Monsieur le Premier Ministre du Canada,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,
Mes Chers amis,
Au moment où s'ouvre, ici, à Moncton,
le 8ème Sommet de la Francophonie, je voudrais, avant
tout, vous faire part d'un sentiment de fierté. Fierté,
tout d'abord, d'avoir été choisi par vous, pour mettre
en mouvement la Francophonie nouvelle, telle que vous
l'avez dessinée à Hanoi. Mais fierté, aussi, d'être
au service d'une Francophonie rénovée, sûre d'elle-même,
confiante, qui entrevoit, sans doute mieux que dans
le passé, son avenir et son destin. Car la Francophonie
est aujourd'hui, me semble-t-il, en passe de remporter
un formidable pari : celui de rester fidèle à ses racines,
tout en s'ouvrant à la diversité du monde. Fidèle à
ses racines, car il me semble essentiel, quelles que
soient les transformations de notre institution, que
nous conservions, en nous, ce que j'aimerais appeler
" l'esprit de Niamey ", qui a lancé, il y
a maintenant 30 ans, l'institution dont nous sommes,
en quelque sorte, les héritiers. Cet esprit fonde la
communauté francophone sur la fraternité et la solidarité.
Une fraternité et une solidarité qui se nourrissent
du plus puissant lien qui soit : celui de la langue
que nous avons en partage et qui nous donne notre identité
réelle. C'est en gardant cette idée à l'esprit que j'ai
voulu développer cette Francophonie politique dont vous
m'avez confié la charge. C'est la raison pour laquelle
j'ai tenu à ce que les grandes valeurs de la démocratie,
des droits de l'Homme et de l'Etat de droit, constituent
le fondement de notre action. Dans ce domaine, nous
avons, en deux ans, fait beaucoup avancer les choses.
Par l'assistance électorale, par des missions de bons
offices, par des actions de médiation, par le soutien
aux institutions judiciaires et à la presse écrite et
audiovisuelle. Mais ne nous le cachons pas ! Beaucoup
reste à faire. Et l'opinion publique ne comprendrait
pas que la Francophonie ne soit pas plus exigeante dans
le domaine de la démocratie et des droits de l'Homme.
Notre Organisation est là pour aider chaque membre de
notre communauté ! Notre Organisation est là pour encourager
chaque progrès dans ce domaine ! Notre Organisation
est là, aussi, pour être à l'écoute de ceux qui luttent
pour aider à faire progresser ces valeurs. Car l'avènement
de la démocratie et la promotion des droits de l'Homme
sont les impératifs catégoriques de la Francophonie
! Ces impératifs ne peuvent s'incarner dans le réel
que s'ils s'appuient sur une politique de coopération
cohérente et efficace. Car nous savons tous combien
le développement économique et social est la condition
indispensable d'une paix et d'une démocratie durables.
C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que l'Agence
Intergouvernementale et les autres opérateurs de la
Francophonie recentrent leurs actions, de manière à
apporter une véritable valeur ajoutée à la coopération
multilatérale ! Je veux le dire clairement ! En matière
de coopération, la Francophonie n'est pas là pour faire
ce que d'autres font déjà. Et souvent mieux. Et avec
des moyens plus importants. En d'autres termes, la Francophonie
est d'abord là pour faire ce que d'autres ne feront
jamais à sa place ! La Francophonie est donc là pour
faire entendre la voix de ses membres au sein des plus
hautes instances internationales. Elle est là pour défendre
leurs intérêts. Elle est là pour promouvoir le respect
de la diversité culturelle et linguistique. Elle est
là pour uvrer en faveur de la paix au sein de
l'espace francophone. Elle est là pour développer l'éducation
et la formation de la jeunesse francophone. Elle est
là pour stimuler la coopération économique et favoriser
la participation de tous ses membres au commerce mondial.
Elle est là pour démocratiser l'accès aux nouvelles
technologies, notamment dans les pays francophones du
Sud, et susciter la multiplication des contenus en français
sur les inforoutes. Elle est là pour assurer la mobilité
des jeunes et faciliter leur emploi. Elle est là, enfin,
pour favoriser la concertation et la circulation de
l'information entre ses Etats et gouvernements membres.
