Presse
Consultez
en ligne les titres cités à PRESSOTHEQUE
La situation actuelle de la
presse écrite romande
La presse suisse a connu une mutation importante
au cours des dernières années. Très diversifiée,
essentiellement locale et régionale, elle a subi les
contraintes d'une concentration rapide depuis les années
70. Des disparitions, mais surtout des fusions ont transformé
le paysage traditionnel d'une presse multiple qui comptait -
reflet du fédéralisme politique et culturel -
120 quotidiens différents pour une population de moins
de sept millions d'habitants, sans parler des nombreux journaux
ruraux qui paraissaient deux à quatre fois par semaine
et dont la plupart ont entre-temps disparu.
Trois marchés relativement étanches
et de taille inégale se partagent l'information écrite.
Le plus grand, la Suisse d'expression allemande, dont les grands
centres de presse sont Zurich, Bâle, Berne et Lucerne,
connaît les plus forts tirages avec des quotidiens dont
plusieurs sont issus de fusions : un journal de boulevard, Blick,
avec plus de 300 000 exemplaires, un journal de qualité,
Neue Zürcher Zeitung (NZZ), avec 170 000 exemplaires,
plusieurs grands quotidiens régionaux diffusés
à plus de 100 000 exemplaires. Le plus petit marché
est celui de la Suisse italienne (le Tessin), avec trois quotidiens.
Entre les deux, la Suisse d'expression française - la
Suisse romande - compte 14 quotidiens, deux journaux du dimanche,
quelques tri- et bi-hebdomadaires régionaux, un grand
illustré et un news magazine. Pour compléter le
tableau de la presse grand public, trois hebdomadaires gratuits
à grand tirage sont apparus, ont développé
leur partie rédactionnelle et attirent un public de plus
en plus large. En revanche, et contrairement aux villes alémaniques,
il n'existe pas de quotidiens gratuits du type " 20
minutes ".
Sur ce marché romand d'un peu plus d'un
million d'habitants, deux grands centre de presse dominent le
paysage : Genève et Lausanne. Commençons
par la ville du bout du lac : La Tribune de Genève
(76 700 exemplaires) est un quotidien local et régional
par excellence qui consacre également quelques pages
aux informations de la région française frontalière.
Le Temps (53 500) est le seul quotidien qui profite
d'une diffusion dans toute la Suisse romande. C'est un journal
de qualité, et il est aussi lu dans les autres parties
du pays ainsi qu'en France. Ce journal est issu du Nouveau
Quotidien et du Journal de Genève qui ont
disparu en 1998. Le quotidien Le Monde a récemment
pris une participation de 20 % du capital du Temps.
Un troisième quotidien genevois, Le Courrier,
est doté d'un tirage plus modeste : 9 700 exemplaires.
Ancien organe du parti catholique, crée en 1868, il a
plus récemment ouvert ses colonnes à d'autres
mouvements et associations religieuses, humanitaires et écologistes.
Il donne la parole aux minorités politiques, de préférence
de gauche, sortant ainsi des sentiers battus.
En 1994, Genève a perdu un grand journal très
populaire, La Suisse, qui se trouvait au bord du gouffre
: une perte sensible pour la diversité d'opinion. Un
autre quotidien de tirage plus modeste, Voix Ouvrière,
seul quotidien communiste, a disparu en 1980.
Autre métropole de presse, Lausanne, possède
un grand quotidien régional, 24 heures
(autrefois Feuille d'Avis de Lausanne), un des plus anciens
journaux suisses, crée en 1762. Il a le plus fort tirage
(88 000 exemplaires) en Suisse romande. Le Matin
(65 500 exemplaires), quotidien très illustré
de type boulevard, dépasse la frontière cantonale
et connaît une diffusion importante dans le reste de la
Suisse romande. Depuis l'automne 2001, il paraît en format
tabloïd. Ces deux journaux sont édités par
le groupe lausannois Edipresse qui possède également
La Tribune de Genève et une participation majoritaire
dans Le Temps.
Trois autres quotidiens d'importance plus locale paraissent
encore dans le canton de Vaud : La Côte
(à Nyon, 14 100 exemplaires), La Presse Riviera
(à Montreux, 25 000 exemplaires) et La Presse Nord
Vaudois (à Yverdon, 11 000 exemplaires). Les
deux premiers sont des produits de plusieurs fusions avec des
petits journaux locaux de leur région). Le quotidien
La Côte a été repris en juillet 2001
par le groupe français Hersant, alors que les deux autres
font partie, depuis mai 2002, du groupe Edipresse (à
75 %) détenteur d'une position dominante dans la presse
romande.
