Union de la Presse Francophone
 
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La Gazette de la presse francophone n° 100


UIJPLF - PRESSE

Sommaire du dossier de La Gazettte n° 100 (pp. 1 à 5)
Alain GARNIER (UPF) à Brazzaville - Frédérique SALINIER à Paris

ETATS GENERAUX. Pour un nouveau souffle de la presse africaine
- L'UIJPLF et l'Afrique, 40 ans de solidarité
- Contre l'emprisonnement des journalistes
- Pour un cadre juridique universel

- Revue de presse. La dépêche UPF du 29 juin 2001
ESPOIRS CONGOLAIS
- Aider la presse pour bâtir la démocratie
- Le président du Congo : "Le journalisme un métier de liberté"

- A Brazzaville, une Afrique en or
EN BREF
- La Section congolaise de l'UIJPLF
- Les participants aux états généraux
- La communauté libanaise du Congo
- Radio Brazzaville, ancêtre de RFO et RFI

SYNTHESES DES ATELIERS
LES RECOMMANDATIONS

Voir aussi L'UIJPLF AU Congo Brazzaville

Etats généraux de la presse francophone au Congo-Brazzaville

POUR UN NOUVEAU SOUFFLE DE LA PRESSE AFRICAINE

De Windhoek 1991 à Brazzaville 2001
Dix ans de combat pour une presse libre

Hervé BOURGES, président international de l'UIJPLF,
demande l'amnistie générale pour les délits de presse
avant le IXème sommet de Beyrouth

Le président du Congo, Denis Sassou NGUESSO annonce :
"plus d'emprisonnement des journalistes pour diffamation".

"Moyens et conditions de la liberté de la presse". 200 journalistes et responsables de presse africains réunis par l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF), ont tenu à examiner les conditions dans lesquelles ils exercent - parfois péniblement - leur métier. Quel cadre juridique, quels moyens au service de la liberté de la presse, mais également comment organiser les professions de presse, ont été au centre de leurs débats.

A Brazzaville, du 26 au 28 juin, les journalistes d'Afrique réunis en états généraux de la presse francophone ont relu les principes énoncés le 3 mai 1991 dans la déclaration de Windhoek (Namibie) sur "le développement d'une presse africaine indépendante et pluraliste". Cette nouvelle réflexion visait à replacer la presse africaine dans le contexte présent de mondialisation de l'information et des cultures. Les "recommandations" des états généraux de Brazzaville seront transmises par l'UIJPLF aux chefs d'Etat et de gouvernement réunis pour le IXème Sommet de la Francophonie à Beyrouth du 24 au 28 octobre.

Les journalistes ont conduit cette réflexion dans la salle de conférence internationale du Palais du Parlement de Brazzaville, en séance plénière, sur le thème général "Moyens et conditions de la liberté de la presse. De Windhoek à Brazzaville, dix ans de combat pour une presse libre", dans trois ateliers successifs qui avaient respectivement pour titres : "Mieux organiser les professions de presse", "Quel cadre juridique pour la liberté de la presse" et "Les moyens de la liberté de la presse".

Deux journées de débats et de réflexion ont donné la parole aux Africains. Ils ont parlé fort, sur la situation vraie. Sur la crise économique et morale d'une presse courageuse et fragile, parfois persécutée et souvent sacrifiée. Sur ses dérives politiciennes ou vénales. Sur des rivalités entre fonctionnaires du service public et indépendants des journaux privés. Sur les écueils politiques et économiques qui conduisent encore des journalistes à l'emprisonnement ou, de plus en plus, à la "clochardisation". Autant de maladies qui minent la presse et sa liberté, empêchant les principes de Windhoek, dix ans après, d'être enfin portés comme des acquis.

Résister à toutes les pressions,
dénoncer toutes les répressions.

L'avancée essentielle de la Déclaration de 1991 avait été son article n° 1 : la reconnaissance de la presse comme un moteur du développement. Les journalistes comme observateurs et agents permanents de la séparation des pouvoirs, de l'état des libertés et de la pluralité. La presse comme outil indispensable pour rendre les sociétés plus justes et mieux gouvernées. La presse inséparable de la démocratie et d'un Etat de droit, à condition qu'elle soit indépendante et pluraliste, qu'elle sache résister à toutes les pressions et puisse dénoncer toutes les répressions.

