Union de la Presse Francophone
 
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N° 106 - août-septembre 2002


Entretien avec Gérard TSCHOPP

Directeur de la Radio Suisse romande (RSR)

Radio

Faire face à une forte concurrence

Gérard Tschopp, directeur de la Radio Suisse Romande, se félicite des échanges
au sein des radios francophones publiques qui représentent une ouverture exceptionnelle et un support de programmes précieux.

Dans une portion de territoire d'un million et demi d'habitants, face aux radios privées, comment le service public justifie-t-il l'existence de quatre programmes radio ?
- Gérard Tschopp: Le service public se doit de répondre aux souhaits et aux besoins de la majorité des auditeurs, car ce sont eux qui payent la redevance. Comme leurs attentes se sont diversifiées, notre offre aussi. Avec quatre programmes, nous couvrons assez bien ces besoins. La Première est la chaîne généraliste, et constitue notre proposition principale. Nous sommes les seuls en Suisse romande à pouvoir offrir une chaîne culturelle comme "Espace 2". "Couleur 3" constitue une offre essentiellement musicale, destinée spécifiquement au public jeune. "Option Musique", enfin, avec sa programmation musicale francophone répond clairement à un besoin : son succès le démontre.
Avec ces quatre programmes, nous n'avons pas cherché la segmentation à tout prix et je ne vois pas la Radio Suisse Romande diffuser vingt programmes différents ultra-ciblés. Notre souhait est de rassembler le public autour de notre offre principale et de nos trois offres complémentaires.


Un cinquième programme, tout info, à l'image de France Info, pourrait-il voir le jour en Suisse romande ?
- G.T.: J'ai bon espoir! Nous avons développé un avant-projet de chaîne d'information en continu, la direction nationale vient de décider d'aller de l'avant. Mais nous ne sommes pas au bout de nos peines : il faut maintenant convaincre les différentes instances de décision internes, puis les instances politiques fédérales. La création d'une cinquième chaîne nécessite la modification de la concession dont nous bénéficions. Sinon, tout est à créer : engager une équipe, trouver des fréquences, organiser des partenariats… Mais nous savons qu'une partie du public romand attend un programme comme celui-là. Si tout va pour le mieux, RSR-Info (c'est un titre de travail) pourrait être sur les ondes à l'automne 2004.


A quelle concurrence êtes-vous confronté ?
- G.T.: La concurrence, en Suisse romande, est forte. Sans compter le satellite et le câble, nous avons face à nous 40 à 50 stations différentes. Elles se répartissent essentiellement en deux types. Tout d'abord, les radios musicales commerciales, qui peuvent être suisses (Lausanne FM, OneFM…), ou étrangères (Nostalgie, NRJ, RTL2…). Il est intéressant de remarquer que ces programmes ont longtemps cherché à "localiser" leurs émissions avec des décrochages, apparemment sans trop de succès, puisqu'ils font maintenant machine arrière… D'un autre côté, nous avons les radios régionales, souvent très bien implantées dans un canton, et qui jouent à fond la carte de la proximité. Ces stations participent à la diversité radiophonique romande, et remplissent souvent une fonction que nous ne pouvons pas remplir. Nous collaborons d'ailleurs parfois avec elles sur le plan programmatique, et travaillons ensemble à la promotion du média radio en général, auprès du public et des autorités.


Quelles sont les collaborations radiophoniques avec les autres régions linguistiques du pays et quelle est la part d'écoute hors de la Suisse francophone ?
- G.T.: Rien de plus difficile en radio, que de surmonter les différences de langue… Le paradoxe, c'est que la collaboration entre les radios de la SSR est excellente.
Sur le plan des programmes, c'est d'abord la musique qui en profite, en particulier la musique classique. Mais les programmes "jeunes" collaborent aussi, dans le domaine des festivals, par exemple.
Ensuite, nous avons une collaboration marquée, et surtout volontaire, dans le domaine logistique. Nous travaillons ensemble pour la distribution des programmes, des développements technologiques, des ressources humaines, de l'administration…
Deux exemples: après un test en Suisse romande, nous allons réaliser ensemble, à la fin de cette année, un serveur vocal qui proposera aux auditeurs d'écouter par téléphone des informations et des services dans les quatre langues nationales plus l'anglais. Autre exemple, nous avons créé ensemble une unité qui gère le parrainage au niveau national, et qui profite à tout le monde.
Nos programmes sont bien diffusés en Suisse italophone, un peu moins bien en Suisse alémanique, mais le câble est très répandu. En 2001, nous avions 202 000 auditeurs en Suisse alémanique, soit une pénétration de 4.7% et 15 000 en Suisse italienne, soit 5.5% de pénétration.


Les échanges dans le cadre des Radios Francophones Publiques (RFP) sont très importants. Qu'apportez-vous ? Et qu'en retirez-vous ?
- G.T.: C'est là aussi extraordinairement important. Nous avons en commun non seulement une culture, mais aussi une approche commune de la radio. Dans le cadre des RFP, nous échangeons en moyenne une heure de programmes par jour, dans des domaines très variés. Ce peut être du divertissement, des informations, des fictions, des concerts… De plus, nous produisons ensemble certaines séries de prestige, diffusées dans les quatre pays. Au total, c'est un apport précieux de programmes à un coût intéressant.
Pour faciliter encore ce travail et aller plus vite, nous mettons actuellement au point un système d'échanges sur internet.
J'ajoute enfin que cette ouverture exceptionnelle sera un "plus" pour le projet RSR-Info : le public est très intéressé par ces éclairages particuliers.


L'internet est-il devenu pour vous le complément indispensable des programmes de radio ?
- G.T.: Je crois qu'en termes de diffusion des programmes, l'internet restera marginal, ne serait-ce que pour des raisons de coût. Contrairement aux systèmes traditionnels, il faut en effet payer pour chaque auditeur supplémentaire.
Par contre, l'internet et toutes les déclinaisons multimédias en général sont un complément très intéressant de nos émissions. Selon les cas, elles permettent l'approfondissement de certains sujets, mais aussi l'exploitation de nos programmes sous des formes différentes, de manière à les valoriser au mieux…
Des études de l'UER montrent que l'internet et la radio sont complémentaires : l'usage du premier influe très peu sur celui du second. Ce n'est pas le cas de la télévision ou de la presse, qui subissent plus fortement cette influence. Pour la radio, l'internet et le multimédia ne sont pas une menace: à nous de les utiliser pour renforcer nos positions.

Propos recueillis par Doron ALLALOUF
sur des questions de Daniel Favre