Union de la Presse Francophone
 
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N° 106 - août-septembre 2002


Serge HIREL

Groupe RINGIER

Ringier mise sur le journalisme de qualité

Qualifié d'"acceptable" par Michaël Ringier, le bilan 2001 du groupe
démontre qu'en période de crise économique,
le lecteur est plus fidèle que l'annonceur.
Numéro un incontesté en Suisse alémanique,
l'éditeur n'a qu'une règle : satisfaire le goût de son public pour l'information.

"Le journalisme est notre principal produit". Dans sa présentation -décapante, voire décalée- de son bilan 2001, Michaël Ringier explique les raisons de cette stratégie et ses conséquences sur la gestion du groupe. "A la différence des autres éditeurs suisses, écrit-il, nous vivons davantage de nos lecteurs que de nos annonceurs. Quelque 53% des recettes émanant des journaux et des magazines proviennent de la vente et quelque 47% des annonces".

Une situation qui, lorsque l'économie se dégrade, comme ce fut le cas l'an dernier, permet à Ringier de limiter les dégâts, en tout cas de présenter un bilan "acceptable". "Les lecteurs sont plus fidèles et plus stables que les clients annonceurs", note-t-il, en soulignant que, "dans les kiosques, le groupe vend pratiquement autant de journaux et de magazines que toutes les autres maisons d'édition suisses réunies".

Si, en Romandie, il doit partager le pouvoir avec Edipresse, dans la partie alémanique de la Confédération, le groupe règne en maître et affiche des tirages impressionnants, compte-tenu du marché auquel il s'adresse et qui ne compte guère plus de 5 200 000 personnes. Son quotidien tabloïd populaire, "Blick", annonce une diffusion de 310 000 exemplaires, ce qui lui donne un taux de pénétration triple de celui du "France Soir" de la grande époque.

"Des contenus et des émotions"

Les magazines alémaniques ne sont pas en reste: la vente du journal dominical "SonntagBlick", encore en augmentation l'an dernier, atteint les 336 000 exemplaires, tandis que celle du "Schweizer Illustriete", qui compte un million de lecteurs, se situe aux alentours des 255 000. Plus grand journal économique du pays, l'hebdomadaire "Cash" a connu en 2001 une année morose tant du point de vue des ventes que de celui de la publicité, mais reste proche des 70 000 exemplaires. "Glükspost", son confrère féminin, avoisine les 170 000 copies, alors que le "Gesundheit SprechStunde", un bimensuel consacré à la santé, diffusé à environ 80 000 exemplaires, compte un demi-million de lecteurs.

Mais ce sont les titres germanophones de Ringier dans la presse culinaire et celle consacrée à l'audiovisuel qui attirent le plus l'attention. Le "TVtäglish" est vendu à 1 362 000 exemplaires et son confrère "Tele", spécialiste du multimédia, à 224 000. Quant au mensuel "Betty Bossi", publié par les Editions Betty Bossi, premier fournisseur suisse de livres et d'articles consacrés à la cuisine, avec une diffusion de 920 000 exemplaires, il a enregistré, l'an dernier, une hausse notable de ses ventes. Grâce à un accord de partenariat, conclu en décembre, avec le groupe de vente au détail Coop, qui a acquis 50% du capital, cette filiale de Ringier devrait connaître un nouvel essor en 2002.

Cette réussite éditoriale, si elle est aussi le fruit d'un marketing rigoureux, est avant tout liée à la qualité rédactionnelle des titres. "Nous vendons des contenus et des émotions", se plaît à dire Michaël Ringier pour expliquer les raisons pour lesquelles il attache tant d'importance à ses équipes rédactionnelles, à leur indépendance, à leur liberté d'action. Signe de cette volonté, un comité éditorial siège aux cotés de la direction et veille notamment sur le partage des savoir-faire et la qualité du dialogue entre les rédacteurs en chef et les membres du management.

Premier imprimeur suisse

Cette stratégie démontre sa pertinence dans la lutte qui, à Zurich, oppose le "Blick" à "20 Minutes", un quotidien gratuit venu de Scandinavie. "On nous avait prédit un recul de 15 à 20 000 exemplaires. Finalement, nous en avons perdu un millier", dit l'éditeur. "Nous avons investi dans la rédaction, présenté le meilleur produit possible. "20 Minutes", qui est devenu le troisième quotidien suisse, a eu raison de son concurrent "Metro", mais il rencontre des difficultés de financement...".

Recentré sur son métier d'éditeur, le groupe zurichois a totalement abandonné ses ambitions planétaires dans le domaine de l'imprimerie. En Suisse pourtant, il entend rester le principal acteur de ce secteur économique, ne serait-ce que pour assurer sa liberté d'action éditoriale. 2001 a d'ailleurs marqué un tournant dans ce département du groupe avec notamment la reprise de la Druckerei Winthertur et de ses 300 employés. L'entreprise sera exploitée jusqu'à l'automne 2003, puis intégrée aux activités de Ringier Print Zolfingue, qui, après avoir installé une nouvelle rotative (48 pages) en 2001, renforcera ainsi sa place de leader des centres d'impression suisses.

Satisfait de ses résultats de 2001 en Suisse, Michaël Ringier, après un début d'année "difficile", se dit aujourd'hui optimiste. Le chiffre d'affaires publicitaire s'est un peu redressé et les ventes continuent à grimper. Mais il reste tout aussi prudent que dans ses activités extérieures et n'évoque que du bout des lèvres les quelques projets qu'il prépare, notamment un magazine de consommation et un hebdomadaire "intellectuel".

Quant à l'arrivée du groupe Hersant dans le paysage médiatique helvétique, elle ne l'inquiète pas outre-mesure, le groupe français ne semblant s'intéresser qu'à la presse régionale, un secteur où il n'est présent qu'à Lucerne. "Mais, dit-il, il faut surveiller sa stratégie...". La sienne est connue et ne changera pas : assurer une gestion rigoureuse et avisée de l'entreprise, satisfaire le lecteur grâce à un produit de qualité et, pour cela, miser sur le talent des journalistes.

Serge HIREL