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GRAND BAIE, Ile Maurice, 16-18 octobre
1993
"Lunité
dans la diversité"
Les
47 participants
19 chefs d'Etat
Bénin
: Nicéphore Soglo
Bulgarie : Jeliou Jelev
Burkina Faso : Blaise Compaoré
Burundi : Melchior Ndadaye
Cameroun : Paul Biya
Comores : Sàid Mohamed Djohar
Congo : Pascal Lissouba
France : François Mitterrand
Guinée Bissau : Vasco Cabral
Laos : Nouhak Phoumsavanh
Mali : Alpha Oumar Konaré
Niger : Mahamane Ousmane
Roumanie : Ion Illiescu
Rwanda : Juvénal Habyarimana
Seychelles : France Albert René
Suisse : Adolf Ogi
Tchad : ldriss Deby
Vietnam : Nguyen Thi Binh
Zaïre : Mobutu Sese Seko
13 chefs de gouvernement
Belgique
: Jean-Luc Dehaene
Cambodge : prince S. Krom Luong Norodom
Ranariddh
Canada/Nouveau Brunswick : Frank McKenna
Canada/Québec : Lise Bacon
Dominique : Mary Eugenia Charles
Gabon : Casimir Oye Mba
Luxembourg : Jacques Santer
Madagascar : Francisque Ravony
Mauritanie : Sidi Mohamed Ould Boubacar
Monaco : Jacques Dupont
Togo : Kokou Joseph Koffigoh
Tunisie : Hamed Karoui
Vanuatu : Maxime Carlot Korman
15 autres chefs
de délégation
Canada
: Benoit Souchard, ambassadeur à Paris, représentant
personnel du Premier ministre
Cap-Vert : Manuel de Jesus Chantre,
ministre des Affaires étrangères
Centrafrique : Jean-Marie Bassia, ministre
des Affaires étrangères
Communauté française de Belgique :
Laurette Onkelinx, ministre-présidente, chargée de la
Santé, des Affaires sociales et du Tourisme
Côte d'Ivoire : Amara Essy, ministre
des Affaires étrangères
Djibouti : Abdou Bolok Abdou, ministre
des Affaires étrangères
Egypte : Samir Safouat, ambassadeur,
représentant personnel du président Hosni Moubarak
Guinée : Ibrahima Sylla, ministre des
Affaires étrangères et de la Coopération
Guinée équatoriale : Augustin Nse Nfumu,
ministre délégué chargé de la Francophonie
Haïti : Claudette Werleigh, ministre
des Affaires étrangères et des Cultes
Liban : Farès Soueiz, ministre des
Affaires étrangères
Maroc : Mohamed Allai Sinaceur, ministre
des Affaires culturelles
Maurice : Ahmud Swalay Kasenally, ministre
des Affaires étrangères
Sainte-Lucie : Louis George, ministre
de lEducation, de la Culture et du Travail
Sénégal : Moustapha Niasse, ministre
d'Etat, ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais
de l'extérieur
4 invités spéciaux
Moldavie
: Ntau, ministre des Affaires étrangères
Nouvelle-Angleterre : Paul Laflamme,
président de l'Action pour les Franco-Américains du
Nord- Est
Val d'Aoste : Dino Vierin, président
du gouvernement régional
ONU : Boutros Boutros-Ghali, secrétaire
général
La
conférence
Le
Vème sommet de la Francophonie à Maurice
a consacré l'usage d'un nouvel intitulé. Il est devenu
celui des chefs d'Etat et de gouvernement des
pays ayant le français en partage, une formule
plus conviviale que celle qui avait prévalu jusqu'alors
"ayant en commun l'usage du français". La
communauté francophone a accueilli à cette occasion
de nouveaux participants. Le Cambodge, la Bulgarie,
la Roumanie sont devenus membres à part entière.
