20
mars 2000
A
Niamey, c'était Noël
par
Suzanne Prévost
20
mars 2000. L'Agence intergouvernementale de la Francophonie (AIF)
a fêté officiellement ses trente ans à Niamey, capitale du Niger
où avait été créée en 1970 l'Agence de coopération culturelle
et technique (ACCT), préfiguration de l'actuelle AIF.
L'Agence de la
Francophnie a 30 ans et ça se fête. A Niamey, ville pauvre
dans un pays pauvre, je n'ai vu ni flonflons, ni fanfares,
seulement des drapeaux dans le quartier du très beau Palais des
congrès et jusque dans le quartier des ambassades. Les distingués
invités étaient beaux : boubous flamboyants, complets foncés et
talons hauts. Les discours étaient longs. C'est l'heure des bilans
et ils sont positifs, il va de soi.
Pendant ce temps,
comme tous les jours, la ville grouille, les ménagères marchandent,
les artisans travaillent et les désoeuvrés cherchent un coin d'ombre
pour s'étendre sur cette latérite brûlante. Dans la rue, on n'a
pas les moyens de fêter, même si la Francophonie est loin d'être
une inconnue ici.
Si la fête a été
confinée aux vastes salles climatisées, un événement mérite largement
qu'on le rapporte. C'était un moment de grâce, de solidarité,
comme on aimerait en vivre plus souvent. On a en effet profité
du 30ème anniversaire pour baptiser une école de Niamey du nom
d'un Nigérien, Dan Dicko, ancien secrétaire général de l'Agence.
Les enfants et les instituteurs étaient de la fête - après avoir
attendu, il est vrai, très longtemps au soleil de midi pendant
que les "grands" palabraient.
Il y a eu les
chants des enfants, les poèmes très fins et très joliment récités,
les paroles des notables - on ne peut y échapper ! - mais surtout
la distribution, à chacun des enfants éblouis, d'un cartable contenant
des fournitures scolaires, dictionnaire, trousse, taille-crayon,
compas, boîte de couleurs, etc. Chacune des douze classes a reçu
du matériel indispensable, de même que les enseignants et les
éducateurs.
C'était Noël le
20 mars, une vraie fête, modeste dans sa formule mais ô combien
appréciée quand on sait qu'au Niger, à peine 30% des enfants réalisent
leur rêve d'aller à l'école tout simplement parce qu'ils ne disposent
pas du matériel de base pour s'instruire !
Tous les pays
du monde, toutes les organisations internationales, toutes les
OING s'entendent sur ce point : l'éducation est la clé du développement.
Et bien l'éducation, ça commence à l'école primaire et il y a
encore des millions d'enfants qui auraient bien voulu se trouver
à l'école Dan Dicko ce 20 mars. N'attendons pas le 40ème anniversaire
pour voir le bonheur illuminer encore les yeux des enfants pauvres.
La fête à l'école a certainement été l'opération la moins coûteuse
de la fête de Niamey, et la plus réussie.
Suzanne
Prévost