La valeur ajoutée de la Francophonie, c'est tout cela
! et beaucoup d'autres choses encore. Ce n'est qu'à
ce prix qu'elle pourra rester fidèle à ses idéaux, tout
en relevant le premier de tous les défis, celui de la
modernité. Mais, dans le même temps, la Francophonie
doit s'ouvrir à la diversité du monde. J'ai eu l'occasion
de le dire à plusieurs reprises : ne vivons jamais la
Francophonie comme une citadelle assiégée, ne vivons
jamais la Francophonie comme un repliement sur nous-mêmes
! La Francophonie n'est elle-même que lorsqu'elle s'ouvre
au monde. Car, j'en suis convaincu depuis longtemps,
la Francophonie est une autre manière de vivre l'universel.
C'est la raison pour laquelle j'ai voulu, dès les premiers
mois de mon mandat, aller à la rencontre des autres
Organisations régionales, aller à la rencontre des autres
aires linguistiques, aller à la rencontre de l'Organisation
des Nations Unies. Et j'ai, dans cette démarche, reçu
un accueil au delà de mes attentes et de mes espoirs.
En deux ans, nous avons pu avec d'autres Organisations
internationales et avec l'Organisation mondiale, mener
des actions électorales, conduire des actions de médiation,
initier des projets de coopération, lancer la réflexion
sur des sujets d'intérêt commun. Tout un chantier s'est
ouvert, aujourd'hui, à nous qui fait, désormais, de
la Francophonie un acteur à part entière de la vie internationale.
Et je veux me réjouir avec vous que le Secrétaire général
des Nations Unies et les responsables d'autres organisations
internationales soient là, avec nous, aujourd'hui, pour
témoigner de l'importance et de l'intérêt qu'ils attachent
à notre existence et à notre action. Dans le même temps,
j'ai voulu ouvrir la Francophonie sur les organisations
non gouvernementales, sur le monde de l'entreprise,
le monde économique, le monde financier. De manière
à donner à la Francophonie un ancrage de plus en plus
solide dans la réalité du monde. Là encore, mon espoir
n'a pas été déçu. Beaucoup reste à faire, mais beaucoup
de projets sont esquissés. Et je suis, je l'avoue, encouragé
par l'intérêt réel que suscite la Francophonie dans
des milieux, traditionnellement bien loin de nos préoccupations
francophones. C'est donc, Excellences, Mesdames, Messieurs,
ce message et ces impressions que je voulais vous livrer
aujourd'hui. Les chefs d'Etat et de gouvernement réunis,
il y a deux ans, à Hanoi, ont fait preuve d'une puissante
intuition. Ils ont fait le pari du changement et de
la modernité. Ils ont fait confiance à la Francophonie,
à sa capacité de se transformer, à sa capacité de sortir
du registre confidentiel dans lequel certains veulent
parfois l'enfermer. Oui ! le temps est venu d'une Francophonie
sans complexes, d'une Francophonie libérée, qui ose
dire à la face du monde ce qu'elle est, ce qu'elle fait,
et ce qu'elle entend faire ! Et je veux voir, aujourd'hui,
dans l'histoire de cette terre d'Acadie, chargée de
symboles, le destin même de la Francophonie. Une histoire
à jamais associée à ces femmes et à ces hommes qui ont
lutté pour sauver leur mémoire, pour préserver leur
langue, leur culture, leur identité, en un mot, leur
âme. Et qui ont su, tout en restant fidèles à leurs
racines, se hisser à la pointe de la technologie. Quelle
belle leçon de courage, de détermination et d'audace
! C'est ce courage, cette détermination et cette audace
qui doivent, plus que jamais, nous animer pour porter
haut les couleurs de la Francophonie dans un univers
en mouvement. Ce courage, cette détermination, cette
audace sont déjà ancrés dans le cur de tous les
jeunes de l'espace francophone. Vous les avez entendus
! Ils sont prêts ! Ils comptent sur la Francophonie
! Et la Francophonie se doit, désormais, de compter
avec eux ! C'est pourquoi je forme le vu, en terminant,
que la Francophonie sorte de ce 8ème Sommet - parce
qu'il est le Sommet de la jeunesse - plus innovante
que jamais, plus militante que jamais, en un mot, plus
que jamais rayonnante ! Vive Moncton ! Vive le Nouveau
Brunswick ! Vive le Canada ! Et que Vive la Francophonie
!
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