En tout 47 délégations (soit 2 de plus qu'à Chaillot
en 1991) étaient présentes et quatre invités spéciaux
(Moldavie, Nouvelle-Angleterre, Val d'Aoste, Organisation
des Nations Unies). Cette conférence a été marquée par
l'absence d'un certain nombre de chefs d'Etat africains
de premier plan. Ainsi, le président de Côte d'Ivoire
Félix Houphouët-Boigny, hospitalisé, n'a pu faire le
voyage, le président sénégalais Abdou Diouf a été retenu
à Dakar. Quant au président du Gabon, Omar Bongo, il
se trouvait en pleine campagne électorale. Le Canada,
lui aussi, n'a été représenté que par son ambassadeur
à Paris et non plus, comme auparavant, par son Premier
ministre. Un élément significatif de la crise des relations
franco-canadiennes lors de la préparation de la conférence.
Et enfin, le Sommet de Maurice a été la dernière réunion
de chefs d'Etats francophones à laquelle le président
François Mitterrand, alors en fin de mandat, participait.
A Maurice, les grands thèmes
abordés lors des précédents sommets de la Francophonie
et notamment celui de Chaillot, démocratie, droits de
l'homme, sécurité, développement, solidarité Nord/Sud,
ont tout naturellement été abordés et ont fait l'objet
d'une mention dans le texte de la déclaration finale
et de l'adoption de nouvelles résolutions. Après les
avancées significatives vers la démocratie réalisées
en trois ans dans les pays d'Afrique, le temps était
venu, pour François Mitterrand, de
"la consolidation". "La démocratie n'est
pas une rente, il faut en consolider inlassablement
les acquis tout en retrouvant la voie d'une croissance
durable de vos économies. La problématique démocratie/développement
durable est encore dominante à Maurice car dans le domaine
économique, les résultats enregistrés depuis le sommet
de Chaillot n'ont pas été aussi encourageants que sur
le plan politique. Et si, pour les protagonistes, ce
sommet, placé sous le thème proposé par la République
de Maurice de "l'unité dans la diversité",
a été celui de "l'engagement politique",
c'est notamment parce qu'il a permis d'approfondir la
réflexion sur la présence de la communauté francophone
en tant qu'entité sur "l'échiquier mondial"
(déjà esquissée lors de la préparation de la conférence
internationale de Vienne sur les droits de l'homme où
la concertation avait permis aux francophones de parler
d'une seule voix) en élargissant le rôle politique d'outils
comme le Conseil permanent de la Francophonie, créé
à Chaillot.
Le débat engagé lors du
sommet, autour de la notion d'exception culturelle,
défendue ardemment par la France lors des négociations
du GATT et pour la défense de laquelle François Mitterrand
souhaitait obtenir le soutien de la "famille francophone",
va dans ce sens puisque l'accord intervenu a donné à
la Francophonie la dimension d'un bloc uni pour défendre
des convictions communes sur la scène internationale.
Dans son discours prononcé
au cours de la séance solennelle d'ouverture, le président
français s'est ainsi exprimé sur les risques d'uniformisation
culturelle sur un modèle unique venu d'outre-Atlantique
: "je pense qu'il serait désastreux d'aider à la
généralisation d'un modèle unique et il faut y prendre
garde. Ce que les régimes totalitaires n'ont pas réussi
à faire, les lois de l'argent alliées aux forces techniques
vont-elles y parvenir ?.. Ce qui est en jeu, je le dis
aux francophones ici rassemblés, dans les négociations
en cours, c'est le droit de chaque pays à forger son
imaginaire, à transmettre aux générations futures la
représentation de sa propre identité". Pour François
Mitterrand, la France est .menacée. Et la solidarité
dont elle a fait, et fera preuve, dans l'aide aux pays
du Sud, majoritaires au sein de la Francophonie - "La
France est le pays qui accorde le plus fort pourcentage
à l'aide au développement" -, implique une réciprocité
de la part des bénéficiaires. La France "doit préserver
ses intérêts, pas au détriment des vôtres, mais elle
est en droit de demander que ses intérêts soient aussi
protégés par vous".
Ce message
très clair a été entendu par les représentants des états
francophones. Une résolution sur "lexception
culturelle au GATT" a été finalement adoptée.