On a rappelé à Brazzaville les principes sans lesquels la presse n'est plus la presse et un journaliste n'est plus un journaliste. Notamment, quand les médias sont utilisés pour éveiller la haine, pour propager les mensonges ou protéger les secrets.

Des états généraux ne sont ni des colloques, ni des congrès. Depuis Versailles, on sait que leurs débats sont vifs, houleux, emportés. Ils l'ont été aussi à Brazzaville. La houle est venue du Congo, soulevée sur place dans la presse privée, qui ne veut plus entendre parler de "feuille de chou", ou encore, soufflée par les journalistes de l'autre rive du fleuve, en désaccord avec une insuffisante dénonciation, à leur goût, du sort de l'ancienne station privée RTKM, confisquée par le gouvernement de Kinshasa.

Contre le spectre du journaliste alimentaire
Economie et déontologie sur un même plan.

Sur des sujets somme toute très voisins, les interventions ont libéré un enchevêtrement d'expériences proches et ouvert des pistes pour des solutions communes. Des pistes pour réagir à un même constat : l'insuffisante formation des journalistes et la précarité de la plupart des entreprises de presse privée. L'amélioration de la formation et un renforcement de la solidarité professionnelle, le développement et l'équilibre économiques des médias, l'accès aux technologies nouvelles et à la communication moderne ont été présentés comme les bonnes réponses aux difficultés qui minent les entreprises de presse et de communication. Elles ne sont pourtant pas suffisantes en elles-mêmes.

Tenace à l'esprit des intervenants, le spectre du "journalisme alimentaire" plane toujours sur la presse africaine. Il n'est pourtant pas l'apanage des seuls pays du Sud. Au contraire, la santé économique peut réveiller les appétits et faire grimper les besoins. Le journalisme africain se plaint aujourd'hui de subir "gombo" ou "camora", et le vocabulaire est riche pour désigner journalistes et journaux "achetés" ou "vendus" en pays pauvres. Mais en pays riche, "publicité rédactionnelle", "ménages" et autres conférences, présentent-ils une autre différence que l'écart du niveau des montants offerts à ceux qui les pratiquent. Le développement économique peut devenir une religion, il ne sera pas pour autant une morale. Les pistes de progrès et de développement pour la presse d'Afrique passent, comme partout, par l'éthique et la déontologie tout autant que par l'économie, a martelé le délégué juridique de l'UIJPLF, Philippe Bilger. "Il ne peut pas exister de presse libre sans une démocratie globale", a-t-il insisté aussi.

L'emprisonnement d'un journaliste
est une peine disproportionnée

Il ne suffit donc pas de veiller au professionalisme des journalistes et à l'équilibre des entreprises de médias. Il faut aussi installer le cadre professionnel et juridique qui les protègent. Un cadre juridique qui ne vise pas à l'impunité des journalistes, citoyens ordinaires avec même des responsabilités en plus. Les hommes de presse sont soumis aux lois. Mais c'est l'exercice de la profession de journaliste qui doit être protégé, pour sauvegarder la démocratie. L'emprisonnement d'un journaliste pour des faits de presse est "disproportionné", juge le président de l'UIJPLF Hervé Bourges, qui a rappelé l'action de l'Union contre l'emprisonnement de journalistes et qui a renouvelé son appel aux chefs d'Etat pour en abolir la pratique persistante.

Journalistes, sauvez-vous vous-mêmes !

Le bilan global des états généraux invite à la paraphrase : journalistes et africains, sauvez-vous vous-mêmes ! Il ne faut pas "attendre trop de l'Etat, ni sousestimer vos propres capacités à vous organiser" pas plus qu'il ne faut tout attendre de l'aide du Nord, a répété Jean-Karim Fall, rédacteur en chef Afrique de RFI. Organisez-vous, formez-vous, coopérez entre vous. Mais la formation et la solidarité des journalistes, l'organisation et le développement des médias francophones, passent néanmoins encore par un appel aux structures d'aide à la presse des pays francophones. S'ils se préoccupent vraiment de l'avenir d'un espace d'information et de culture francophones, les Etats du Nord doivent sans attendre entraîner avec eux les journalistes du Sud dans le nouveau monde numérique et internaute. C'est un rappel des Etats du Nord à leurs devoirs, particulièrement la France qui a "abandonné" sa coopération dans le secteur de la presse, a déploré Hervé Bourges.

