BEYROUTH - 33èmes
Assises de la presse francophone
par Frédérique SALINIER
RAFIC
HARIRI
Président du Conseil des ministres
de la République libanaise
" Je compte sur vous
pour changer l'image du Liban"
Les 150 journalistes francophones membres
de l'Union Internationale de la Presse Francophone (UPF), venus
à Beyrouth pour les 33èmes Assises, ont été
reçus à Koraytem par le Premier ministre Rafic
Hariri et par la députée du Sud Bahia Hariri.
Terrorisme, relations internationales et francophonie ont été
évoqués lors de la conférence de presse.
"Nous avons découvert une belle capitale en
pleine reconstruction, et un pays dont les autoroutes et l'aéroport
rendraient jaloux bien des pays industrialisés"
a déclaré Hervé Bourges, président
international de l'UPF, en guise d'ouverture de la conférence
de presse accordée par le Premier ministre libanais,
Rafic Hariri. Répondant aux questions des journalistes
sur les attentats du 11 septembre, le chef du gouvernement a
rappelé que le Liban, ayant beaucoup souffert du terrorisme,
a été l'un des premiers pays à condamner
ces actes. "Nous avons vécu 20 ans dans une situation
quasiment similaire. Les Libanais savent ce que c'est. Vous
me demandez si Ben Laden est derrière tout ça.
A priori, je n'en sais pas plus que vous. Je regarde comme vous
CNN !! Mais ses déclarations sur la chaîne qatarie
Al-Jazira semblent l'impliquer fortement. Je tiens à
souligner ici le préjudice causé à l'islam.
Ces attentats vont contre tous les principes de notre religion.
Selon le Prophète et le Coran, l'assassinat est un crime.
Chacun doit assumer ses responsabilités. Les attentats
du 11 septembre sont des actes fous, dénués de
tout sens. Et rien - aussi juste et honorable que soit la cause
- ne justifie cela. Par ailleurs, Ben Laden a mis l'Afghanistan
dans une situation très dangereuse. Il a humilié
des gens qui meurent de faim, dont les médias ne cessent
de montrer les visages. Il a fait beaucoup de mal à l'islam
et aux pays arabes ".
Le chef du gouvernement s'est ensuite exprimé avec ferveur
sur la situation israélo-palestinienne et l'attitude
du gouvernement américain. Répondant à
la question " pensez-vous que les propos du président
Bush, qui déclare être favorable à la création
d'un Etat palestinien, sont des propos de circonstances dus
à la situation internationale ou sont-ils le reflet d'une
véritable volonté ? ", Rafic Hariri
affirme que la création d'un Etat palestinien est le
seul moyen de régler les problèmes entre Israéliens
et Palestiniens. " Ce ne sont pourtant que des mots. Comment
voulez-vous que la population arabe, quand elle regarde la télévision
aujourd'hui, le croit alors que les USA attaquent l'Afghanistan
et le Premier ministre israélien Sharon persécute
les Palestiniens ? L'opinion publique pense que ce sont les
arabes qui sont agressés. Je sais que c'est faux. Les
Etats-Unis ont des raisons pour mener une guerre contre le terrorisme.
Mais comment comprendre que les USA aient les moyens de mener
une coalition internationale contre le terrorisme et ne fassent
pas pression sur une personne : M. Sharon ! Ce qu'il fait, c'est
du terrorisme par excellence ! C'est le Premier ministre d'un
Etat qui donne des ordres directs pour assassiner des gens,
sans les juger. Il est l'exécuteur et le juge en même
temps. Nous ne pouvons accepter cela."
Contre la politique du "deux poids - deux mesures"
Rafic Hariri a rappelé l'invasion du territoire libanais
par les troupes israéliennes. Aujourd'hui encore, les
fermes de Chebaa restent occupées. La résolution
425 de l'ONU, qui prévoit le retrait d'Israël, n'est
pas appliquée. " Tout le monde parle du droit international.
Mais qui le respecte ? Israël ne veut pas appliquer les
résolutions 242, 338 et 425 relatives aux réfugiés
palestiniens. Et aujourd'hui, une nouvelle résolution
des Nations Unies(1373) sur le terrorisme voit le jour. Comment
demander de la mettre en vigueur si les 3 autres ne le sont
pas ? C'est toujours la politique " des deux poids-deux
mesures ", et tant que l'on ne change pas ça, la
stabilité ne reviendra pas dans la région. Malgré
tout, si les Israéliens ont laissé un doigt sur
notre territoire, la situation au Liban-Sud s'est stabilisée.
Dans tous les villages libérés, la sécurité
est aujourd'hui assurée ".
10 millions de dollars pour faire savoir que le Liban est
en paix
" Justement, note le journaliste congolais Cyril, ce
fut une grande surprise pour nous Africains, de découvrir
un pays complètement différent de l'image que
l'on garde en mémoire. Ne pensez-vous pas que le Liban
ne vend pas suffisamment sa nouvelle image en Afrique ? "
" Pas seulement en Afrique. Partout " confirme Rafic
Hariri. " En raison des nombreux conflits au Liban, les
gens pensent que nous sommes toujours en guerre. Que le pays
est détruit. Vous avez constaté que c'est faux,
et je compte sur vous pour changer l'image du pays. Le gouvernement
a mis 10 millions de dollars dans le budget 2001 afin de diffuser
une autre image de notre pays vers l'Europe, l'Afrique, les
pays arabes et l'Amérique. Mais le budget, ratifié
en juillet, n'a pas permis de démarrer encore la campagne.
D'autant qu'en ce moment, toutes les télévisions
sont tournées vers l'Afghanistan et les Etats-Unis ".
Resserer nos liens avec l'Afrique et avec la Francophonie
Rafic Hariri a développé par la suite, toujours
en français, qu'il a appris il y a cinq ans, les relations
entre le Liban et la Francophonie. Il a admis qu'il restait
beaucoup à faire sur le plan de la coopération.
" Les relations avec l'Algérie, pays ami, sont très
bonnes. Mais nos relations économiques ne sont pas à
la hauteur des relations politiques. Il en est ainsi pour tous
les pays arabes et africains. Il faut absolument resserrer nos
liens. Nous consacrerons l'année à venir à
préparer plus encore le Sommet de la francophonie, reporté
fin 2002, et continuerons les activités autour de la
francophonie."
Propos recueillis par Frédérique
SALINIER