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VERSAILLES, France, 17-19 février 1986

Vers un Commonwealth à la française ?

Les 42 participants

16 chefs d'Etat
Burundi : Jean-Baptiste Sagaza
Centrafrique : André Kolingba
Comores : Ahmed Abdallah Abderemane
Côte d'Ivoire : Félix Houphouët-Boigny
Djibouti : Hassan Gouled Aptidon
France : François Mitterrand
Gabon : Omar Bongo
Guinée-Bissau : Joao Sernardo Vieira
Liban : Amine Gemayel
Madagascar : Didier Ratsiraka 
Mali : Moussa Traoré
Mauritanie : Maaouya Ould Sid'Ahmed Taya
Rwanda : Juvénal Habyarimana
Sénégal : Abdou Diouf
Togo : Gnassingbé Eyadèma
Zaïre: Mobutu Sésé Séko

10 chefs de gouvernement
Belgique : Wilfried Martens
Canada : Brian Mulroney
Luxembourg : Jacques Santer
Monaco : Jean Ausseil
Niger : Hamid Algabid
Nouveau-Brunswick : Richard Hatfield
Québec : Robert Bourassa
Sainte-Lucie : John Compton
Tunisie : Mohamed Mzali
Vanuatu : Wafter Lini

16 autres chefs de délégation
Belgique : Philippe Monfils, ministre - président de la Communauté française
Bénin : Girigissou Gado, ministre de l'Equipement et des transports
Burkina Faso : Henri Zongo, ministre de la Promotion économique
Congo : Antoine Ndinga-Oba, ministre des Affaires étrangères
Dominique : Eugénia Charles
Egypte : Boutros Boutros-Ghali, ministre des Affaires étrangères
Guinée : Jean Traoré, ministre des Affaires étrangères
Haïti : Rosny Desroches, ministre de l'Education nationale
Laos : Thongsay Sodhisane, ambassadeur en France
Louisiane : Darrel Hunt, commissaire adjoint au Budget
Maroc : Abdellatif Filali, ministre des Affaires étrangères
Maurice : Gaétan Duval, vice-Premier ministre
Seychelles : Jacques Hodoui
Suisse : Edouard Brenner, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères
Tchad : Gouara Lassou, ministre des Affaires étrangères
Vietnam : Cu Huy Can, ministre délégué

La conférence

Pour sa première édition, c'est dans les décors somptueux du château de Versailles que s'est ouvert le Sommet des pays ayant en commun l'usage du français - communément baptisé Sommet de la Francophonie - que ses initiateurs, tel Léopold Sédar Senghor, prévoyaient comme une sorte de Commonwealth à la française.

"La Francophonie est une communauté désireuse de compter ses forces pour affirmer ses ambitions" a déclaré le président François Mitterrand, en ouvrant les travaux de ce premier Sommet. Le chef de l'Etat français a, ensuite, fait valoir que la communauté francophone, "dont l'identité est menacée", se devait d'avoir "un réflexe vital contre la mortelle abolition des différences, sous peine d’être très souvent condamnée à un rôle de sous-traitant, de traducteur ou d'interprète... Nous sommes là autour d'une langue porteuse d'une culture, d'une civilisation à laquelle chacun ajoute son propre apport..."  Et d'appeler les participants à la conférence "à collaborer, coopérer, co-produire et à rendre plus fertile un patrimoine commun dont nous savons que la diversité est la première richesse... Nous sommes au commencement d'une oeuvre durable qui s'inscrira dans les temps qui viennent, car au travers d'une langue commune, c'est un mouvement de la pensée, c'est toute une action qui se dessine..."

Pour le Premier ministre canadien, Brian Mulroney, un des promoteurs de ce Sommet, depuis qu'il a réglé le vieux différend qui opposait le Canada et le Québec sur le niveau de la représentation : "Pour ne pas décevoir, ce Sommet doit imprimer un second souffle à la Francophonie, l'engager dans les voies de l'avenir et déboucher sur des résultats visibles et palpables..." En soulignant que son pays pensait particulièrement à l'informatique, aux banques de données linguistiques et à la traduction automatique.

Entre autres intervenants, le Premier ministre tunisien, Mohamed Mzali, a, quant à lui, rappelé que "nos cultures sont en péril" et qu'il est "vital de constituer un rassemblement économique, scientifique et technologique qui. puisse, en l'absence d'un véritable dialogue Nord-Sud, établir une solidarité concrète entre pays riches et pays démunis... Dans la concertation, nous pensons pouvoir établir un front contre la pauvreté".