Il faut que la profession s'organise
pour ne pas laisser d'autres le faire

La réunion des états généraux de la presse francophone était la première manifestation de l'UIJPLF que conduisait l'ancien président du Conseil supérieur de l'audiovisuel depuis son élection à la présidence internationale de l'Union des journalistes francophones, le 27 novembre 2000. Satisfait de ce retour en Afrique, le fondateur de l'école de journalisme de Yaoundé s'est félicité qu'aux états généraux de Brazzaville, la parole ait été à la salle et la tribune aux Africains. Et s'adressant à eux : "Ne vous bercez pas d'illusions. Il faut que la profession s'organise pour ne pas laisser d'autres le faire à sa place", a-t-il lancé lors de la séance de clôture.

La presse africaine doit se faire à l'idée que c'est à elle de prendre en main sa mutation, d'obtenir les "cadres juridiques et réglementaires adaptés" qui garantiront son professionalisme et sa liberté, de développer "des grands groupes multmédias africains nationaux, voire internationaux". Les états généraux de la presse francophone à Brazzaville feront date "si les pistes que nous avons tracées ensemble sont suivies et si elles permettent véritablement de donner un nouvel élan aux entreprises de presse de ce continent" a conclu le président de l'UIJPLF.

L'UIJPLF ET L'AFRIQUE

De Dakar à Brazzaville, quarante ans de solidarité
avec la presse africaine

Lorsque les journalistes francophones s'organisent, à partir de 1950, l'Afrique est pour dix ans encore sous régime colonial. C'est en 1958 que la proclamation des républiques de l'Union française prépare les indépendances de 1960 au sud du Sahara,. L'élargissement brutal du monde francophone donne un sens et un corps au concept naissant de francophonie. L'Afrique y apporte tout le poids de ses jeunes Etats et de ses vieilles cultures. En 1962, les journalistes francophones vont à Dakar, tenir leur 8ème congrès dans la capitale de l'Etat souverain du Sénégal. Puis, assises et rencontres de la presse francophone se succèdent en Afrique subsaharienne, accompagnant les premières expériences des nouveaux états, la prise de conscience d'une langue en partage et des valeurs universelles qu'elle véhicule, la naissance d'une presse nationale. La presse, publique d'abord, et soutien des gouvernements à parti unique, s'élargit dans les années 90. Le multipartisme suscite les titres nombreux et l'indépendance des médias, tandis que se profile la mondialisation portée par les nouvelles technologies de communication.

L'UIJPLF s'engage dans le bouillonnement de la prese d'Afrique. Les journalistes francophones se réunissent à Abidjan sur le thème "Presse, information et développement" en 1975 et consacrent en 1991 la réflexion de leurs 23èmes assises à "Circulation de l'information et pluralisme". L'Union élira deux présidents internationaux ivoiriens : Laurent Dona Fologo (1975-1978) et Auguste Miremont (1987-1991). L'organisation se rend au Togo en 1980, retourne à Dakar en 1982, va deux fois au Zaïre en 1994 et en 1996, et tient des assises au Bénin en 1995 et au Mali en 1998. Enfin, à Ouagadougou, le séminaire "Média et justice" projette l'UIJPLF au Burkina Faso en 2000 sur fond trouble de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Hier, les états généraux de la presse francophone de Brazzaville ont cherché à cerner, en 2001, un cadre actuel de développement possible pour la presse d'Afrique. Attachée à la défense de la liberté de la presse l'UIJPLF a décerné quatre prix de la libre expression sur le continent africain : au Camerounais Pius Njawé, l'un des principaux animateurs de la réunion de Windhoek, en 1991, au Burkinabé Edouard Ouédraogo en 1995, au Mauritanien Bah Ould Saleck en 1996 et au Tchadien Begoto Yaldet Oulatar en 1998.

Contre l'emprisonnement des journalistes

L'UIJPLF a réaffirmé la détermination de son engagement pour l'abolition partout de l'emprisonnement des journalistes pour des actes relevant de l'exercice de leur profession. Formulée dans un courrier du 10 mars 1999 adressé à tous les dirigeants politiques francophones, la volonté de l'Union de modifier les pratiques judiciaires des Etats dans les affaires de presse, a été entendue et enfin actée par le Conseil permanent de la Francophonie au Sommet de Moncton en septembre 1999. Relancée un an plus tard en 2000, cette revendication a été renouvelée et appuyée par le nouveau président de l'UIJPLF, Hervé Bourges, le 3 mai 2001, à l'occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse. Rappelée dans les recommandations des états généraux de Brazzaville en vue du 9ème Sommet de la Francophonie, elle sera à nouveau présentée à Beyrouth fin octobre.

