28
juillet
Journée commémorative
du Grand Dérangement
Une
proclamation royale !
Le 9 décembre 2003, le gouvernement canadien a adopté
une proclamation extraordinaire faisant du 28 juillet la "Journée
de commémoration du Grand Dérangement".
Cette journée sera officielle à compter de 2005.
En 2005, les Acadiens -premiers français
à établir, en 1604, une colonie en Amérique
du Nord- célèbreront les 250 ans d'une épopée
qui a marqué jusqu'à aujourd'hui les descendants
des Français déportés par la Couronne britannique.
La décision d'expulser les Acadiens de leurs terres avait
été prise le 28 juillet 1755 par les généraux
anglais installés à Halifax. Et tout le long des
côtes du territoire contesté (aujourd'hui les provinces
maritimes du Canada) la déportation s'est poursuivie jusqu'au
Traité de Paris qui, en 1763, a légué aux
Anglais l'Amérique française.
La proclamation du gouvernement canadien est marqué
du sceaux d' "Elizabeth II, par la Grâce de Dieu, Reine
du Royaume Uni, du Canada et de ses autres royaumes et territoires,
Chef du Commonweath, Défenseur de la Loi". Le Canada
est un pays souverain, mais il a conservé les institutions
parlementaires démocratiques léguées par
la Grande-Bretagne. La Reine Elizabeth II demeure donc la Reine
du Canada.
Pour la première fois, la déportation
des Acadiens est ouvertement reconnue par la Couronne, énoncée
par le Chef du Canada. Les tragédies et les souffrances
(maladies, naufrages, brutalités, mortalités) du
Grand Dérangement sont reconnus. Des faits historiques
que les historiens considèrent aujourd'hui comme une tentative
de génocide d'un peuple français d'Amérique
enraciné depuis cent cinquante ans sur le territoire qu'on
appelait Acadie, sont officiellement admis. La proclamation canadienne
souhaite en substance "que les Acadiens puissent tourner
la page sur cette période sombre de leur histoire".
Ces mots, les Acadiens, par l'entremise de leurs
organisation, comme la Société Nationale de l'Acadie
(SNA), les accueillent avec reconnaissance. Le président
de la SNA, Euclide Chiasson, a ainsi déclaré: "C'est
important que nous n'oubliions pas les événements.
Maintenant, nous savons que ça va faire partie des livres
d'histoire".
Depuis des années, l'avocat Warren Perrin
de Louisiane, a lancé une campagne pour que la Couronne
Britannique présente des excuses officielles pour la manière
dont les Acadiens ont été traités. Une partie
de l'Acadie avait déjà été léguée
aux Anglais par le Traité d'Utrecht en 1713. Mais les officiers
anglais ne considéraient pas les Acadiens comme de loyaux
sujets. Les généraux anglais ne savaient que faire
de ces "French neutrals", ces neutres français,
qui ne voulaient pas prendre les armes contre leurs compatriotes
de France. Si les Acadiens continuaient à cultiver les
terres et à commercer avec les marchands anglais, ils fournissaient
aussi les garnisons françaises de la forteresse de Louisbourg,
dans l'Ile Française, aujourd'hui le Cap-Breton. Les Acadiens
ont été chassés -hommes, femmes, enfants-,
leurs maisons brûlées, leurs biens confisqués.
Après le Traité de Paris en 1763,
le climat de guerre étant passé, il fut possible
pour les Acadiens de regagner leur pays, mais pas leurs anciennes
terres. Aujourd'hui, on rencontre les descendants de ces colons
français sur tous les continents. Les plus nombreux sont
au Québec et dans ce qui constitue aujourd'hui les trois
provinces maritimes du Canada. Ils entretiennent des relations
avec leurs cousins, en particulier ceux des Etats-Unis (Louisiane,
Nouvelle-Angleterre) et de France (Belle-Ile-en-Mer, Poitiers,
Châtellerault). Mais ce n'est en fait qu'à partir
de la deuxième moitié du XXe siècle que les
Acadiens des provinces maritimes ont pu lire quelques bribes de
leur histoire dans des livres qui n'étaient pas traduits
de l'anglais.
A Ottawa, le député du Bloc Québécois,
Stéphane Bergeron, un descendant d'Acadiens, a cherché
à faire au Canada ce que Warren Perrin avait commencé
aux Etats-Unis. Il a voulu faire adopter une résolution
aux Communes pour que le Parlement canadien demande à la
Reine Elizabeth II de faire des excuses au nom du Roi George II
sous le règne duquel fut ordonnée la déportation
des Acadiens. La résolution de M. Bergeron fut battue par
la majorité.
Cependant, la Société Nationale de
l'Acadie a été entendue par le Premier Ministre
Jean Chrétien et des ministres influents comme Sheila Copps
(Patrimoine) et Stéphane Dion (Affaires intergouvernementales
et relations canadiennes). Avant de quitter les affaires fédérales,
le Premier ministre Chrétien, qui avait brièvement
été député d'une circonscription acadienne
(Beauséjour), a veillé à ce que son cabinet
adopte une proclamation qui, sans faire des excuses, reconnaîsse
les torts causés aux Acadiens.
Il faut s'en réjouir, selon le président
de la SNA, Euclide Chiasson. Et puisque la Reine Elizabeth II
doit venir au Canada en 2005 pour célébrer le centenaire
de l'entrée dans la confédération canadienne
des provinces de la Saskatchewan et de l'Alberta, M. Chiasson
a demandé au gouvernement canadien d'inviter la Souveraine
à Grand-Pré, sur le lieu de la première expulsion
d'Acadiens. Elle pourrait y faire lecture de la proclamation royale
adoptée par l'État canadien. Cela donnerait un sens
plus large à cette proclamation; comme si ce n'était
pas seulement une reconnaissance de l'État canadien, mais
bien celle de la maison royale britannique.
Pour la SNA, la proclamation royale sous le grand sceau du Canada
est déjà une cause suffisante de réjouissance.
Il n'est pas indispensable que la Reine Elizabeth II lise en personne
la proclamation. Mais si elle le faisait, ce serait, comme le
dit Euclide Chiasson, "la cerise sur le sundae!".
Eldred Savoie