Union de la Presse Francophone
 
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N° 103 - janvier 2002

BEYROUTH - 33èmes Assises de la presse francophone
par Frédérique SALINIER

RAFIC HARIRI
Président du Conseil des ministres
de la République libanaise

" Je compte sur vous pour changer l'image du Liban"

Les 150 journalistes francophones membres de l'Union Internationale de la Presse Francophone (UPF), venus à Beyrouth pour les 33èmes Assises, ont été reçus à Koraytem par le Premier ministre Rafic Hariri et par la députée du Sud Bahia Hariri. Terrorisme, relations internationales et francophonie ont été évoqués lors de la conférence de presse.

"Nous avons découvert une belle capitale en pleine reconstruction, et un pays dont les autoroutes et l'aéroport rendraient jaloux bien des pays industrialisés" a déclaré Hervé Bourges, président international de l'UPF, en guise d'ouverture de la conférence de presse accordée par le Premier ministre libanais, Rafic Hariri. Répondant aux questions des journalistes sur les attentats du 11 septembre, le chef du gouvernement a rappelé que le Liban, ayant beaucoup souffert du terrorisme, a été l'un des premiers pays à condamner ces actes. "Nous avons vécu 20 ans dans une situation quasiment similaire. Les Libanais savent ce que c'est. Vous me demandez si Ben Laden est derrière tout ça. A priori, je n'en sais pas plus que vous. Je regarde comme vous CNN !! Mais ses déclarations sur la chaîne qatarie Al-Jazira semblent l'impliquer fortement. Je tiens à souligner ici le préjudice causé à l'islam. Ces attentats vont contre tous les principes de notre religion. Selon le Prophète et le Coran, l'assassinat est un crime. Chacun doit assumer ses responsabilités. Les attentats du 11 septembre sont des actes fous, dénués de tout sens. Et rien - aussi juste et honorable que soit la cause - ne justifie cela. Par ailleurs, Ben Laden a mis l'Afghanistan dans une situation très dangereuse. Il a humilié des gens qui meurent de faim, dont les médias ne cessent de montrer les visages. Il a fait beaucoup de mal à l'islam et aux pays arabes ".

Le chef du gouvernement s'est ensuite exprimé avec ferveur sur la situation israélo-palestinienne et l'attitude du gouvernement américain. Répondant à la question " pensez-vous que les propos du président Bush, qui déclare être favorable à la création d'un Etat palestinien, sont des propos de circonstances dus à la situation internationale ou sont-ils le reflet d'une véritable volonté ? ", Rafic Hariri affirme que la création d'un Etat palestinien est le seul moyen de régler les problèmes entre Israéliens et Palestiniens. " Ce ne sont pourtant que des mots. Comment voulez-vous que la population arabe, quand elle regarde la télévision aujourd'hui, le croit alors que les USA attaquent l'Afghanistan et le Premier ministre israélien Sharon persécute les Palestiniens ? L'opinion publique pense que ce sont les arabes qui sont agressés. Je sais que c'est faux. Les Etats-Unis ont des raisons pour mener une guerre contre le terrorisme. Mais comment comprendre que les USA aient les moyens de mener une coalition internationale contre le terrorisme et ne fassent pas pression sur une personne : M. Sharon ! Ce qu'il fait, c'est du terrorisme par excellence ! C'est le Premier ministre d'un Etat qui donne des ordres directs pour assassiner des gens, sans les juger. Il est l'exécuteur et le juge en même temps. Nous ne pouvons accepter cela."

Contre la politique du "deux poids - deux mesures"

Rafic Hariri a rappelé l'invasion du territoire libanais par les troupes israéliennes. Aujourd'hui encore, les fermes de Chebaa restent occupées. La résolution 425 de l'ONU, qui prévoit le retrait d'Israël, n'est pas appliquée. " Tout le monde parle du droit international. Mais qui le respecte ? Israël ne veut pas appliquer les résolutions 242, 338 et 425 relatives aux réfugiés palestiniens. Et aujourd'hui, une nouvelle résolution des Nations Unies(1373) sur le terrorisme voit le jour. Comment demander de la mettre en vigueur si les 3 autres ne le sont pas ? C'est toujours la politique " des deux poids-deux mesures ", et tant que l'on ne change pas ça, la stabilité ne reviendra pas dans la région. Malgré tout, si les Israéliens ont laissé un doigt sur notre territoire, la situation au Liban-Sud s'est stabilisée. Dans tous les villages libérés, la sécurité est aujourd'hui assurée ".

10 millions de dollars pour faire savoir que le Liban est en paix

" Justement, note le journaliste congolais Cyril, ce fut une grande surprise pour nous Africains, de découvrir un pays complètement différent de l'image que l'on garde en mémoire. Ne pensez-vous pas que le Liban ne vend pas suffisamment sa nouvelle image en Afrique ? " " Pas seulement en Afrique. Partout " confirme Rafic Hariri. " En raison des nombreux conflits au Liban, les gens pensent que nous sommes toujours en guerre. Que le pays est détruit. Vous avez constaté que c'est faux, et je compte sur vous pour changer l'image du pays. Le gouvernement a mis 10 millions de dollars dans le budget 2001 afin de diffuser une autre image de notre pays vers l'Europe, l'Afrique, les pays arabes et l'Amérique. Mais le budget, ratifié en juillet, n'a pas permis de démarrer encore la campagne. D'autant qu'en ce moment, toutes les télévisions sont tournées vers l'Afghanistan et les Etats-Unis ".

Resserer nos liens avec l'Afrique et avec la Francophonie

Rafic Hariri a développé par la suite, toujours en français, qu'il a appris il y a cinq ans, les relations entre le Liban et la Francophonie. Il a admis qu'il restait beaucoup à faire sur le plan de la coopération. " Les relations avec l'Algérie, pays ami, sont très bonnes. Mais nos relations économiques ne sont pas à la hauteur des relations politiques. Il en est ainsi pour tous les pays arabes et africains. Il faut absolument resserrer nos liens. Nous consacrerons l'année à venir à préparer plus encore le Sommet de la francophonie, reporté fin 2002, et continuerons les activités autour de la francophonie."

Propos recueillis par Frédérique SALINIER