Pour un cadre juridique universel

Pourquoi pas un cadre juridique universel pour la presse ? "C'est l'instabilité politique de chaque pays qui empêche les acquis en Afrique. Chaque nouveau dirigeant veut légitimer son pouvoir et apporte sa nouvelle loi" explique Clarisse Museme, présentatrice du journal de la télévision nationale à Kinshasa. "Pour résister à l'instabilité, il faudrait fixer un cadre juridique supranational qui ferait force de loi sur la presse" plaide la journaliste, également présidente de l'Union congolaise des femmes des médias. C'est, selon elle, la seule façon de stabiliser des acquis, de progresser. En attendant l'Etat de droit, pourquoi les journalistes de chaque pays ne se donneraient-ils pas des règles "universelles" valables dans tous les Etats ? Si on lui oppose les principes de non-ingérence, la journaliste ne désarme pas : "affirmer la volonté de le faire serait déjà un pas", réplique-t-elle. Les journalistes qui parleraient d'un cadre juridique universel prendraient déjà le pouvoir de se faire entendre hors de leurs frontières. Dans le cadre de la Francophonie ? Ce pourrait déjà être "une bonne chose" affirme l'ancienne élève de l'Institut facultaire des sciences de l'information et de la communication (IFASIC). Et si on parle d'utopie à Clarisse Museme, elle répond par l'Unesco, par l'Unicef, la défense des enfants au travail ou dans la guerre, la lutte contre les mines, autant d'exemples de régulations universelles en chemin qui portent déjà des fruits. Et Windhoek, et Brazzaville, est-ce que ce n'était pas, avant-hier aussi, des utopies ?

REVUE DE PRESSE. La dépêche UPF du 29 juin 2001
Pour le développement de la presse africaine et une image positive du Congo
BRAZZAVILLE, 29 juin (UPF) - Quelque 200 journalistes, principalement d'Afrique francophone, mais aussi du Nigeria et du Soudan anglophones, et de France, ont participé aux états généraux de la presse francophone organisés par l'Union internationale des journalistes et de la presse de langue française (UIJPLF), du 26 au 28 juin à Brazzaville (République du Congo) autour du thème de la liberté de la presse. Dans une recommandation finale, l'organisation francophone de la presse internationale a demandé la libération immédiate de tous les journalistes privés de liberté pour des faits relevant de l'exercice de leur profession, et particulièrement la libération de Lucien Messan emprisonné au Togo.
L'UIJPLF a également insisté sur la nécessité d'un cadre juridique pour l'exercice du journalisme. Les journalistes francophones appellent la presse à intensifier les formations professionnelles et à développer les solidarités et la coopération entre pays pour résister sur les marchés restreints des pays du Sud et occuper sa place par les nouvelles technologies, notamment en Afrique.

La réunion des états généraux de la presse francophone était la première manifestation de l'UIJPLF conduite par Hervé Bourges depuis son élection à la présidence internationale de cette organisation, le 27 novembre 2000. Les états généraux des journalistes francophones ont été présentés comme un évènement national au Congo où le président de la République Denis Sassou Nguesso est intervenu en annonçant à l'ouverture de la réunion quelques points du projet de loi sur la liberté de la presse, soulignant "l'abolition du monopole public sur la communication audiovisuelle, l'interdiction de toute censure préalable" et la suppression de l'emprisonnement dans les affaires de diffamation, mesure qu'il a qualifiée d' "innovation remarquable". Le président congolais a également annoncé une aide de l'Etat de 300 millions de francs CFA, en partie en faveur de la presse privée.

ESPOIRS CONGOLAIS

Aider la presse pour bâtir la démocratie

A Mpila, devant l'entrée de la résidence personnelle du président de la République, un paon accueille les voitures officielles et les autobus des participants aux états généraux de la presse. A l'intérieur, dans le parc aux pelouses soignées, d'autres oiseaux ponctuent les discours de cris enthousiastes. Denis Sassou Nguesso reçoit la presse chez lui, car il n'emménagera au palais du gouvernement, qu'après avoir été démocratiquement élu, a-t-il fait savoir. Le président a tenu à remercier les journalistes étrangers "d'être venus constater que notre peuple ramène à petits pas la paix, la sécurité, la concorde".

