Groupe RINGIER
Les performances de Ringier
Romandie
En Suisse francophone, le groupe zurichois,
actionnaire du "Temps",
édite trois hebdos, dont "L'Illustré",
créé en 1921, un quotidien du septième
jour,
un mensuel et diverses publications, dont "Montres
Passion",
un étonnant semestriel consacré à l'industrie
horlogère.
Implanté depuis cinq générations à
Zurich -la première imprimerie familiale date de 1833-,
le groupe Ringier n'en est pas moins fortement présent
en Romandie, où il détient notamment 50% du marché
des magazines. Même si le chiffre d'affaires réalisé
dans la partie francophone de la Confédération
-80 millions de francs suisses en 2001- ne représente
que 10% de celui généré sur l'ensemble
de la Suisse, Michaël Ringier entend être "un
éditeur important en langue française".
C'est son grand-père qui, en 1921, a créé
le premier titre francophone du groupe. "L'Illustré",
aujourd'hui encore, reste le fleuron de la presse romande. Grâce
à ses reportages photographiques et son positionnement
résolument "people", il frôle les 100
000 exemplaires et s'honore de réunir quelque 359 000
lecteurs, soit un taux de pénétration de 27,4%.
Une belle performance compte tenu de la taille du marché
visé : la Romandie ne dépasse guère au
total 1 700 000 habitants, soit 23% de la population suisse.
Créé en 1989, le département Ringier-Romandie,
dirigé par Gérard Geiger, secondé depuis
peu par Patrik Chabbey, compte aujourd'hui 333 salariés,
dont 45% dans les rédactions. C'est au sein de cette
entité que le groupe avait lancé "Le
Nouveau quotidien", qui, après avoir fait
l'admiration des professionnels de la communication, a apporté
son savoir-faire au "Temps", né
en 1998 de la fusion avec deux de ses confrères, "Le
Journal de Genève" et "La Gazette
de Lausanne".
Aujourd'hui, Ringier-Romandie est notamment chargé de
trois hebdos, d'un journal dominical et d'un mensuel qui, tous,
malgré une situation économique plus difficile
pour eux que pour leurs confrères alémaniques,
ont su, l'an dernier, par des innovations rédactionnelles
ou l'arrivée de nouveaux collaborateurs, conserver leur
attractivité auprès du lectorat.
"L'Hebdo", "news"
de référence; "TV8", l'audiovisuel
depuis 1923
La réputation de "L'Hebdo",
un "news magazine" créé en 1981,
a depuis longtemps dépassé les frontières.
Titre de référence, n'hésitant pas à
affirmer clairement ses opinions sur les événements
du monde, y compris ceux de la politique nationale, il attire
chaque semaine 221 000 lecteurs pour une diffusion de 51 000
exemplaires. Outre un partenariat avec "L'Express"
pour la rubrique "Voyages", il s'est
doté en 2001 d'un supplément économique
mensuel, fabriqué en collaboration avec "Cash",
un autre titre du groupe, publié dans les cantons alémaniques.
"TV8", pour sa part, peut se vanter
d'être, dans la famille des titres consacrés à
l'audiovisuel, l'une des publications les plus anciennes d'Europe.
Créé en 1923, l'hebdomadaire a bénéficié,
l'an dernier, d'une nouvelle maquette, fort appréciée
du lectorat. Outre la présentation des programmes de
télévision et un supplément "Kids
TV" pour les 6-11 ans, il se consacre aux coulisses
des studios et à la vie des stars, mais offre aussi une
importante rubrique multimédia qui, chaque semaine, fait
le point en matière de nouveautés, d'Internet
et de ludotique. Diffusé à 54 000 exemplaires,
il possède 182 000 lecteurs.
"Edelweiss", le féminin sophistiqué;
"dimanche.ch", le cadet élitaire
Plus sophistiqué dans sa maquette comme dans ses contenus,
le mensuel féminin "Edelweiss"
est un produit haut de gamme. Né en 1998, le magazine,
sous la houlette, depuis janvier dernier, de Renata Libal, aide
ses lectrices "à croquer la vie à pleines
dents, à goûter au plaisir d'être une femme",
comme l'annonce le slogan du titre. Malgré la présence
de multiples concurrents venus de France, il a déjà
séduit 49 000 lectrices, ce qui lui permet de déclarer
une diffusion de 25 200 exemplaires.
Enfin, dernier-né de la famille -il est apparu en 1999-
"dimanche.ch" est plus un quotidien
du septième jour qu'un hebdomadaire classique. Sa formule,
qui privilégie aussi la photo de qualité, est
un savant mélange entre l'actualité chaude et
les sujets magazine, voire parfois de réflexion. Son
succès est d'ores et déjà assuré:
un an après son lancement, il avait atteint son rythme
de croisière et, parce que la formule est résolument
élitaire, séduit les annonceurs. Doté de
cahiers consacrés notamment aux sports, aux sorties et
à "la vie", il compte 115 000 lecteurs réguliers
et affiche une diffusion de 45 000 exemplaires.
Ringier-Romandie gère aussi quelques publications aux
parutions plus espacées. Hormis le "Guide
du Salon de l'Auto de Genève" (800 000 exemplaires
en trois langues), le "Guide Gault-Millau"
suisse (qui possède une édition en allemand) et
quelques "city-guides",ce sont, pour la plupart,
des suppléments aux hebdos (les "Guides Santé"
et les "Mini-guides", offerts avec "L'Illustré",
les "Cahiers Internet" de "dimanche.ch"
ou encore "Le Guide Multimédia"
de "TV8").
Le secret du succès: être Romand
Une dernière publication retient particulièrement
l'attention, un semestriel placé sur un créneau
typiquement helvétique. Encarté dans "L'Hebdo",
imprimé sur un papier de grande qualité,"Montres
Passion", qui possède une édition
en allemand ("Uhren Welt", un supplément
de "Cash"), est devenu, depuis sa création
en 1994, une référence dans le monde de l'information
horlogère. Aucune marque, quel que soit son prestige,
ne peut se permettre de ne pas figurer dans ses pages tant elles
intéressent aussi bien les spécialistes, les collectionneurs
et les passionnés que le grand public. Au total, ce sont
180 000 exemplaires -la moitié pour chaque langue- qui
sont diffusés, assurant le renom international de l'industrie
suisse.
Un observateur extérieur au marché suisse pourrait
s'interroger sur la pertinence de créer et de développer
des publications sur un marché aussi étroit que
celui de Romandie. Pourquoi ne pas se contenter de décliner
des produits élaborés pour le "grand"
marché alémanique ? Michaël Ringier est catégorique:
"Les centres d'intérêt des Romands ne
sont pas ceux des Alémaniques. Les contenus doivent être
différents, même si, aujourd'hui, quelques articles
de "dimanche.ch" sont publiés
dans toute la Suisse. Même les concepts ne peuvent pas
être les mêmes entre Zurich et Genève".
Ainsi la Suisse, par ses diversités culturelles profondément
ancrées, a permis au groupe Ringier, avant même
d'entreprendre son développement à l'étranger,
de faire sien une règle d'or: pour s'implanter sur un
marché, un éditeur ne peut pas se contenter de
faire du "copier-coller". Il doit prendre en compte
les aspirations spécifiques de son lectorat potentiel,
s'attacher à les satisfaire, bref offrir un produit réellement
local. Outre une rigoureuse gestion administrative et financière
de ses filiales, c'est l'application stricte de ce principe
qui, probablement, est le secret du succès du groupe
en Europe de l'Est et en Asie.
Serge HIREL