Pour sa part, le Premier ministre québécois, Robert Bourassa, propose d'examiner, d'une manière approfondie, la possibilité d'établir "un nouveau Plan Marshall qui permettrait le transfert des surplus alimentaires accumulés à grands frais par les pays riches aux pays du Tiers-monde qui en ont besoin".

Dans un message adressé au Sommet par le chef de l'Etat burkinabé - représenté par son ministre de la Promotion économique - le capitaine Thomas Sankara souligne que la langue française a d'abord été celle du colonisateur, et qu'aujourd'hui, son pays l'utilise "non plus comme le vecteur d'une quelconque aliénation culturelle, mais comme un moyen de communication avec les autres peuples". La langue française, doit, selon lui, "accepter les autres langues comme expressions de la sensibilité des autres peuples". Et de conclure en affirmant que son pays "attend beaucoup de la culture des autres pour s'enrichir davantage..."

Bien évidemment, des sujets plus politiques et économiques ont également été abordés. Ainsi, le président sénégalais, Abdou Diouf, président en exercice de I'OUA, a demandé "l'application effective et immédiate des sanctions économiques contre l'Afrique du Sud", seul moyen de "mettre rapidement fin à l'apartheid', et proposé la tenue d'une conférence internationale sur l'Afrique du Sud le 16 juin 1986, date du dixième anniversaire du soulèvement de Soweto.

Abordant, ensuite, le problème de la dette africaine, le chef de l'Etat sénégalais a mis, une nouvelle fois, en avant l'idée d'une taxation des activités d'armement, qui serait redistribuée au profit du développement.

Le président malgache, Didier Ratsiraka, a, quant à lui, rappelé la proposition d'une conférence internationale sur la dette africaine, dont le principe avait été retenu lors du dernier Sommet franco-africain en décembre 1985.

Les décisions pratiques

Voici le résumé des principales "décisions pratiques" - vingt-huit au total - du Sommet francophone, annoncées par M. Mitterrand mercredi 19 février. Un comité du suivi a été constitué pour surveiller l'application de ces mesures : il comprend la Communauté française (Bruxelles-Wallonie) de Belgique, le Burundi, le Canada, les Comores, la France, le Liban, le Maroc, le Québec, le Sénégal et le Zaïre.

- Création d'une agence internationale francophone d'images de télévision (actuellement 98 % d'entre elles sont fournies par des agences anglo-saxonnes). Financement : 16 millions de FF par an, dont 5 millions fournis par la France ;

- la télévision par câble TV5 (France, Belgique, Suisse romande, Canada et Québec) verra son champ de diffusion étendu à l'Amérique du Nord, la Méditerranée et l'Afrique (le Maroc peut déjà la capter). Mise française supplémentaire 29 millions de FF ;

- à partir de 1987, la France ouvrira à des programmes francophones l'un des quatre canaux disponibles sur le futur satellite de télévision directe TDF 1

- constitution d'un groupe de travail qui remettra en 1986 son rapport sur l'extension au monde francophone des banques de données linguistiques par vidéotext ;

- étude de l'utilisation du vidéodisque par l'enseignement médical dans dix facultés francophones, à partir de l'expérience de l'hôpital parisien de la Salpètrière ;

- tenue à Paris, tous les deux ans, en même temps que le Salon du livre, d'un Salon du livre francophone sur 400 m2. Coût : 3 millions de FF fournis par la France ;

- lancement, à la demande expresse du Vietnam, d'une collection populaire de cent titres d'auteurs de graphie française :

- réalisation d'une "maquette de fonctionnement de la langue" pour le traitement automatique des textes. Coût : 20 millions de FF dont là moitié fournie par Paris. Création d'un prix international d'innovation linguistique (part de la France : 100 000 F) ;

- appui financier au Programme photovoltaïque des pays du Sahel africain en faveur de la maîtrise des petites techniques énergétiques. Coût : 5 à 10 millions de FF par an ;

- institution d'un baccalauréat francophone international

- création de centres de formation d'agronomes en milieu rural (participation française : 8 millions de FF en quatre ans), et, sur demande tunisienne, de centres de formation artisanale (participation française: 15 millions de FF sur cinq ans) ;

- renforcement de la concertation entre délégations francophones au sein du système des Nations Unies.