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PARIS,
France, 19-21 novembre 1991
Elargissement
et maturité
Les
45 participants
21 chefs d'Etat
Bénin
: Nicéphore Soglo
Bulgarie : Jeliou Jolev
Burkina Faso : Blaise Compaoré
Burundi : Pierre Buyoya
Cameroun : Paul Biya
Centrafrique : André Kolingba
Comores : Sàid Mohamed Djohar
Côte d'Ivoire : Félix Houphouët-Boigny
France : François Mitterrand
Gabon : Omar Bongo
Guinée-Bissau : Joao Sernardo Vieira
Haïti : Jean-Bertrand Aristide
Laos : Kaysone Phomvihane
Liban : Elias Hraoui
Mali : Amadou Toumani Touré
Mauritanie : Maaouya Ould Sid'Ahmed
Taya
Roumanie : Ion Iliescu
Rwanda : Juvénal Habyarimana
Sénégal : Abdou Diouf
Suisse : René Felber
Tchad : Idriss Déby
13 chefs de gouvernement
Belgique
: Wilfried Martens
Belgique Communauté française : Valmy
Feaux
Canada : Brian Mulroney
Congo : André Milongo
Luxembourg : Jacques Santer
Maurice : Aneerood Jugnauth
Niger : Amadou Cheiffou
Nouveau-Brunswick : Franck McKenna
Québec : Robert Bourassa
Togo : Kokou Joseph Koffigoh
Tunisie : Hamed Karaoui
Val d'Aoste : Gianni Bondaz
Vanuatu : Donald Kalpokas
11 autres chefs
de délégation
Cambodge
: Khek Sysoda, membre du cabinet du président du Conseil
national suprême
Djibouti : Moumin Bahdou Farah, ministre
des Affaires étrangères
Egypte : Boutros Boutros-Ghali, vice-Premier
ministre pour les Relations étrangères
Guinée équatoriale : Isidoro Eyi Monsuy
Andémé, vice-Premier ministre
Louisiane : Allan Barres, sénateur,
ancien président du Sénat
Madagascar : Honoré Rakotomanana, président
de la Cour constitutionnelle
Maroc : Mohammed Benàissa, ministre
des Affaires culturelles
Monaco : René Novella, ambassadeur
en Italie
Nouvelle-Angleterre : Paul Laflamme,
président de l'Action pour les Franco-Américains du
Nord-Est (ACTFANE)
Seychelles : Danielle de Saint-Jorre,
ministre des Relations extérieures
Vietnam : Nguyen Huu Tho, vice-président
du Conseil d'Etat
Zaïre : Bukati Bukayi, ministre des
Relations extérieures
La
conférence
A
Dakar, le Sommet de la Francophonie s'était donné rendez-vous
au Zaïre pour sa quatrième réunion. Le rendez-vous zaïrois
n'aura pas lieu : accusées, notamment, par la Belgique,
la France et le Canada, de bafouer les droits de l'homme,
les autorités zaïroises ont dû déclarer forfait. Le
relais fut passé à la France, et c'est au palais de
Chaillot, à Paris, que s'ouvre le 19 novembre 1991,
le IVème Sommet
de la Francophonie.
Soulignant
que ce Sommet est celui de "l'élargissement et
de la maturité", le président François
Mitterrand constate : "L'espace francophone
se déploie sur tous les continents, retrouve des solidarités
anciennes, appelle des amitiés, marque le sentiment
qu'un destin se partage, aussi ... A l'est de l'Europe,
la liberté a repris ses droits avec vigueur, les nations
vivent leur indépendance. Des minorités s'expriment,
des peuples souvent chargés d'histoire veulent compter
à leur tour, et parfois de nouveau... Tout au long des
années de plomb, ils ont gardé en secret cette passion
de la langue française. Sorte d'espérance à tenir, de
liberté à préserver, avec le sentiment tenace qu'un
jour, ils retrouveraient les nations libres qui parlent
la même langue. Tel est le sens, je pense, de l'arrivée,
parmi nous, de la Bulgarie et de la Roumanie..."
