Radio
Faire face à une forte
concurrence
Gérard Tschopp,
directeur de la Radio Suisse Romande, se félicite des
échanges
au sein des radios francophones publiques qui représentent
une ouverture exceptionnelle et un support de programmes précieux.
Dans une portion de territoire d'un million et demi d'habitants,
face aux radios privées, comment le service public justifie-t-il
l'existence de quatre programmes radio ?
- Gérard Tschopp: Le service public
se doit de répondre aux souhaits et aux besoins de la
majorité des auditeurs, car ce sont eux qui payent la
redevance. Comme leurs attentes se sont diversifiées,
notre offre aussi. Avec quatre programmes, nous couvrons assez
bien ces besoins. La Première est la chaîne généraliste,
et constitue notre proposition principale. Nous sommes les seuls
en Suisse romande à pouvoir offrir une chaîne culturelle
comme "Espace 2". "Couleur 3" constitue
une offre essentiellement musicale, destinée spécifiquement
au public jeune. "Option Musique", enfin, avec sa
programmation musicale francophone répond clairement
à un besoin : son succès le démontre.
Avec ces quatre programmes, nous n'avons pas cherché
la segmentation à tout prix et je ne vois pas la Radio
Suisse Romande diffuser vingt programmes différents ultra-ciblés.
Notre souhait est de rassembler le public autour de notre offre
principale et de nos trois offres complémentaires.
Un cinquième programme, tout info, à l'image
de France Info, pourrait-il voir le jour en Suisse romande ?
- G.T.: J'ai bon espoir! Nous avons développé
un avant-projet de chaîne d'information en continu, la
direction nationale vient de décider d'aller de l'avant.
Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : il faut maintenant
convaincre les différentes instances de décision
internes, puis les instances politiques fédérales.
La création d'une cinquième chaîne nécessite
la modification de la concession dont nous bénéficions.
Sinon, tout est à créer : engager une équipe,
trouver des fréquences, organiser des partenariats
Mais nous savons qu'une partie du public romand attend un programme
comme celui-là. Si tout va pour le mieux, RSR-Info (c'est
un titre de travail) pourrait être sur les ondes à
l'automne 2004.
A quelle concurrence êtes-vous confronté
?
- G.T.: La concurrence, en Suisse romande, est forte.
Sans compter le satellite et le câble, nous avons face
à nous 40 à 50 stations différentes. Elles
se répartissent essentiellement en deux types. Tout d'abord,
les radios musicales commerciales, qui peuvent être suisses
(Lausanne FM, OneFM
), ou étrangères (Nostalgie,
NRJ, RTL2
). Il est intéressant de remarquer que
ces programmes ont longtemps cherché à "localiser"
leurs émissions avec des décrochages, apparemment
sans trop de succès, puisqu'ils font maintenant machine
arrière
D'un autre côté, nous avons
les radios régionales, souvent très bien implantées
dans un canton, et qui jouent à fond la carte de la proximité.
Ces stations participent à la diversité radiophonique
romande, et remplissent souvent une fonction que nous ne pouvons
pas remplir. Nous collaborons d'ailleurs parfois avec elles
sur le plan programmatique, et travaillons ensemble à
la promotion du média radio en général,
auprès du public et des autorités.
Quelles sont les collaborations radiophoniques avec les
autres régions linguistiques du pays et quelle est la
part d'écoute hors de la Suisse francophone ?
- G.T.: Rien de plus difficile en radio, que de surmonter
les différences de langue
Le paradoxe, c'est que
la collaboration entre les radios de la SSR est excellente.
Sur le plan des programmes, c'est d'abord la musique qui en
profite, en particulier la musique classique. Mais les programmes
"jeunes" collaborent aussi, dans le domaine des festivals,
par exemple.
Ensuite, nous avons une collaboration marquée, et surtout
volontaire, dans le domaine logistique. Nous travaillons ensemble
pour la distribution des programmes, des développements
technologiques, des ressources humaines, de l'administration
Deux exemples: après un test en Suisse romande, nous
allons réaliser ensemble, à la fin de cette année,
un serveur vocal qui proposera aux auditeurs d'écouter
par téléphone des informations et des services
dans les quatre langues nationales plus l'anglais. Autre exemple,
nous avons créé ensemble une unité qui
gère le parrainage au niveau national, et qui profite
à tout le monde.
Nos programmes sont bien diffusés en Suisse italophone,
un peu moins bien en Suisse alémanique, mais le câble
est très répandu. En 2001, nous avions 202 000
auditeurs en Suisse alémanique, soit une pénétration
de 4.7% et 15 000 en Suisse italienne, soit 5.5% de pénétration.
Les échanges dans le cadre des Radios Francophones
Publiques (RFP) sont très importants. Qu'apportez-vous
? Et qu'en retirez-vous ?
- G.T.: C'est là aussi extraordinairement important.
Nous avons en commun non seulement une culture, mais aussi une
approche commune de la radio. Dans le cadre des RFP, nous échangeons
en moyenne une heure de programmes par jour, dans des domaines
très variés. Ce peut être du divertissement,
des informations, des fictions, des concerts
De plus,
nous produisons ensemble certaines séries de prestige,
diffusées dans les quatre pays. Au total, c'est un apport
précieux de programmes à un coût intéressant.
Pour faciliter encore ce travail et aller plus vite, nous mettons
actuellement au point un système d'échanges sur
internet.
J'ajoute enfin que cette ouverture exceptionnelle sera un "plus"
pour le projet RSR-Info : le public est très intéressé
par ces éclairages particuliers.
L'internet est-il devenu pour vous le complément
indispensable des programmes de radio ?
- G.T.: Je crois qu'en termes de diffusion des programmes,
l'internet restera marginal, ne serait-ce que pour des raisons
de coût. Contrairement aux systèmes traditionnels,
il faut en effet payer pour chaque auditeur supplémentaire.
Par contre, l'internet et toutes les déclinaisons multimédias
en général sont un complément très
intéressant de nos émissions. Selon les cas, elles
permettent l'approfondissement de certains sujets, mais aussi
l'exploitation de nos programmes sous des formes différentes,
de manière à les valoriser au mieux
Des études de l'UER montrent que l'internet et la radio
sont complémentaires : l'usage du premier influe très
peu sur celui du second. Ce n'est pas le cas de la télévision
ou de la presse, qui subissent plus fortement cette influence.
Pour la radio, l'internet et le multimédia ne sont pas
une menace: à nous de les utiliser pour renforcer nos
positions.
Propos recueillis par Doron ALLALOUF
sur des questions de Daniel Favre