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N° 109
- Janvier-février 2003
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FRANCOPHONIE - Audiovisuel
1 - CFI: offrir la
culture audiovisuelle française
2 - TV
5: être partout, donc "au centre du monde"
par Serge HIREL
1-
La mission de CFI : offrir au monde la culture audiovisuelle française
Chaque
année, Canal France International offre huit mille heures
de programmes français à 150 chaînes installées
dans les pays émergents. Présidé
par Serge Adda, dirigé par Jean Mino, ce bras "images"
de la coopération française va, en Afrique, développer
les co-productions locales et se lancer dans le conseil et la
formation des professionnels.
Le monde pour territoire, la culture française pour emblème,
la coopération pour raison d'être. Canal France International
(CFI), dont la mission principale est d'offrir des programmes
français aux télévisions des pays émergents,
est un "outil" sans équivalent sur la planète.
"Nous faisons partie de la grande famille de l'audiovisuel
extérieur. Notre mission est d'arriver au moment où
ces chaînes ont besoin de nous pour élaborer leurs
programmes. Nous nous retirons lorsqu'elles sont en mesure de
les acheter", dit Jean Mino, le nouveau directeur général,
qui, d'emblée, insiste sur les relations de confiance que
la société entretient désormais avec sa consoeur
TV5. Installées à Paris, dans les mêmes locaux
-l'immeuble historique qui a vu naître la télévision
française-, les deux sociétés, bien qu'indépendantes
l'une de l'autre et de statuts nettement différents, ont
le même président, Serge Adda. Une "tradition",
qui, instaurée par Jean Stock, a permis de clarifier le
rôle de chacune d'elles, mais aussi d'entamer des collaborations,
bénéfiques pour le téléspectateur,
notamment en Afrique. De même, depuis plusieurs années
maintenant, CFI et TV-France International (TVFI) travaillent
la main dans la main, chacun jouant son rôle sur les marchés
à conquérir. A l'organisme de promotion des exportations
audiovisuelles françaises, imaginé et géré
par les producteurs indépendants, la charge d'aider au
développement des ventes à l'étranger. A
CFI, le soin d'amorcer celles-ci en incitant les chaînes
à programmer des images françaises. "Nous
facilitons la mise en place d'une alternative culturelle aux produits
américains", résume Jean Mino.
Amorcer des marchés en gestation
Filiale à 80% de France-Télévision
et à 20% d'Arte-France, Canal France International, financé
essentiellement par le ministère des Affaires étrangères
français, est avant tout une banque de programmes libres
de droits, où, chaque jour, quelque 150 chaînes de
télévision viennent se ravitailler gratuitement.
Tous les genres y sont représentés, des émissions
de flux -débats, divertissements, informations, magazines,...-
aux fictions les plus prestigieuses, en passant par les documentaires
et les programmes pour la jeunesse. "Hormis les programmes
dits "d'assistance culturelle" et les "plateaux"
du service public qui sont mis gracieusement à notre disposition,
nous achetons surtout aux producteurs français",
dit Jean Mino. Certes, avec une moyenne annuelle de six millions
d'euros consacrés à ce poste, les tarifs que CFI
peut supporter sont bien loin de ceux appliqués sur les
grands marchés du Nord. Mais, pour les vendeurs, la diffusion
de leurs images dans ces pays encore insolvables prépare
l'avenir. Ainsi, alors que, voici quelques années, les
télévisions russes et polonaises bénéficiaient
de cette offre gratuite, elles sont aujourd'hui des clients directs
-et payants- de la production française. Au total, CFI
est présent dans 84 pays. Grâce à quatre satellites
et à un dispositif de diffusion numérique cryptée
unique au monde qui lui permettent de couvrir les cinq continents,
son offre totalise 8 000 heures de programmes par an, les chaînes
"abonnées" pouvant les adapter en langue locale
et les utiliser en bloc ou les répartir au sein de leur
grille. Une quarantaine de chaînes de 21 pays d'Europe centrale
et orientale profitent de ce service, complété souvent
par une aide technique. En Asie et dans les pays arabes, CFI compte
vingt-cinq partenaires dans chacune de ces régions où,
pour faciliter l'emploi de ses programmes, la société
française les propose aussi doublés ou sous-titrés
en anglais, voire en arabe au Moyen-Orient. "Bien sûr,
nous avons à défendre notre langue, explique
Jean Mino, mais nous sommes là aussi pour conforter
l'influence française dans le monde, bien souvent auprès
de populations non francophones".
