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Communication sur la Francophonie
en conseil des ministres,
Paris, mercredi 14 décembre 2005

Communication de la ministre de la Coopération et de la Francophonie
Brigitte GIRARDIN

Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier ministre,

La Francophonie, dont les institutions regroupent 60 États auxquels s'ajoutent le Québec, le Nouveau Brunswick et la Communauté française de Belgique, affirme aujourd'hui de plus en plus clairement sa vocation politique. Cette évolution, souhaitée par la France et soutenue par un grand nombre d'États, s'est accélérée depuis quelques mois. C'est un facteur de renouveau pour la Francophonie, et c'est une chance pour notre pays.

La conférence ministérielle de la Francophonie qui s'est tenue à Madagascar, les 22 et 23 novembre derniers, a marqué à cet égard une étape importante, en consacrant la réforme des institutions de la Francophonie. Cette réforme était en effet la condition nécessaire à une action politique francophone plus affirmée sur la scène internationale. Désormais, les activités politiques et les programmes de coopération de la Francophonie sont rassemblés dans une seule structure, l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), sous l'autorité directe de son secrétaire général, le Président Abdou DIOUF.

La France doit jouer pleinement son rôle dans l'élaboration et la mise en œuvre d'une nouvelle politique francophone. Il importe notamment que notre diplomatie puisse conduire la Francophonie à renforcer son poids sur la scène internationale, en proposant des actions concrètes dans des domaines qui sont au cœur des enjeux internationaux, et en ouvrant de nouveaux champs de réflexion et de concertation pour apporter des réponses aux grandes questions que pose la mondialisation. La capacité d'influence de la France s'en trouvera renforcée.

Trois domaines nous paraissent à cet égard prioritaires :

Première priorité : la diversité culturelle.

La diversité culturelle est un exemple des contributions utiles que la Francophonie peut apporter à la nécessaire régulation de la mondialisation. Ses membres sont en effet à l'origine de la négociation à l'UNESCO de la Convention internationale sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, que tous les pays francophones ont adoptée le 20 octobre dernier. Il faut désormais œuvrer à la ratification rapide de ce texte par le plus grand nombre d'États. Les membres de la Francophonie, réunis à Madagascar, se sont engagés à ratifier la convention avant le sommet de Bucarest de septembre 2006.

Les États du Sud qui ont permis, par leur mobilisation, que la convention soit élaborée et adoptée, doivent en retirer tout le bénéfice escompté. La Francophonie devra notamment les aider à mettre en place de véritables politiques culturelles, lorsqu'ils en sont dépourvus. La France y prendra toute sa part en contribuant au fonds de solidarité culturelle créé par la convention et en menant des actions coordonnées avec le Canada et la province du Québec.

Ce mouvement général de reconnaissance de la diversité culturelle est évidemment une chance pour le plurilinguisme et le renforcement du français, dont le statut et l'usage restent au cœur de nos priorités. Le plan pour le français dans les institutions européennes, qui permet d'offrir des cours de français intensifs, dans les capitales des nouveaux États adhérents, à plus de 6 000 fonctionnaires, est conduit par l'organisation internationale de la Francophonie. Ses membres, parmi lesquels près de la moitié des membres de l'Union européenne, sont en effet convaincus que l'Europe est la clé du rayonnement international du français. À l'exemple de ce programme, la Francophonie va développer un plan de soutien à l'usage du Français dans les organisations régionales africaines comme l'Union africaine ou la CEDEAO.

Deuxième priorité : la démocratie et les droits de l'Homme.

En adoptant la Déclaration de Bamako, en 2000, les membres de la Francophonie ont affiché une ambition collective et ont ouvert un champ de coopération nouveau en matière de droits de l'Homme et de démocratie. Ce texte est avant tout un engagement sur des principes. Lorsqu'ils sont ignorés, la communauté francophone réagit. A l'initiative de son secrétaire général, l'OIF l'a fait à deux reprises cette année, pour le Togo et la Mauritanie. Elle avait auparavant contribué à la transition démocratique en République centrafricaine, en apportant une expertise pour la rédaction des textes fondamentaux et en coordonnant l'observation internationale des élections qui se sont tenues au printemps dernier.

En Haïti, l'OIF tient aussi une place significative en aidant à la préparation des élections, en soutenant les médias, et en coopérant à la reconstruction de la justice.

Suite au symposium international sur les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone qui s'est tenu à Bamako en novembre dernier, des propositions visant à préciser ou à compléter les dispositions de la Déclaration de Bamako, seront soumises aux chefs d'États et de Gouvernements lors du prochain Sommet de la Francophonie, à Bucarest.

Au delà, le groupe francophone doit pouvoir montrer sa cohésion en pesant de toute sa force pour faire aboutir la réforme de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU. La France a appelé ses partenaires à la mobilisation pour faire vivre le futur Conseil des droits de l'Homme.

Troisième priorité : la prévention, la gestion et la sortie de crise.

Il est nécessaire que la Francophonie ait une approche globale du traitement des crises. La France s'est engagée à participer activement à la préparation de la conférence ministérielle francophone sur la prévention des conflits que le Canada organise à Saint Boniface au Manitoba en mai 2006, et qui est susceptible de conforter le consensus sur la réforme des Nations-Unies. Je pense en particulier au projet de Commission de consolidation de la paix.

Lors de la réunion ministérielle de Madagascar, nous avons débattu, à notre initiative, de la nécessaire participation d'effectifs francophones aux Opérations de maintien de la paix (OMP). Depuis le début de la décennie, l'augmentation rapide du nombre et des effectifs des OMP de l'ONU a en effet plus particulièrement touché les pays francophones. Or, moins de 10 % des casques bleus engagés parlent notre langue.

Dans ce contexte, l'OIF et ses États membres doivent se mobiliser davantage pour soutenir les OMP en pays francophones. Ce soutien passe d'abord par le renforcement de la contribution française directe aux OMP, mais aussi par la promotion d'une coopération entre pays membres de la Francophonie, et tout particulièrement africains pour ces opérations. L'OIF a là un rôle à jouer.

* * *

Affirmer ces trois priorités conduit à resserrer les liens de solidarité entre francophones. Les programmes de coopération restent naturellement un élément clef de l'action de l'OIF. Depuis l'adoption l'an dernier du premier cadre stratégique de la Francophonie, ces programmes de coopération s'inscrivent désormais dans un nombre limité de priorités, et concourent pleinement à la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Notamment l'éducation pour tous.

À l'occasion des Vème Jeux de la Francophonie, et à notre initiative, les pays francophones ont voulu porter ce message fort de solidarité. En raison des difficultés alimentaires que connaît le Niger, un fonds a été créé par l'OIF pour combattre les problèmes de malnutrition infantile. La France y a contribué à hauteur de 500 000 €.

Amener nos compatriotes à mieux percevoir l'apport de la Francophonie au monde d'aujourd'hui, c'est aussi le sens de Francofffonies, le festival francophone en France, que vous avez souhaité, M. le Président et qui, à travers plus de 400 manifestations, illustrera, tout au long de l'année 2006, la diversité et la modernité des expressions culturelles francophones.