Les
résolutions
Les 47
chefs d'Etat, de gouvernement et de délégations réunis
à Maurice ont adopté 21 résolutions. Elles portent sur
de nombreux domaines, notamment :
- Maintien de la
paix et sécurité internationale, les pays francophones
se félicitent du rôle accru des Nations Unies, sont
désireux de soutenir activement l'action de l'ONU',
se "déclarent prêts à s'associer selon leurs possibilités
aux opérations de maintien de la paix ou humanitaires
décidées par le système des Nations Unies, acceptent
de contribuer au renforcement de la diplomatie préventive,
.. condamnent vigoureusement les attaques dirigées contre
le personnel des Nations Unies chargé du maintien de
la paix et contre le personnel humanitaire".
- Afrique:
les pays ayant le français en partage .notent avec satisfaction
la poursuite du processus de démocratisation, condition
nécessaire au développement', "considèrent que
les difficultés financières auxquelles sont confrontés
les pays africains nécessitent une solidarité internationale
accrue, notamment de la part de la communauté francophone".
- "Appuient les efforts
d'intégration régionale, demandent à la communauté
internationale de poursuivre ses efforts sur les plans
politique, économique et financier afin de contribuer
au développement de manière à garantir la réussite du
processus de démocratisation et de redressement économique
et financier, s'engagent à oeuvrer au sein des organisations
internationales pour l'assouplissement des conditions
d'octroi de l'aide au développement".
- Exception culturelle
au GATT: ils "conviennent d'adopter ensemble, au
sein du GATT, la même exception culturelle pour toutes
les industries culturelles".
- Liban
: ils "décident la reconduction du fonds de solidarité
créé par le sommet de Québec pour la reconstruction
des institutions culturelles, éducatives, techniques
et hospitalières du Liban et appellent les Etats membres
à renouveler le financement de ce fonds".
- Rwanda
: ils "lancent un appel à la communauté internationale,
et particulièrement aux pays francophones, afin qu'ils
poursuivent et augmentent leur assistance au peuple
rwandais dans son effort de reconstruction nationale".
- Haïti :
ils "renouvellent leur appui au gouvernement légitime
de Haïti incarné par son président Jean-Bertrand Aristide"..
- L'unité dans
la diversité : ils "déclarent que les
atteintes aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales
constituent un sujet de préoccupation direct et légitime,
pour la communauté internationale", "décident
de prendre toute mesure de nature à faciliter la pleine
participation de personnes appartenant à des minorités
nationales à tous les aspects de la vie politique".
- La Francophonie
et les relations internationales : ils "donnent
mandat au Conseil permanent de la Francophonie de continuer
à oeuvrer concrètement pour renforcer la représentation
des pays de l'espace francophone dans les institutions
internationales... et s'engagent à le doter des moyens
nécessaires pour lui permettre de remplir sa mission",
"rappellent le mandat de l'ACCT aux fins de poursuivre
et intensifier la coopération avec les organisations
internationales", "invitent au strict respect
du statut des différentes langues officielles ou de
travail dans le système des Nations Unies", affirment
leur soutien aux actions visant à assurer une présence
dynamique de la communauté francophone sur la scène
internationale".
- Le français dans
les organisations internationales : ils "appellent
à la création de groupes francophones dans les organisations
internationales qui n'en sont pas encore dotées".
- L'économie mondiale
: ils "appellent la communauté internationale à
soutenir les efforts des pays en développement en vue
de leur participation à un système commercial mondial
stable, ouvert et équitable", "s'engagent
à participer activement à la réflexion menée dans le
cadre des Nations Unies en vue de l'adoption d'un programme
d'action pour le développement".
- La coopération
économique francophone: ils ."conviennent
de développer entre eux une étroite concertation lors
des différentes négociations multilatérales, notamment
au sein du GATT ou des organismes régionaux".