Deux quotidiens possèdent un quasi monopole dans leurs
cantons respectifs : La Liberté (Fribourg,
37 800 exemplaires) et Le Nouvelliste (Valais,
exemplaires). Autrefois de tendance catholique reflétant
la confession majoritaire de leurs régions, ils se sont
ouverts pour représenter aujourd'hui davantage les intérêts
généraux de leur canton.
IL serait injuste de ne pas mentionner un journal qui ne paraît
que trois fois par semaine dans la partie française du
canton bilingue de Fribourg : La Gruyère,
une excellente feuille locale diffusée à 15 000
exemplaires et qui par sa qualité rédactionnelle,
a obtenu plusieurs prix du journalisme local.
Le canton de Neuchâtel possède le plus ancien quotidien
suisse paraissant encore, L'Express (29 100 exemplaires),
fondé sous le titre de Feuille d'Avis (de Neuchâtel)
en 1738. Ce journal ayant un monopole dans la capitale du canton,
a longtemps affiché une opinion politique conservatrice,
mais déclare être aujourd'hui politiquement neutre.
A la Chaux-de-Fonds, dans les montagnes du même canton,
parait L'Impartial (21 100 exemplaires) qui détient
également une position régionale dominante. Malgré
une forte hostilité réciproque de longue date,
ces deux titres ont, sous la contrainte financière, entamé
une étroite collaboration dans les années 90.
Pourtant, en 2002, ils ont été rachetés
à 62,5 % par le groupe Hersant qui avait déjà
repris La Côte l'année précédente.
Dans le canton du Jura paraît Le Quotidien jurassien
(25 120 exemplaires) issu d'une fusion de deux quotidiens régionaux
en 1993, l'un de tendance politique radicale, l'autre catholique.
Malgré la différence importante de ligne éditoriale
et de sensibilité des deux journaux, la fusion s'est
avéré être le seul moyen de sauver une presse
d'identité jurassienne. Mais il n'empêche que la
population de ce canton n'a plus guère de choix en matière
de lecture quotidienne.
Située dans le canton de Berne, Bienne
est une ville bilingue avec deux quotidiens, l'un en allemand,
Bieler Tagblatt, l'autre en français, Journal
du Jura (12 540 exemplaires). Les deux édités
par la même entreprise et occupent chacun une position
de force dans la région, depuis que le journal du Jura
a absorbé son seul concurrent régional, La
Tribune jurassienne.
Mentionnons encore une curiosité dans la même ville
: un journal hebdomadaire gratuit, Biel-Bienne
(102 000 exemplaires), lancé en 1978 pour briser le monopole
détenu par l'éditeur des deux quotidiens. Il publie
les mêmes articles en allemand et en français.
Outre quelques tri- et bi- hebdomadaires d'importance locale,
la Suisse romande possède un grand illustré,
L'Illustré (96 000 exemplaires), un grand
magazine hebdomadaire, Femina (214 000 exemplaires),
ainsi que l'Hebdo (50 500 exemplaires), un news
magazine du type l'Express. L'Hebdomadaire illustré
et l'Hebdo appartiennent à Ringier, la plus grande
entreprise de presse, siégeant à Zurich, qui édite,
à part le quotidien people Blick, de nombreux
hebdomadaires et magazines TV.
Un hebdomadaire illustré plus modeste mais de qualité,
L'Echo Magazine, de tendance catholique, paraît
à Genève. Il est diffusé essentiellement
à des abonnés.
La presse du dimanche de langue française possède
une forte diffusion : Le Matin Dimanche, avec
un tirage de 215 000 exemplaires est lu dans toute la Suisse
romande, et dimanche.ch plus sobre (45 000 exemplaires),
créé par le groupe Ringier en novembre 1999, se
stabilise. Le premier est de type populaire, très volumineux
se différencie du second, jeune voire branché
pour un public plus élitaire.
Le processus de concentration dans la presse romande n'est
probablement pas terminé. La baisse générale
des recettes publicitaires et la concurrence de l'audiovisuelle
risquent de rétrécir encore le marché de
l'écrit. A cela s'ajoute une certaine désaffection
des lecteurs pour la presse quotidienne qui se manifeste par
des baisses de tirages, surtout pour les grands régionaux.
Même si cette baisse est encore modeste, elle inquiète
les éditeurs. Le développement de la presse gratuite
- avec des projets venant du groupe Hersant annonce aussi des
batailles plus dures pour les titres traditionnels qui tenteront
de conserver leur part de publicité.
Curieusement, toutes ces menaces ne semblent pas trop décourager
de nouveaux projets, et notamment au niveau de la collaboration
entre différents cantons et régions. C'est cette
volonté de se regrouper et de collaborer qui assurera
la survie d'une presse d'information de qualité, encore
riche en titres mais sur un marché plutôt étroit.
Ernest BOLLINGER