Et de saluer également la présence du Cambodge
(en soulignant "le rôle du prince Sihanouk qui
était déjà, il y a trente ans, au côté des présidents
Senghor et Diori Hamani pour souhaiter la création d'une
Communauté d'expression française"), celle du Cameroun
et du Laos "hier observateurs", ainsi que
la présence du président Hraoui qui "signifie que
le Liban en marche vers la réconciliation de ses citoyens,
retrouve la place qui lui est due dans la reconquête
de sa souveraineté..."
Le Premier ministre canadien,
Brian Mulroney, affirmait, pour sa
part : "La France, qui nous accueille, est le berceau
de la liberté, la mère-patrie des droits de la personne.
Et, ce retour aux sources devrait nous être d'autant
plus salutaire que nous prenons de plus en plus conscience
que, sans démocratie véritable, il ne peut y avoir de
développement durable, et que, sans développement soutenu,
il ne peut y avoir de démocratie solide. Notre hôte
à Dakar, le président Diouf, avait d'ailleurs évoqué
"ce ressourcement aux idéaux les plus élevés de
liberté et de justice, véhiculés par le français".
Le rappel de ces paroles donne un sens singulier à la
participation à cette conférence du père Jean-Bertrand
Aristide, le président démocratiquement élu d'Haïti
"qui témoigne, avec dignité et courage, des dangers
que la démocratie court encore, C'est dire que le monde
a changé depuis le Sommet de Dakar, qu'il a changé rapidement
et profondément, qu'il continue de changer vite et beaucoup".
Entre-temps,
le président Abdou Diouf, puis le président
Nicéphore Soglo avaient affirmé leur
foi dans la démocratie en Afrique. Le chef de l'Etat
sénégalais avait salué dans le Bénin le pays grâce auquel
la démocratie était revenue en Afrique. C'est pourquoi,
s'exprimant à son tour, pour la première fois devant
un Sommet francophone, le président béninois devait
conseiller à l'Afrique de suivre l'exemple de son pays
: "Sans doute ne saurions-nous prétendre, qu'il
existe un modèle imposable à tous, quelque chose comme
un prêt-à-porter démocratique. Nous n'en restons pas
moins persuadés au Bénin que, si le courage, la dignité
et l'esprit de responsabilité sont au rendez-vous, la
conférence nationale est un cadre approprié pour opérer
des mutations décisives et pacifiques dans une société
en quête d'un souffle nouveau. Car elle reste à nos
yeux l'alternative aux affrontements meurtriers et à
la guerre civile. Telle est du moins la conviction des
Béninois qui, depuis février 1990, s'efforcent patiemment
de construire le renouveau démocratique. C'est le lieu
pour moi d'adresser ma profonde gratitude aux pays membres
de la Francophonie qui nous ont apporté, et continuent
de nous apporter leur soutien dans cette difficile entreprise,
de même qu'à ceux qui suivent avec tant de sympathie
le processus de consolidation de la démocratie au Bénin".
Les
résolutions de politique internationale
Le
IVème Sommet de la Francophonie a adopté
un certain nombre de résolutions de politique internationale
:
- Sécurité internationale
: les pays du Sommet "s'engagent à se joindre à
tous les membres de la communauté internationale pour
condamner la prolifération des armes de destruction
massive et renforcer les instruments pour combattre
efficacement la prolifération des armes nucléaires chimiques
et biologiques ainsi que des systèmes balistiques".
Ils s'engagent également à "promouvoir une plus
grande prudence dans le transfert des armes conventionnelles
qui permettra l'affectation du plus grand nombre de
ressources possible au développement social et économique
de leurs pays".
Ils apportent par ailleurs
"leur appui entier à l'affermissement du rôle et
de l'autorité du secrétaire général de l'ONU dont ils
entendent "soutenir activement l'action" en
faveur de la paix "tout en exhortant les peuples
des régions en crise à résoudre leurs conflits par des
moyens pacifiques".