CFI-TV: une chaîne pan-africaine
Mais c'est en Afrique que CFI donne la pleine mesure
de son rôle. Cinquante chaînes, dans quarante pays,
reçoivent ses émissions -quatre à six heures
par jour- et en font, dans la plupart des cas, le coeur même
de leur grille. Cela d'autant plus que ces programmes sont doublés
ou sous-titrés pour les pays anglophones et lusophones
et que Canal France International complète la diversité
de son offre par des reportages sportifs, en particulier la Ligue
européenne des Champions, un spectacle très prisé
sur le continent noir. "Nous fournissons aussi des programmes
d'informations spécialement réalisés pour
ces auditoires. Ils traitent de la politique africaine et des
grands évènements mondiaux et sont produits par
AITV, une filiale de RFO. Une bande-son accompagne les images,
mais chaque chaîne peut, en fonction de ses besoins, choisir
de ne diffuser que tel ou tel reportage et, même, d'en assurer
elle-même le commentaire", ajoute Jean Mino. Des
reportages qui, reformatés sont aussi utilisés pour
alimenter le "JDA", diffusé quotidiennement par
TV5-Afrique et CFI-TV. Car Canal France International, outre cette
banque de programmes, gère aussi une véritable chaîne
de télévision pan-africaine. Diffusée 24
heures sur 24 par satellite, le signal numérique de CFI-TV
est repris aujourd'hui par 25 réseaux câblés
ou MMDS d'Afrique et figure dans le bouquet Le Sat, qui, filiale
de CFI depuis trois ans, commercialise sur le continent noir une
douzaine de services francophones. "Pour cette chaîne,
dit Jean Mino, nous achetons quelques programmes spécifiques,
utilisons aussi, après un certain délai, ceux proposés
aux télévisions partenaires et produisons quelques
émissions, notamment sportives, pour lesquelles nous travaillons
souvent avec TV5".
Diffuser les cultures locales africaines
Soucieux d'offrir aux téléspectateurs
africains de plus en plus d'images produites sur place, le nouveau
directeur général, pour notamment alimenter cette
chaîne et la banque de programmes, désire développer
également une forte politique de co-production avec des
professionnels du continent noir, qu'ils soient dans le monde
du cinéma ou dans celui de la télévision
proprement dite. "Nous voulons faire apparaître
des programmes locaux et, pour cela, en collaboration ou non avec
des sociétés françaises, participer à
leur financement, qu'il s'agisse de films, de fictions, de documentaires
ou d'autres émissions produites en Afrique", dit-il,
en rappelant que, déjà, CFI a été
co-producteur du film d'Idrissa Ouedraogo, "Le monde à
l'envers", et qu'il apporte son soutien au Fespaco, le
plus réputé des festivals de cinéma africain,
organisé à Ouagadougou. "Notre réseau
nous permet de faire circuler dans toute l'Afrique les diverses
cultures locales. C'est une priorité", ajoute-t-il.
Enfin, Canal France International, à la demande
des Affaires étrangères et des autorités
chargées de la Coopération, entreprend de s'impliquer
aussi désormais dans le conseil, la formation et l'assistance
technique et éditoriale aux professionnels africains de
l'audiovisuel. "Nous serons des coordonnateurs et travaillerons
en concertation avec le Cirtef et l'AIF, également présents
sur le terrain", dit Jean Mino. "Des audits vont
être déclenchés dans plusieurs chaînes
avec pour objectif de les moderniser. Il faut que ces télévisions
deviennent adultes. En transmettant notre savoir-faire, nous allons
les y aider". Une mission qui complétera parfaitement
l'action que CFI mène de par le monde pour soutenir l'industrie
française de l'audiovisuel, mais aussi pour apporter là
où elle s'avère nécessaire la coopération
de la France au développement des peuples.
