Union de la Presse Francophone
 
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N° 106 - août-septembre 2002


Serge HIREL

Groupe RINGIER

Les performances de Ringier Romandie

En Suisse francophone, le groupe zurichois, actionnaire du "Temps",
édite trois hebdos, dont
"L'Illustré", créé en 1921, un quotidien du septième jour,
un mensuel et diverses publications, dont
"Montres Passion",
un étonnant semestriel consacré à l'industrie horlogère.

Implanté depuis cinq générations à Zurich -la première imprimerie familiale date de 1833-, le groupe Ringier n'en est pas moins fortement présent en Romandie, où il détient notamment 50% du marché des magazines. Même si le chiffre d'affaires réalisé dans la partie francophone de la Confédération -80 millions de francs suisses en 2001- ne représente que 10% de celui généré sur l'ensemble de la Suisse, Michaël Ringier entend être "un éditeur important en langue française".

C'est son grand-père qui, en 1921, a créé le premier titre francophone du groupe. "L'Illustré", aujourd'hui encore, reste le fleuron de la presse romande. Grâce à ses reportages photographiques et son positionnement résolument "people", il frôle les 100 000 exemplaires et s'honore de réunir quelque 359 000 lecteurs, soit un taux de pénétration de 27,4%. Une belle performance compte tenu de la taille du marché visé : la Romandie ne dépasse guère au total 1 700 000 habitants, soit 23% de la population suisse.

Créé en 1989, le département Ringier-Romandie, dirigé par Gérard Geiger, secondé depuis peu par Patrik Chabbey, compte aujourd'hui 333 salariés, dont 45% dans les rédactions. C'est au sein de cette entité que le groupe avait lancé "Le Nouveau quotidien", qui, après avoir fait l'admiration des professionnels de la communication, a apporté son savoir-faire au "Temps", né en 1998 de la fusion avec deux de ses confrères, "Le Journal de Genève" et "La Gazette de Lausanne".

Aujourd'hui, Ringier-Romandie est notamment chargé de trois hebdos, d'un journal dominical et d'un mensuel qui, tous, malgré une situation économique plus difficile pour eux que pour leurs confrères alémaniques, ont su, l'an dernier, par des innovations rédactionnelles ou l'arrivée de nouveaux collaborateurs, conserver leur attractivité auprès du lectorat.

"L'Hebdo", "news" de référence; "TV8", l'audiovisuel depuis 1923

La réputation de "L'Hebdo", un "news magazine" créé en 1981, a depuis longtemps dépassé les frontières. Titre de référence, n'hésitant pas à affirmer clairement ses opinions sur les événements du monde, y compris ceux de la politique nationale, il attire chaque semaine 221 000 lecteurs pour une diffusion de 51 000 exemplaires. Outre un partenariat avec "L'Express" pour la rubrique "Voyages", il s'est doté en 2001 d'un supplément économique mensuel, fabriqué en collaboration avec "Cash", un autre titre du groupe, publié dans les cantons alémaniques.

"TV8", pour sa part, peut se vanter d'être, dans la famille des titres consacrés à l'audiovisuel, l'une des publications les plus anciennes d'Europe. Créé en 1923, l'hebdomadaire a bénéficié, l'an dernier, d'une nouvelle maquette, fort appréciée du lectorat. Outre la présentation des programmes de télévision et un supplément "Kids TV" pour les 6-11 ans, il se consacre aux coulisses des studios et à la vie des stars, mais offre aussi une importante rubrique multimédia qui, chaque semaine, fait le point en matière de nouveautés, d'Internet et de ludotique. Diffusé à 54 000 exemplaires, il possède 182 000 lecteurs.

"Edelweiss", le féminin sophistiqué; "dimanche.ch", le cadet élitaire

Plus sophistiqué dans sa maquette comme dans ses contenus, le mensuel féminin "Edelweiss" est un produit haut de gamme. Né en 1998, le magazine, sous la houlette, depuis janvier dernier, de Renata Libal, aide ses lectrices "à croquer la vie à pleines dents, à goûter au plaisir d'être une femme", comme l'annonce le slogan du titre. Malgré la présence de multiples concurrents venus de France, il a déjà séduit 49 000 lectrices, ce qui lui permet de déclarer une diffusion de 25 200 exemplaires.

Enfin, dernier-né de la famille -il est apparu en 1999- "dimanche.ch" est plus un quotidien du septième jour qu'un hebdomadaire classique. Sa formule, qui privilégie aussi la photo de qualité, est un savant mélange entre l'actualité chaude et les sujets magazine, voire parfois de réflexion. Son succès est d'ores et déjà assuré: un an après son lancement, il avait atteint son rythme de croisière et, parce que la formule est résolument élitaire, séduit les annonceurs. Doté de cahiers consacrés notamment aux sports, aux sorties et à "la vie", il compte 115 000 lecteurs réguliers et affiche une diffusion de 45 000 exemplaires.

Ringier-Romandie gère aussi quelques publications aux parutions plus espacées. Hormis le "Guide du Salon de l'Auto de Genève" (800 000 exemplaires en trois langues), le "Guide Gault-Millau" suisse (qui possède une édition en allemand) et quelques "city-guides",ce sont, pour la plupart, des suppléments aux hebdos (les "Guides Santé" et les "Mini-guides", offerts avec "L'Illustré", les "Cahiers Internet" de "dimanche.ch" ou encore "Le Guide Multimédia" de "TV8").

Le secret du succès: être Romand

Une dernière publication retient particulièrement l'attention, un semestriel placé sur un créneau typiquement helvétique. Encarté dans "L'Hebdo", imprimé sur un papier de grande qualité,"Montres Passion", qui possède une édition en allemand ("Uhren Welt", un supplément de "Cash"), est devenu, depuis sa création en 1994, une référence dans le monde de l'information horlogère. Aucune marque, quel que soit son prestige, ne peut se permettre de ne pas figurer dans ses pages tant elles intéressent aussi bien les spécialistes, les collectionneurs et les passionnés que le grand public. Au total, ce sont 180 000 exemplaires -la moitié pour chaque langue- qui sont diffusés, assurant le renom international de l'industrie suisse.

Un observateur extérieur au marché suisse pourrait s'interroger sur la pertinence de créer et de développer des publications sur un marché aussi étroit que celui de Romandie. Pourquoi ne pas se contenter de décliner des produits élaborés pour le "grand" marché alémanique ? Michaël Ringier est catégorique: "Les centres d'intérêt des Romands ne sont pas ceux des Alémaniques. Les contenus doivent être différents, même si, aujourd'hui, quelques articles de "dimanche.ch" sont publiés dans toute la Suisse. Même les concepts ne peuvent pas être les mêmes entre Zurich et Genève".

Ainsi la Suisse, par ses diversités culturelles profondément ancrées, a permis au groupe Ringier, avant même d'entreprendre son développement à l'étranger, de faire sien une règle d'or: pour s'implanter sur un marché, un éditeur ne peut pas se contenter de faire du "copier-coller". Il doit prendre en compte les aspirations spécifiques de son lectorat potentiel, s'attacher à les satisfaire, bref offrir un produit réellement local. Outre une rigoureuse gestion administrative et financière de ses filiales, c'est l'application stricte de ce principe qui, probablement, est le secret du succès du groupe en Europe de l'Est et en Asie.

Serge HIREL