Union de la Presse Francophone
 
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N° 103 - janvier 2002

BEYROUTH - 33èmes Assises de la presse francophone
par Frédérique SALINIER

SOLIDERE reconstruit seule Beyrouth-centre

SOLIDERE (Société libanaise de développement et de reconstruction du centre-ville de Beyrouth) a été fondée en 1994, selon une loi de 1991 qui réglemente les sociétés foncières créées pour la reconstruction de quartiers dévastés par la guerre. Son capital, 1,65 milliard de dollars, est constitué par des apports en nature d'anciens propriétaires en centre-ville, et d'une souscription numéraire de 650 millions de dollars. Société d'aménagement privée, mandatée par l'Etat, SOLIDERE regroupe près de 40 000 actionnaires. Aucun ne peut posséder plus de 10 % du capital.

Vers la plus belle capitale du Moyent-Orient

Beyrouth renaît enfin de ses cendres. Le colosse couvert d'ecchymoses se relève, doucement. Cicatriser les plaies d'une ville marquée dans sa chair par les balles et les obus n'est pas simple. Il s'agit d'oublier le spectacle désolé des hôtels fantômes - Hilton, Holiday Inn, Saint-Georges - qui n'exhibent plus que leurs entrailles. Ici et là, les squelettes de ferraille transpercent le béton. Les pierres, les portes, rongées par les balles, laissent encore deviner les exécutions sommaires aux coins des rues durant la guerre civile. Les façades béantes sont comme des brasiers mal éteints.

Aujourd'hui, Beyrouth gomme tout. C'est une ville entièrement tournée vers l'avenir qui s'offre aux passants. Le gigantisme des travaux engagés affirme cette volonté de tourner la page. Depuis 1995, la capitale s'est engagée dans un projet exceptionnel de reconstruction du centre-ville, qui donnera naissance à une zone animée mêlant l'habitat avec les affaires, les magasins et les loisirs. L'entière reconstruction du centre est conduite par une société d'aménagement privée, mandatée par l'Etat, Solidere (société libanaise de développement et de reconstruction du centre-ville de Beyrouth).

Il a fallu repousser la mer...

Les grands chantiers ont marqué le coup d'envoi de la première étape (1995 - 2001) : remise en l'état de l'infrastructure (routes, canalisations, séparation des eaux, déchets …), puis restauration des immeubles, accomplie aujourd'hui à 90% dans le centre-ville. Les espaces verts ont gagné 30% de terrain et s'étendent sur 70 000 hectares.

Il a fallu ensuite repousser la mer. Incroyable, mais vrai. Le projet permet de gagner 60 hectares de terrain côtier pour qu'un tiers du nouveau centre-ville s'y allonge. Le front de mer, 2,2 km de baie ininterrompue, sera entièrement réaménagé en promenade et agrémenté de deux marinas. L'une à l'ouest, sur la baie de Saint-Georges, d'une capacité de 500 bateaux, sera le point d'orgue des activités du front de mer. La seconde sera construite plus tard à l'est. Une digue longue de 1350 mètres, conçue et réalisée par la société française Bouygues, viendra protéger le remblai et la marina, grâce à une technologie de dépressurisation hydraulique des plus grosses vagues. Le remblai accueillera un quartier résidentiel et un centre d'affaires. Il faudra pour cela débourser 298 millions de dollars.

.. et 5000 ans d'histoire ont réapparu

Le second grand projet concerne l'intégration des vestiges archéologiques dans le paysage du centre-ville. Les travaux ont révélé sous la célèbre Place des Martyrs, une cité hellénistique, des thermes romains ainsi que des remparts cananéen et phénicien datant du 3ème millénaire avant J.C. 5000 ans d'histoire remontés à la surface. Les sites archéologiques seront reliés pour former un vaste parcours historique et touristique. 2001 a marqué l'entrée dans la seconde phase des travaux qui devraient se terminer en 2005. La reconstruction des souks traditionnels ramènera les parfums de l'Orient au centre du nouveau Beyrrouth. Un espace de 100 000 m2 livré aux commerces, bureaux, loisirs et complexe de cinéma concentrera la vie moderne au coeur du coeur de l'antique cité phénicienne. Un parking sous-terrain de 2500 places est actuellement en construction. L'installation des restaurants et de la zone piétonne témoignent déjà aujourd'hui du frémissement de la ville. Toutes les ambitions internationales de Beyrouth se concentrent désormais dans cette gigantesque reconstruction. Le but affiché de Solidere est de faire du centre-ville de Beyrouth le plus beau centre-ville du Moyen-Orient.

Frédérique SALINIER