- Le programme
d'action des Nations Unies pour le Développement
: ils "s'engagent à contribuer activement à sa
définition et à sa mise en oeuvre, "mandatent le
Conseil permanent de la Francophonie afin de préciser
la contribution spécifique que les pays francophones
pourraient apporter à la mise en oeuvre du programme".
- La
programmation : cette résolution "souligne
la nécessité de mobiliser des crédits accrus au profit
du fonds multilatéral unique". Elle définit les
grands domaines d'intervention de la Francophonie dans
les années à venir : promotion de l'utilisation
du français au soin des organisations internationales,
appui à des programmes de développement du français
dans les sciences, coopération juridique, financière,
interparlementaire, dans le domaine de la communication,
aide à l'ancrage africain de TV5 et
poursuite des études sur l'extension à l'Asie,
soutien au Forum francophone des affaires
pour développer le partenariat économique, mise en place
de programmes mobilisateurs dans le domaine de l'enseignement
du français et de l'alphabétisation,
coopération scientifique et soutien à la relance de
la recherche au Sud.
Les
décisions pratiques
Sur
le plan institutionnel, le sommet de Maurice a pris
un certain nombre de décisions destinées à permettre
un renforcement du rôle politique de la francophonie
sur la scène internationale. Les travaux préparatoires
des conférences ministérielles qui se sont tenues en
décembre 1992, à Paris, et en octobre 1993, à Grand
Baie, et le rapport présenté par le Conseil permanent
de la Francophonie, ont dans ce domaine joué un rôle
important en indiquant la direction à suivre. Le CPF,
organe permanent de la Francophonie, doit développer
sa capacité de rayonnement au plan international. La
création d'un comité de réflexion pour le renforcement
de la francophonie proposée par les ministres
et adoptée à Maurice par le biais d'une résolution,
va dans ce sens. Ce comité est composé de onze représentants
désignés sur une base géographique par la Conférence
ministérielle de la Francophonie (Burkina-Faso, Canada,
Canada/Québec, Communauté française de Belgique, France,
Gabon, Maroc, Maurice, Roumanie, Sénégal, Vietnam).
Sa mission est : "de
proposer les moyens d'assurer la réalisation des ambitions
de la Francophonie sous le contrôle du CPF et sous l'autorité
de la conférence ministérielle". La première tâche
fixée au Comité de réflexion était de présenter un rapport
d'étape à la conférence ministérielle de Bamako en décembre
1993. Ses propositions finales doivent être soumises
au VIème sommet de Cotonou en décembre 1995.
Depuis le Sommet de Chaillot
en 1991, le débat sur l'évolution institutionnelle de
la francophonie s'est poursuivi activement. N'ayant
pu être définitivement réglé à Maurice, comme prévu,
le dispositif défini en 1991 a continué de prévaloir
selon la hiérarchie suivante : le Sommet, la Conférence
ministérielle de la francophonie (CMF), le Conseil permanent
de la francophonie (CPF), le secrétariat des instances
assuré par l'ACCT, unique organisation intergouvernementale
de la Francophonie et son opérateur principal, enfin
les autres opérateurs. Créé à Maurice, un comité de
réflexion sur les perspectives institutionnelles a présenté
une série de propositions qui ont fait l'objet d'âpres
discussions lors des Conférences ministérielles, de
Ouagadougou en décembre 1994, puis à Paris en mars 1995.
Enfin, un autre comité
créé à Maurice et chargé de réfléchir sur les programmes
mobilisateurs a suggéré de regrouper les axes de l'action
de la Francophonie autour de quatre thèmes (un
espace de savoir et de progrès ; un espace de culture
et de communication ; un espace de liberté, de démocratie
et de développement : la Francophonie dans
le monde), afin de donner plus de cohérence et de force
à la coopération multilatérale francophone qui souffre
d'une dispersion de ses secteurs d'intervention (les
cinq définis à Paris en 1986 - agriculture, énergie,
industries de la culture et de la communication, industries
de la langue et information scientifique, développement
technologique - et les trois autres rajoutés à Dakar
en 1989- éducation et formation, environnement, démocratie
et Etat de droit).
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