Groupe RINGIER
Ringier mise sur le journalisme
de qualité
Qualifié d'"acceptable"
par Michaël Ringier, le bilan 2001 du groupe
démontre qu'en période de crise économique,
le lecteur est plus fidèle que l'annonceur.
Numéro un incontesté en Suisse alémanique,
l'éditeur n'a qu'une règle : satisfaire le goût
de son public pour l'information.
"Le journalisme est notre principal produit".
Dans sa présentation -décapante, voire décalée-
de son bilan 2001, Michaël Ringier explique les raisons
de cette stratégie et ses conséquences sur la
gestion du groupe. "A la différence des autres
éditeurs suisses, écrit-il, nous vivons
davantage de nos lecteurs que de nos annonceurs. Quelque 53%
des recettes émanant des journaux et des magazines proviennent
de la vente et quelque 47% des annonces".
Une situation qui, lorsque l'économie se dégrade,
comme ce fut le cas l'an dernier, permet à Ringier de
limiter les dégâts, en tout cas de présenter
un bilan "acceptable". "Les lecteurs sont
plus fidèles et plus stables que les clients annonceurs",
note-t-il, en soulignant que, "dans les kiosques, le
groupe vend pratiquement autant de journaux et de magazines
que toutes les autres maisons d'édition suisses réunies".
Si, en Romandie, il doit partager le pouvoir avec Edipresse,
dans la partie alémanique de la Confédération,
le groupe règne en maître et affiche des tirages
impressionnants, compte-tenu du marché auquel il s'adresse
et qui ne compte guère plus de 5 200 000 personnes. Son
quotidien tabloïd populaire, "Blick",
annonce une diffusion de 310 000 exemplaires, ce qui lui donne
un taux de pénétration triple de celui du "France
Soir" de la grande époque.
"Des contenus et des émotions"
Les magazines alémaniques ne sont pas en reste: la vente
du journal dominical "SonntagBlick", encore
en augmentation l'an dernier, atteint les 336 000 exemplaires,
tandis que celle du "Schweizer Illustriete",
qui compte un million de lecteurs, se situe aux alentours des
255 000. Plus grand journal économique du pays, l'hebdomadaire
"Cash" a connu en 2001 une année morose
tant du point de vue des ventes que de celui de la publicité,
mais reste proche des 70 000 exemplaires. "Glükspost",
son confrère féminin, avoisine les 170 000 copies,
alors que le "Gesundheit SprechStunde", un
bimensuel consacré à la santé, diffusé
à environ 80 000 exemplaires, compte un demi-million
de lecteurs.
Mais ce sont les titres germanophones de Ringier dans la presse
culinaire et celle consacrée à l'audiovisuel qui
attirent le plus l'attention. Le "TVtäglish"
est vendu à 1 362 000 exemplaires et son confrère
"Tele", spécialiste du multimédia,
à 224 000. Quant au mensuel "Betty Bossi",
publié par les Editions Betty Bossi, premier fournisseur
suisse de livres et d'articles consacrés à la
cuisine, avec une diffusion de 920 000 exemplaires, il a enregistré,
l'an dernier, une hausse notable de ses ventes. Grâce
à un accord de partenariat, conclu en décembre,
avec le groupe de vente au détail Coop, qui a acquis
50% du capital, cette filiale de Ringier devrait connaître
un nouvel essor en 2002.
Cette réussite éditoriale, si elle est aussi
le fruit d'un marketing rigoureux, est avant tout liée
à la qualité rédactionnelle des titres.
"Nous vendons des contenus et des émotions",
se plaît à dire Michaël Ringier pour expliquer
les raisons pour lesquelles il attache tant d'importance à
ses équipes rédactionnelles, à leur indépendance,
à leur liberté d'action. Signe de cette volonté,
un comité éditorial siège aux cotés
de la direction et veille notamment sur le partage des savoir-faire
et la qualité du dialogue entre les rédacteurs
en chef et les membres du management.
Premier imprimeur suisse
Cette stratégie démontre sa pertinence dans la
lutte qui, à Zurich, oppose le "Blick"
à "20 Minutes", un quotidien gratuit
venu de Scandinavie. "On nous avait prédit un
recul de 15 à 20 000 exemplaires. Finalement, nous en
avons perdu un millier", dit l'éditeur. "Nous
avons investi dans la rédaction, présenté
le meilleur produit possible. "20 Minutes",
qui est devenu le troisième quotidien suisse, a eu raison
de son concurrent "Metro", mais il rencontre
des difficultés de financement...".
Recentré sur son métier d'éditeur, le
groupe zurichois a totalement abandonné ses ambitions
planétaires dans le domaine de l'imprimerie. En Suisse
pourtant, il entend rester le principal acteur de ce secteur
économique, ne serait-ce que pour assurer sa liberté
d'action éditoriale. 2001 a d'ailleurs marqué
un tournant dans ce département du groupe avec notamment
la reprise de la Druckerei Winthertur et de ses 300 employés.
L'entreprise sera exploitée jusqu'à l'automne
2003, puis intégrée aux activités de Ringier
Print Zolfingue, qui, après avoir installé une
nouvelle rotative (48 pages) en 2001, renforcera ainsi sa place
de leader des centres d'impression suisses.
Satisfait de ses résultats de 2001 en Suisse, Michaël
Ringier, après un début d'année "difficile",
se dit aujourd'hui optimiste. Le chiffre d'affaires publicitaire
s'est un peu redressé et les ventes continuent à
grimper. Mais il reste tout aussi prudent que dans ses activités
extérieures et n'évoque que du bout des lèvres
les quelques projets qu'il prépare, notamment un magazine
de consommation et un hebdomadaire "intellectuel".
Quant à l'arrivée du groupe Hersant dans le paysage
médiatique helvétique, elle ne l'inquiète
pas outre-mesure, le groupe français ne semblant s'intéresser
qu'à la presse régionale, un secteur où
il n'est présent qu'à Lucerne. "Mais,
dit-il, il faut surveiller sa stratégie...".
La sienne est connue et ne changera pas : assurer une gestion
rigoureuse et avisée de l'entreprise, satisfaire le lecteur
grâce à un produit de qualité et, pour cela,
miser sur le talent des journalistes.
Serge HIREL