Union de la Presse Francophone
 
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N° 106 - août-septembre 2002


Reto BREITER

Journaliste au quotidien "Le Matin"

Devenir journaliste professionel en Suisse

Entre voie royale
et parcours du combattant

Trois communautés, quatre langues nationales et trois conventions collectives de travail pour les journalistes professionnels. La première s'applique dans la région alémanique et le Tessin (partie de langue italienne), soit les deux tiers environ du pays, la deuxième en Suisse francophone, la dernière concerne les professionnels du secteur audio-visuel public. Quelque 8500 journalistes, salariés ou libres (indépendants), et stagiaires, sont actifs en Suisse, tous médias confondus, dont environ 2000 en Suisse romande.

Comment devient-on journaliste en Suisse ? Deux conditions, en principe, à l'obtention de la carte professionnelle : effectuer un stage de 24 mois dans un média écrit ou audio-visuel, public ou privé, et avoir un revenu dont les 80 % proviennent d'une activité purement journalistique. A partir de là, la filière diverge, car la formation professionnelle est à l'image du pays : diversifié et régionale.

Prenons le cas de la Suisse alémanique. Premier constat : il n'existe pas d'école centrale dont la fréquentation soit obligatoire. Les grands et puissants groupes de presse ont leur propre école de formation, les autres médias se débrouillent avec les moyens du bord. Tous peuvent toutefois envoyer leurs stagiaires suivre les cours du Centre de formation pour les médias, à Lucerne, en Suisse centrale, mais ces derniers, de très bonne qualité, ne sont, hélas, que facultatifs.

Les francophones, pour une fois, font différemment, et osons le dire, mieux. L'amélioration de la formation professionnelle a été une préoccupation majeure des différents partenaires au cours de vingt dernières années. Résultats : s'ils veulent bénéficier des dispositions de la CCT, les aspirants journalistes ont l'obligation de suivre neuf semaines de cours dispensés par le Centre de formation des journalistes (CRFJ) établi à Lausanne. Trois partenaires financent ces cours : Presse romande, qui regroupe la grande majorité des éditeurs romands, la SSR (Société suisse de radio et télévision) et la Fédération suisse des journalistes (FSJ), la plus importante organisation professionnelle des journalistes, qui regroupe quelque 6000 membres. Deux autres organisations, le Syndicat suisse des médias (SSM), implanté dans les médias audio-visuels, et Comédia, intégré dans un grand syndicat des médias, regroupent les autres membres de la profession, mais ne sont pas contractuellement partie prenante aux différents accords en Suisse francophone.

La voie royale consiste à être engagé comme stagiaire par un média, qui finance alors tous les frais prévus, qui sont assez importants. Celles et ceux qui ne trouvent pas de places dans une rédaction ont la possibilité de se former dans le cadre d'un stage en tant que candidats libres. Cela relève du parcours du combattant, car il faut alors justifier d'une activité journalistique et de plusieurs collaborations leur procurant un revenu mensuel moyen de quelque 2200 francs suisses. Faute de quoi, ils ne seront pas admis à suivre les cours du CRFJ. S'ils sont membres de la FSJ, cette dernière leur vient aide en finançant l'essentiel de leur frais par le biais de son fonds de formation.

Enfin, autre singularité très helvétique : seules les trois associations professionnelles des journalistes, sans aucune intervention des éditeurs ou de l'Etat, délivrent la carte professionnelle à leurs membres. Le Registre professionnel national est géré par une commission formée de membres des trois associations. Une réforme du registre, conçue par la FSJ et adoptée par ses deux autres partenaires, doit entrer en vigueur en janvier prochain. La principale modification stipule que le respect des règles éthiques sera la principale condition d'admission. Autre innovation : le critère des 80 % de revenu provenant d'une activité journalistique, fixé pour l'obtention de la carte professionnelle, sera remplacé par celui d'un taux d'activité minimal de 50 %, au cours des deux années précédant l'inscription comme " Professionnel des médias RP ".

Reto BREITER