L'organisation à Brazzaville des états généraux de la presse francophone était une bonne communication pour l'actuel Congo. L'accueil de deux cents journalistes donne une image positive, une attestation de liberté d'expression et un certificat de bonne conduite pour le régime, une preuve à l'appui des promesses de démocratie et des espoirs de paix. Le président y a ajouté lui-même, en ouverture de la manifestation, l'annonce de dispositions appréciées de la future loi sur la presse et d'une aide exceptionnelle de l'Etat à la presse privée. Il s'empressera à son sujet de dissiper les doutes : "ce n'est pas pour mettre fin à la caricature", a-t-il affirmé, au contraire"vous pourrez continuer et faire de mieux en mieux, et gagner en professionalisme" a-t-il ajouté non sans malice à l'attention des journalistes.

C'est que le chef de l'Etat congolais a entrepris à marche forcée le passage de l'ancien Congo à la démocratie. Colonel ministre de la Défense, puis général président par coup de force en 1979, il a vite penché pour le multipartisme, mais a perdu son fauteuil en 1992. Alors, il a repris le pouvoir à l'issue d'une guerre civile à rebondissements qui a déchiré le pays et sa capitale en 1997 puis en 1998. Aujourd'hui, pressé par la crise économique, les institutions internationales et le Fonds monétaire international, celui qui prêchait autrefois "de vivre durement aujourd'hui, pour mieux vivre demain" a hâte de "transformer sa victoire militaire en victoire démocratrique".

Le projet de constitution qui remplacera celle de 1992 a été adopté le 15 juin dernier par le gouvernement. Débattu au Conseil national de transition (CNT), le parlement provisoire, il sera soumis à référendum avant la fin de cette année. Suivront les élections législatives et présidentielles dont la date n'est pas encore fixée. Le recensement général permettant de dresser les listes électorales a été lancé en juillet. Le président autoproclamé sera candidat à sa succession, devant le suffrage universel et pour un mandat de sept ans. Avec son gouvernement il s'active au redressement économique et moral d'un Congo épuisé par la guerre civile, où une opposition encore vive réclame des enquêtes sur des disparus d'après-guerre. Le 27 juin, Brazzaville a reçu le président Kabila, renouant le dialogue avec son voisin géant de République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre). Le 10 juillet, le président Sassou Nguesso a obtenu une trève sociale de deux ans avec les syndicats et il vient de récolter les premiers compliments depuis longtemps du Fonds monétaire international pour ses efforts de rentrées fiscales et les espoirs placés dans sa politique pétrolière et un programme de lutte contre la fraude préservant les revenus douaniers.

Le monumental palais du Parlement de Brazzaville,
l'ex-palais des congrès, cadeau des amis chinois au début des années 80,
est taillé pour recevoir le monde entier.
C'est là que se sont tenus les états généraux de la presse francophone.

Le Congo n'a rien négligé pour attirer chez lui et faciliter la réussite des états généraux de lapresse francophone. Le président Denis Sassou Nguesso a tenu à donner à la manifestation une ampleur nationale. Il y est venu et il y a pris la parole devant les membres de son gouvernement, les observateurs, les haut fonctionnaires, le corps diplomatique, tous associés à l'évènement. Un accueil aussi officiel d'états généraux de la presse, n'est-ce pas déjà un signe fort et encourageant en Afrique que Brazzaville, après Windhoek, n'aura pas été inutile.

LE PRESIDENT DU CONGO

Le journalisme : un "métier de liberté"

" Dorénavant, nul ne pourra être emprisonné pour un délit de diffamation par voie de presse". En dévoilant à la tribune des états généraux de la presse francophone une partie essentielle du projet de loi sur la presse, le président du Congo, Denis Sassou Nguesso a pris publiquement à Brazzaville un engagement fort et irréversible. Il a aussi reconnu solennellement le journalisme comme un "métier de liberté". L'inscription de l'abolition de la prison pour diffamation dans un texte de loi augure d'un type nouveau de relations en Afrique entre le pouvoir et la presse.

Outre l'attention du ministre de la communication François Ibovi, pour la préparation et le bon déroulement de la manifestation, l'engagement personnel du chef de l'Etat aura marqué la réunion. La promesse du président congolais est d'autant plus importante que le Congo, engagé sur la voie de la démocratisation vit encore sous un régime provisoire sorti, non pas des urnes, mais de la guerre civile. Le Congo pourrait malgré tout donner l'exemple, et accélérer la reconnaissance attendue au Sommet de Beyrouth, d'une législation sur la presse, qui bannisse enfin la pratique trop courante de l'emprisonnement systématique des journalistes trop critiques et surtout trop curieux. La presse trouverait enfin sa définition de Windhoek, facteur de développement économique et acteur du progrès social.

