérêts
particuliers et ce n'est pas à elles, aussi importantes
et novatrices soient-elles, de définir les frontières
de la liberté de création. L'Etat continuera donc
à soutenir, activement et résolument, l'ensemble
des acteurs de la chaîne artistique.
Soyez sûrs que nous saurons consolider et adapter les dispositifs
existants pour les rendre encore plus efficaces, notamment dans
le contrôle des mouvements de concentration.
c) Un troisième
défi est lié à l'accès des publics
à la Culture.
Une première réponse consiste à poursuivre
et amplifier le mouvement de modernisation et de rénovation
de nos équipements culturels : le grand Louvre, le Centre
Pompidou et cette année encore le Musée Guimet ont
prouvé, parmi d'autres exemples, la concordance entre la
modernisation des équipements culturels et le renouvellement
de leurs publics. Les investissements, réalisés
ou en cours à Tokyo pour la création contemporaine,
pour l'architecture à Chaillot, pour le Cinéma,
à Bercy, pour l'histoire de l'art, rue Vivienne, enfin
pour les Arts premiers, Quai Branly, iront dans le même
sens. Les grands établissements nationaux doivent, de manière
systématique, jouer un rôle de tête de réseau
par rapport aux équipements existant en région.
Ceux-ci doivent aussi offrir de manière plus large des
accès publics aux ressources culturelles numérisées,
poursuivant ainsi l'impulsion donnée par Lionel Jospin
dès le mois d'août 1997. Nous renouvelons, de cette
façon, l'ancienne intuition d'André Malraux, en
leur permettant d'être de véritables lieux de ressources
culturelles, accessibles à tous, sur l'ensemble du territoire.
Une autre forme de réponse
passe par la généralisation de l'éducation
artistique à l'école. Nous entrons seulement
dans la seconde année de notre plan à 5 ans, commun
avec l'Education nationale ; c'est, je crois, un succès.
Mais déjà il nous faut regarder au-delà.
On doit aussi faire un effort pour le temps périscolaire
et plus généralement pour le temps libéré.
Il y a là, pour notre ministère, une nouvelle responsabilité
qui devrait nous conduire à inventer un nouveau cadre et
de nouvelles formes d'intervention. J'ai notamment signé
un protocole d'accord, avec Marie-Georges Buffet, afin d'engager
un nouveau type de partenariat entre le ministère de la
Culture et celui de la Jeunesse et des sports.
d) Dernier chantier
que je souhaite ici évoquer, celui de la télévision
numérique terrestre.
C'est un dossier majeur
pour l'avenir de notre paysage audiovisuel. On y retrouve, les
options fondamentales de notre politique culturelle :
- l'équilibre entre public et privé ;
- la place faite aux nouveaux entrants qui ont su s'organiser,
par rapport aux acteurs déjà en place ;
- l'équilibre de la concurrence entre les diverses technologies
de diffusion ;
- enfin, et surtout, la volonté de procéder à
tous ces choix au bénéfice de la diversité
de l'offre. Je crois au succès de la TNT, qui sera à
moyen terme l'offre télévisuelle de base des Français.
Une base offrant à tous une trentaine de programmes, en
lieu et place des 5 actuels. Le câble et le satellite trouveront
avec elle, j'en suis sûre, une nouvelle complémentarité.
Je crois au succès, sans mésestimer l'ampleur de
la tâche.
2 / Un état
d'esprit
Ces défis,
il faudra bien les relever quel que soit le résultat des
prochaines élections. Ils imposent dans les domaines
de la culture comme de la communication une politique à
la fois déterminée et ambitieuse.
Le 26 février
1802 naissait Victor Hugo.
Ce deux centième anniversaire prend d'autant plus de relief
que nombre de thèmes présents dans son uvre
sont encore au cur de notre actualité.
Lutte contre l'exclusion, dénonciation de la peine de mort,
lutte contre les sectarismes, construction de l'Europe, mais aussi,
et d'abord conviction que toute politique, que tout projet doit
être porté par un souffle, par une vision plus vaste.
En vous donnant rendez-vous à Besançon le 25 février
pour l'ouverture de ces commémorations, je m'arrêterai
un instant sur le thème européen.
L'Europe économique
se fait sûrement et heureusement. L'Europe culturelle
existe mais nous ne le savons pas encore assez. Nous partageons
un patrimoine commun, passé et présent, architectural,
plastique, musical, cinématographique et littéraire.
Et puisque nous n'avons pas d'histoire politique commune, sinon
conflictuelle et souvent sanglante, c'est la redécouverte
de ce patrimoine et le soutien à la création qui
serviront de socle à cette histoire commune que nous allons
écrire.
A toutes et à
tous, très bonne année 2002.