Devenir
journaliste professionel en Suisse
Entre voie royale
et parcours du combattant
Trois communautés, quatre langues nationales et trois
conventions collectives de travail pour les journalistes professionnels.
La première s'applique dans la région alémanique
et le Tessin (partie de langue italienne), soit les deux tiers
environ du pays, la deuxième en Suisse francophone, la
dernière concerne les professionnels du secteur audio-visuel
public. Quelque 8500 journalistes, salariés ou libres
(indépendants), et stagiaires, sont actifs en Suisse,
tous médias confondus, dont environ 2000 en Suisse romande.
Comment devient-on journaliste en Suisse ? Deux conditions,
en principe, à l'obtention de la carte professionnelle
: effectuer un stage de 24 mois dans un média écrit
ou audio-visuel, public ou privé, et avoir un revenu
dont les 80 % proviennent d'une activité purement journalistique.
A partir de là, la filière diverge, car la formation
professionnelle est à l'image du pays : diversifié
et régionale.
Prenons le cas de la Suisse alémanique. Premier constat
: il n'existe pas d'école centrale dont la fréquentation
soit obligatoire. Les grands et puissants groupes de presse
ont leur propre école de formation, les autres médias
se débrouillent avec les moyens du bord. Tous peuvent
toutefois envoyer leurs stagiaires suivre les cours du Centre
de formation pour les médias, à Lucerne, en Suisse
centrale, mais ces derniers, de très bonne qualité,
ne sont, hélas, que facultatifs.
Les francophones, pour une fois, font différemment,
et osons le dire, mieux. L'amélioration de la formation
professionnelle a été une préoccupation
majeure des différents partenaires au cours de vingt
dernières années. Résultats : s'ils veulent
bénéficier des dispositions de la CCT, les aspirants
journalistes ont l'obligation de suivre neuf semaines de cours
dispensés par le Centre de formation des journalistes
(CRFJ) établi à Lausanne. Trois partenaires financent
ces cours : Presse romande, qui regroupe la grande majorité
des éditeurs romands, la SSR (Société suisse
de radio et télévision) et la Fédération
suisse des journalistes (FSJ), la plus importante organisation
professionnelle des journalistes, qui regroupe quelque 6000
membres. Deux autres organisations, le Syndicat suisse des médias
(SSM), implanté dans les médias audio-visuels,
et Comédia, intégré dans un grand syndicat
des médias, regroupent les autres membres de la profession,
mais ne sont pas contractuellement partie prenante aux différents
accords en Suisse francophone.
La voie royale consiste à être engagé
comme stagiaire par un média, qui finance alors tous
les frais prévus, qui sont assez importants. Celles et
ceux qui ne trouvent pas de places dans une rédaction
ont la possibilité de se former dans le cadre d'un stage
en tant que candidats libres. Cela relève du parcours
du combattant, car il faut alors justifier d'une activité
journalistique et de plusieurs collaborations leur procurant
un revenu mensuel moyen de quelque 2200 francs suisses. Faute
de quoi, ils ne seront pas admis à suivre les cours du
CRFJ. S'ils sont membres de la FSJ, cette dernière leur
vient aide en finançant l'essentiel de leur frais par
le biais de son fonds de formation.
Enfin, autre singularité très helvétique
: seules les trois associations professionnelles des journalistes,
sans aucune intervention des éditeurs ou de l'Etat, délivrent
la carte professionnelle à leurs membres. Le Registre
professionnel national est géré par une commission
formée de membres des trois associations. Une réforme
du registre, conçue par la FSJ et adoptée par
ses deux autres partenaires, doit entrer en vigueur en janvier
prochain. La principale modification stipule que le respect
des règles éthiques sera la principale condition
d'admission. Autre innovation : le critère des 80 % de
revenu provenant d'une activité journalistique, fixé
pour l'obtention de la carte professionnelle, sera remplacé
par celui d'un taux d'activité minimal de 50 %, au cours
des deux années précédant l'inscription
comme " Professionnel des médias RP ".
Reto BREITER