2- TV5
choisit d'être partout, donc "au centre du monde"
Ouverte à toutes les cultures, la chaîne
internationale en langue française a musclé sa programmation
par de nouvelles productions propres et une offre d'informations
digne de son rang.
Un nouvel "habillage", plus chaleureux,
une nouvelle signature, à la taille de ses ambitions, et,
surtout, une présence accrue de l'information à
l'antenne. TV5, troisième réseau mondial de télévision
(derrière CNN et MTV), commence l'année 2003 en
fanfare.
"En un an, le nombre de téléspectateurs
potentiels a crû de 15%", note son président,
Serge Adda, qui, en juin, demandera le renouvellement de son mandat.
Après avoir réussi, l'an dernier, à pénétrer
le marché britannique grâce à un accord avec
Rupert Murdoch, il n'est pas peu fier de celui qu'il vient de
signer au Japon, où, dés avril, 400 000 foyers,
abonnés d'un nouveau bouquet diffusé par satellite,
recevront la chaîne internationale de langue française.
TV5 a aussi amélioré sa présence
notamment en Inde, à Taïwan, à Hong-Kong et
en Afrique, où le signal est repris par tous les bouquets
du continent, et aux Etats-Unis. Disponible à New-York,
la chaîne a enregistré, en 2002, une croissance de
82% de son chiffre d'affaires américain, avec 160 000 abonnés
qui paient dix dollars par mois.
En matière de programmes, Serge Adda, qui
insiste sur le rôle éminent de TV5 dans la défense
de la diversité culturelle - "Notre mission est
de rapprocher les peuples", dit-il aussi-, s'est donné
pour objectif, afin de fidéliser l'audience, de produire
et de développer plus d'émissions propres. "Née
voici dix-huit ans comme un simple canal de rediffusion de programmes,
TV5 est devenue une chaîne mondiale de télévision
francophone qui affirme sa maturité et son identité",
note-t-il.
Il en veut pour preuve qu'outre la reprise des meilleures
émissions de l'audiovisuel public de langue française,
la chaîne propose désormais des émissions
animées par quelques-uns des "poids lourds" de
la télévision française, de Christine Ockrent,
qui, en compagnie de Xavier Lambrechts, propose "Une fois
par mois", un magazine géopolitique, à
Claude Sérillon et son "Rideau Rouge",
en passant par Bernard Pivot et son "Double Je",
co-produit avec France 2, Serge Moati, Frédéric
Mitterrand, Elisabeth Tchoungui,...
Trois grand journaux quotidiens
Ces personnalités complètent une programmation
où figurent également des "valeurs maison"
reconnues, en particulier Denise Epoté-Durand, Amobé
Mévégué, Lise Laure Etia et quelques autres
qui, dans leurs émissions, illustrent avec talent l'ouverture
de TV5 à toutes les cultures du monde. Quant à la
rédaction, c'est elle qui assure la réforme la plus
importante. Alors que, jusqu'à maintenant, elle se contentait
d'offrir de courtes séquences d'information, depuis le
31 janvier, elle produit quotidiennement, sous la direction de
Philippe Dessaint, trois grands journaux d'une demi-heure chacun.
Ils sont diffusés à 4h., 14h. et 22h. (heure de
Paris). Des horaires choisis pour que chaque grande région
du monde reçoive l'un d'eux à une heure de grande
écoute. Complété chaque jour par huit "flashes
tout en images", cinq "JT" de douze minutes et
la diffusion d'un grand journal de chacun des pays partenaires
(Belgique, Suisse, Canada-Québec), l'ensemble forme la
colonne vertébrale de la programmation et justifie à
lui seul la nouvelle signature de la chaîne, empruntée
à Blaise Pascal: "Le centre du monde est partout".
Serge HIREL