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Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone.

Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF)
Bamako, Mali, 1-3 novembre 2000

Un bilan mitigé

par Samuel Elémé
délégué Presse d'Afrique
de l'Union internationale des journalistes
et de la presse de langue française (UIJPLF)

Le discours de La Baule et les changements intervenus en Europe de l'Est, ont été à l'origine du processus de démocratisation qu'a connu l'Afrique au début des années 1990. Processus marqué, entre autre, par les conférences nationales souveraines, le multipartisme, l'organisation d'élections plus ou moins transparentes, l'éclosion d'une presse libre et des syndicats.

Ce vaste mouvement social qui devait contribuer au développement du continent africain et le préparer à relever les défis du nouveau millénaire, notamment la mondialisation, s'est au contraire avéré catastrophique pour l'ensemble des Etats, peu enclin à suivre un mouvement que la communauté internationale leur imposait.

En réponse au discours de François Mitterrand à La Baule, le président Moussa Traoré du Mali, exprimant le sentiment des chefs d'Etat francophones, avait laissé entendre que "la démocratie ne devait pas être une camisole qu'on leur enfile de force". Message reçu cinq sur cinq par le président Chirac qui affirmera que "chaque pays pouvait aller à la démocratie à son rythme" avant d'ajouter "qu'il n'existait pas un modèle unique de démocratie".

A défaut de modèle unique, l'Afrique développera un modèle inique, un simulacre de démocratie où les vainqueurs des élections présidentielles auront la bonne foi de gagner avec un taux environnant les 55% au lieu des 99,99% habituels, tout en s'assurant la majorité parlementaire. Seules exceptions à la règle, le Bénin et tout récemment le Sénégal.

Contrairement à son homologue anglais The Commonwealth of the Nation, la francophonie pouvait-elle ignorer plus longtemps les graves atteintes aux droits de l'homme perpétrés dans son espace ?

Apparemment non, puisqu'au sommet de Moncton en 1999, la démocratie reviendra à l'ordre du jour et qu'il sera décidé de l'organisation par l'Agence internationale de la Francophonie (AIF) d'un symposium international sur le "bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone".

De Moncton à Bamako

Le symposium qui s'est tenu à Bamako au Mali du 1er au 3 novembre 2000 et dont les travaux ont été ouverts par S.E. Alpha Oumar Konaré, président de la République du Mali et par le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) Boutros Boutros-Ghali, avait été préparé par quatre séminaires tenus à Ndjamena au Tchad, en mars dernier, sur le thème "Les institutions de la démocratie et de l'Etat de droit", à Paris, en avril, sur le thème "Les élections", puis toujours à Paris en mai, sur le thème "La vie politique", enfin en juin à Sofia, en Bulgarie, sur le thème "La culture démocratique". Une réunion d'échanges et de concertation avec  les organisations internationales non gouvernementales (OING), avait été également organisée, ainsi que des conférences périphériques.

La déclaration de Bamako, adoptée à l'issue des travaux et le plan d'action garantissant le respect des engagements pris dans la déclaration, seront transmis au prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de la Francophonie prévu à Beyrouth en novembre 2001.

Dans son discours d'ouverture devant près de 400 délégués, le Président Konaré a souhaité que le symposium de Bamako soit "le moment de vérité qui interpelle la communauté francophone sur les déficits observés au cours de ces dernières années et qui se sont traduits par des conflits ethniques et religieux, des guerres civiles, voire des situations d'anarchie."

Le Président Konaré qui a sévèrement condamné le coup d'Etat qui a amené la junte militaire au pouvoir en Côte d'Ivoire, a affirmé que maintenant que le peuple savait qu'on ne peut plus lui voler son choix après des élections, rien ne serait plus comme avant.

Donnant la réplique au président malien, le secrétaire général de l'OIF Boutros-Ghali a insisté sur le long travail de préparation, de concertation, de confrontation qui a précédé le symposium de Bamako, afin que l'opinion publique sache aussi ce qu'avait été l'avant-Bamako. "Nous savons tous, dira-t-il, que l'opinion publique nous attend au tournant de l'après-Bamako. Mais pour faire bonne mesure, l'opinion publique se devait de savoir aussi ce qu'avait été l'avant-Bamako. Car il est toujours plus facile et plus médiatique de se  contenter de dénoncer les manquements à la démocratie que de vouloir y remédier. La francophonie a choisi de faire les deux."

Le Vietnam et la Tunisie ont émis des réserves sur la déclaration et sur le plan d'action, rappelant la francophonie à sa mission initiale qui fait d'elle un lieu d'échange et de concertation et non un gendarme de la démocratie. D'autres participants n'en pensent pas mois. il est vrai que chassé, le naturel revient au galop.

Samuel Elémé

Déclaration de Bamako, le 3 novembre 2000