Le mouvement francophone
s'engage "à travailler au renforcement de la capacité
de l'ONU à agir de manière préventive pour maintenir
la paix et la sécurité".
Il s'engage enfin à "améliorer
les mécanismes de coordination et d'intervention des
agences humanitaires de l'ONU et au soutien d'autres
organisations multilatérales tel le CICR, afin de rendre
plus efficaces les actions de secours aux populations
affligées".
- Conflit israélo-arabe
: ils "apportent leur soutien aux efforts engagés
par les Etats-Unis, l'Union soviétique, les pays de
la CEE et d'autres pays concernés et intéressés, invitent
les parties à faire preuve de l'esprit constructif qui
permettra de saisir cette occasion historique de parvenir
à un règlement juste et durable du conflit israélo-arabe
et du conflit palestinien".
Ils "les invitent
à adopter les mesures de confiance équilibrées et réciproques
qui permettraient de créer un climat favorable à la
négociation, en particulier, la cessation de la politique
d'implantation de colonies israéliennes dans les territoires
occupés et du boycott arabe".
ils "se déclarent
prêts, dans la mesure de leurs moyens, à contribuer
au développement de la coopération régionale qui suivra
le retour de la paix".
- Haïti
: "constatant le renversement du gouvernement démocratiquement
élu d'Haïti, le Sommet "condamne énergiquement
ce renversement violent et illégal qui prive le peuple
haïtien du libre exercice de ses droits démocratiques".
La résolution exige également
"le rétablissement de l'Etat de droit et de l'ordre
constitutionnel ainsi que la restauration du président
légitime dans ses fonctions".
Elle prévoit "la suspension,
jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel,
de la mise en oeuvre des accords entre Haïti et l'Agence
de coopération culturelle et technique".
Les pays francophones,
qui "appuient les efforts déployés par l'OFA, l'ONU
et d'autres instances pour restaurer et renforcer la
démocratie dans ce pays", s'engagent à "respecter
ou à recommander l'application des sanctions économiques
arrêtées par I'OFA".
Ils affirment enfin "leur
volonté, une fois l'ordre constitutionnel rétabli en
Haïti, de consolider la coopération économique et financière
avec ce pays, afin de soutenir son développement économique,
social et démocratique".
- Afrique
: les dirigeants du Sommet francophone "se réjouissent
du processus de démocratisation en cours en Afrique,
expriment leur soutien aux pays africains engagés dans
les réformes politiques et économiques". Ils demandent
"instamment à la communauté internationale de les
soutenir" et s'engagent à "oeuvrer pour la
prise en compte, dans les instances internationales,
des besoins du continent africain".
- Corne de lAfrique
: le Sommet francophone appuie les efforts de plusieurs
pays "et notamment de la République de Djibouti",
en faveur du rétablissement de la paix en Somalie et
appelle les acteurs des conflits à entamer ou poursuivre
des négociations pour la paix dans la région.
- Liban
: la résolution enregistre "avec satisfaction les
progrès réalisés tant sur le plan politique que sur
le plan de la sécurité depuis la mise en oeuvre par
le gouvernement libanais des accords de Taëf et notamment
pour ce qui a trait à la dissolution des milices et
à l'extension de la zone contrôlée par l'armée légale".
Elle exprime son "appui
au gouvernement libanais dans la poursuite de l'application
stricte et complète des accords de Taëf en vue de consolider
la réconciliation nationale, de renforcer la sécurité,
de rétablir la légalité sur tout le territoire national
en y déployant l'armée libanaise, et de restaurer la
souveraineté pleine et entière du Liban".
La résolution décide "la
reconduction du fonds de solidarité créé par le Sommet
de Québec (1987) pour la reconstruction des institutions
culturelles, éducatives, techniques et hospitalières
du Liban" et appelle "les Etats membres à
renouveler le financement de ce fonds".
