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N° 109
- Janvier-février 2003
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FRANCOPHONIE - FRANCE
La responsabilité historique des parlementaires
par Nicolas DUPONT-AIGNAN, Le Figaro
Une ratification du Protocole de Londres
sur les brevets serait contraire
aux intérêts comme aux valeurs de la France et de
la République.
Au mépris de la Constitution (qui stipule
que l'unique langue de la République est le français),
de la protestation de plus de 200 parlementaires toutes étiquettes
confondues et de l'hostilité unanime des institutions autorisées
(Conseil supérieur de la propriété intellectuelle,
Académie des sciences morales et politiques, Académie
française...), le gouvernement de Lionel Jospin a signé
en juin 2001 un protocole intergouvernemental (dit "de Londres")
dont la mise en oeuvre consacrerait davantage l'hégémonie
de l'anglais dans la vie économique française et
européenne.
En effet, les brevets déposés par
les entreprises n'auraient plus l'obligation d'être rédigés
dans la langue du pays où ils s'appliquent. Résultat,
ces dernières privilégiant par souci de commodité
la langue dominante, le protocole de Londres aggraverait de facto
la suprématie de l'anglais.
Comble des combles, Lionel Jospin n'avait même pas la possibilité
de se retrancher derrière l'alibi communautaire, cet accord
ayant été conclu dans un cadre strictement intergouvernemental,
ni derrière le prétexte d'un isolement de la France
en Europe, nombre de nos partenaires résolus à défendre
leur langue et leur économie (Italie, Espagne, Belgique,
Portugal et Autriche) ayant trouvé, eux, la force morale
de refuser le funeste protocole.
Néanmoins, pour entrer en vigueur, ce traité
doit d'abord être ratifié par le Parlement français.
Députés et sénateurs ont donc aujourd'hui
la responsabilité historique d'empêcher la triple
déroute, économique, juridique et linguistique,
qui nous menace.
Au plan économique d'abord: comment ignorer que l'anglais
deviendrait l'unique langue de référence en matière
technique et industrielle, favorisant les multinationales japonaises
et américaines (d'ores et déjà à l'origine
de la moitié des brevets déposés en Europe),
au détriment de la capacité d'innovation des sociétés
françaises, notamment les PME?
Juridiquement, ensuite. Le brevet étant un
contrat générateur de droits opposables à
tous, il va de soi que nos compatriotes pâtiraient d'une
inégalité en terme d'accès à l'information.
Quant aux traductions résumées dont se chargerait
à ses propres frais l'Institut national de la propriété
industrielle, elles ne pèseraient rien en droit face aux
texte d'origine en anglais. De plus, le coût de traduction,
jusqu'à présent assumé par les entreprises
elles-mêmes, serait entièrement supporté par
la collectivité, dispensant les multinationales étrangères
des dépenses correspondantes, dérisoires au regard
de leurs moyens financiers. Enfin, source de confusion, ces traductions
a minima conduiraient fatalement à des querelles byzantines
et à d'interminables conflits d'interprétation juridique.
N'oublions pas, enfin, le rude coup porté
au français lui-même: faire tomber en désuétude
notre langue dans la désignation des nouveautés
scientifiques et techniques, serait admettre sans le dire la perte
progressive de son statut international. Au total, ce serait ni
plus ni moins accepter d'en faire à moyen terme, une langue
morte.
La France serait-elle vraiment dans son rôle
de chef de file de la francophonie (dont elle se targue si souvent)
si elle se chargeait elle-même d'en mettre au tombeau le
ressort principal, sa propre langue? Ironie suprême, devrions-nous
alors espérer de nos amis du Québec, de Belgique,
d'Afrique et d'ailleurs, qu'ils défendent le français
à notre place?
Incontestablement, une ratification du Protocole
de Londres serait en tout point contraire aux intérêts
bien compris comme aux valeurs de la France et de la République.
Nicolas DUPONT-AIGNAN
Le Figaro