A Brazzaville, une Afrique en or

Ce n'est pas un symbole, c'est un fragment d'Histoire

A Brazzaville, Congo, j'ai vu une pépite d'or large comme la main. Ventrue, bosselée, éclatante. Elle a la forme de l'Afrique. Avec sa bosse à l'ouest et sa longue coulée vers le Cap au sud. Une Afrique d'or brut. C'est le cadeau du gouverneur Félix Eboué au général de Gaulle. Un hommage de l'Afrique libre à la France libre, quand l'une et l'autre ne faisaient qu'une même terre de liberté, aux heures lourdes de l'occupation nazie en Europe. La pépite brille toujours, protégée dans une vitrine murale de la Case-de-Gaulle, aujourd'hui résidence des ambassadeurs de France, au bord des eaux boueuses et tourbillonnantes du fleuve Congo. Le bâtiment, construit sur un terrain offert au général, a abrité des actes décisifs du chef de la France combattante. C'est à Brazzaville le 27 octobre 1940 que le général de Gaulle a signé l'ordonnance n°1 créant le Conseil de défense de l'Empire. C'est à Brazzaville, le 16 novembre que le général a créé l'Ordre de la libération. Et c'est à Brazzaville encore qu'il a jeté dans un discours, le 30 janvier 1944, les bases de la décolonisation française. La pépite en forme d'Afrique n'est pas un symbole. C'est un fragment d'Histoire. Un éclat précieux qui rappelle que le Congo et la France ont eu ensemble, à des moments graves, une certaine idée de l'indépendance et de la liberté.

C'est à la Case-de-Gaulle que l'ambassadeur de France, Hervé Bolot, a reçu en juin, les journalistes participants aux états généraux de la presse francophone de Brazzaville.

EN BREF

La section congolaise de l'UIJPLF
est présidée par Waméné Ekiaye-Akoly, directeur général de Télé Congo, entouré de Gaston Elbi Enkari, journaliste à Radio Congo, Théodore Kiamossi, directeur général de l'Agence Congolaise d'information ACI, Asie Dominique.Marseille, directeur du journal Le Choc, Joachim Mbanza, directeur de La Semaine Africaine.et Saint-Eudes Mfumu Fylla, directeur de Vision pour Demain.

Les participants
Les états généraux de Brazzaville ont rassemblé quelque 200 journalistes et professionnels de la presse africaine. Les fortes représentations des Congo des deux rives, de Brazzaville et de Kinshasa, ont retrouvé leurs confrères et consoeurs de France et d'Afrique francophone : Gabon, Centrafrique, Tchad, Cameroun, Burkina Faso, Burundi, Sénégal et Côte d'Ivoire. Et aussi du Nigéria et du Soudan anglophones.

La communauté libanaise du Congo
Les Libanais de Brazzaville ont le regard tourné vers la Francophonie.Ils ont soutenu les états généraux de la presse francophone, salué la venue des journalistes par de chaleureuses banderoles aux points d'accueil et reçu les participants à un dîner libanais au restaurant de l'hôtel Olympic. Se faisant porte-parole de la diaspora libanaise d'Afrique, la communauté du Congo a intensément exprimé l'orgueil et les espoirs libanais à l'approche du IXème Sommet de la Francophonie, à Beyrouth, du 24 au 28 octobre 2001..

Radio-Brazzaville, ancêtre de RFI et de RFO
Le 5 décembre 1940. Radio Brazzaville commence à émettre en ondes courtes, alors que l'ancien Poste Colonial, rebaptisé Radio Mondiale annexée par Radio-Paris, diffuse la voix de la France occupée. Le 18 juin 1943, la station du Congo, devenue la voix de la France libre, inaugure les puissants émetteurs.qui vont arroser l'Afrique et stimuler la France combattante engagée avec les alliés. Brazzaville sera le coeur de la radio française en Afrique. Réorganisé après les indépendances l'audiovisuel public des colonies se partage entre le service destiné aux départements d'outre-mer créés en 1946, qui deviendra RFO en 1983 et inclus aussi les teritoires et les collectivités d'outre-mer, et des émissions en langue française tournées vers l'étranger, berceau de Radio France Internationale créée en 1975.