- L'usage du français
dans les organisations internationales : la
résolution invite les gouvernements francophones à "une
action inlassable et concertée" en vue de permettre
l'adoption, dans les organisations où elles font encore
défaut, de résolutions linguistiques à l'exemple des
résolutions de l'ONU et d'assurer le recrutement optimum
de fonctionnaires internationaux francophones".
Elle appelle "à la
création de groupes francophones dans les organisations
internationales", souligne "la nécessité de
favoriser par tous les moyens et notamment par la formation
de spécialistes, la qualité de la traduction et de l'interprétation".
Elle demande "la mise en place d'un réseau informatique
de détection et de diffusion des termes posant un problème
de définition et de traduction en français", et
souligne "l'importance de la présence des livres
et documents français dans les bibliothèques et centres
de documentation internationaux".
Elle souhaite
que le français conserve sa place de "première
langue olympique" et demande "qu'une concertation
régulière entre francophones s'élabore auprès des grandes
organisations internationales".
Les
décisions pratiques
Le
IVème Sommet de la Francophonie s'est attaché
à peaufiner la réforme de ses institutions commencée
à Dakar.
Le Sommet demeure l'instance
suprême en matière politique, mais une Conférence
ministérielle se réunira, désormais, à mi-chemin
entre deux Sommets.
D'autre part, un Conseil
permanent de la Francophonie, composé des représentants
spéciaux des chefs d'Etat et de gouvernement (les "sherpas"),
doit être créé. Il comprendra 15 membres (France, Canada,
Québec, Communauté française de Belgique, Sénégal, Maurice,
Côte d'Ivoire, Bénin, Togo, Gabon, Zaïre, Maroc, Madagascar,
Liban, Vietnam) et regroupera trois des structures actuelles
: le CIS, le CIP et le bureau élargi de l'ACCT.
L'ACCT
devrait obtenir un rôle technique de secrétariat
de la Francophonie qui reste à définir dans
le détail. Elle aura à sa disposition, pour appuyer
ses actions de coopération, 9 comités de programmes
composés d'experts gouvernementaux. Les représentants
d'organisations non-gouvernementales (ONG) pourront
également être appelés à y participer. Il a été d'autre
part décidé l'extension de la chaîne de télévision
câblée TV5 (reçue déjà en Europe et en Amérique
du Nord) en Afrique et le soutien à la production
d'images du Sud en renforçant l'action de l'ACCT.
La France a décidé de doubler sa contribution à ce fonds
- qui est de 30 millions de FF au total - de 1,5 à 3
millions FF.
Sur proposition du Canada,
il a été décidé la mise sur pied d'un "réseau-pilote"
de cliniques juridiques, pour répondre aux besoins
des femmes dans les pays membres de l'espace
francophone.
Ces cliniques auraient
pour mission "des tâches de vulgarisation, d'aide
juridique, d'information et d'actions pédagogiques pour
contribuer à une meilleure connaissance des codes de
la famille et des codes pénaux en vigueur". Le
mandat définitif de ces cliniques juridiques sera précisé
lors de la tenue ultérieure, en Afrique, d'un séminaire
international de juristes. Le gouvernement canadien
consacrera environ 3 millions de FF (600000 dollars
canadiens) à la création de ce réseau "qui sera
appelé à s'étendre si l'expérience s'avère concluante".
Le Canada a par ailleurs
annoncé la poursuite de son programme de bourses de
la Francophonie - créé lors du premier Sommet en 1986
- auquel seront affectés près de 50 millions de FF (10
millions de dollars canadiens) par an au cours des cinq
prochaines années. Ce programme, qui s'adresse aux étudiants
des pays en développement membres du mouvement francophone,
devrait permettre, chaque année à 350 d'entre eux (dont
50 % de femmes), de poursuivre leurs études dans des
universités canadiennes.
Enfin,
le sommet a décidé de la tenue de sa 5ème
réunion à lIle Maurice, en 1993.
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