Union de la Presse Francophone
 

N° 109 - Janvier-février 2003

MEDIA - Nouveau-Brunswick

Inquiétude autour de la vente du journal Le Madawaska
par Eldred SAVOIE
Vice-président international de l'UPF (Amérique), président de la section acadienne.

Le quotidien francophone du Nouveau-Brunswick, Madawaska,
passe aux mains d'intérêts anglophones.

La vente du journal hebdomadaire "Le Madawaska" a suscité diverses réactions au Nouveau-Brunswick, les plus inquiètes provenant naturellement des milieux francophones. Non seulement il s'agit d'un hebdomadaire francophone qui passe aux mains d'intérêts anglophones, mais c'est un journal de plus qui tombe sous la coupe de l'empire économique du groupe Irving.
Au Nouveau-Brunswick, peu de gens échappent aux affaires de l'une des familles les plus riches du Canada. Les Irving sont dans l'agro-alimentaire, l'industrie forestière, les papiers, l'imprimerie, la quincaillerie, la construction, l'usinage, le transport, la poste, la navigation et les installations portuaires et bien-sûr l'énergie et le pétrole. "Indéniablement, écrit John DeMont dans son bestseller Citizen Irving (1991), les Irving ont été bons pour le Nouveau-Brunswick".

Situé à Edmunston, "Le Madawaska" fut fondé en 1913. Son propriétaire, Jean-Pierre Boucher, voulait vendre l'entreprise familiale au su de tous. Avec l'acquisition du "Madawaska", le groupe Irving, derrière sa filiale Brunswick News Inc., devient propriétaire d'un 17ème journal du Nouveau-Brunswick. Aujourd'hui la Brunswick News Inc. contrôle les quatre quotidiens anglophones de la province ("Telegraph", "Times", "Transcript", et le "Daily Gleaner"), 13 hebdomadaires (dont 5 distribués gratuitement), trois stations de radio et un site internet.
Ayant déjà pris le contrôle de la plupart des journaux anglophones du sud de la province, les acquisitions dans le nord et l'achat d'une institution légendaire telle que "Le Madawaska", effrayent. Le quotidien indépendant "L'Acadie Nouvelle" a déjà pris la peine de préciser dans un éditorial qu'il n'était pas à vendre !
D'après Rino Volpé, vice-président de Brunswick News Inc, les Irving lui ont donné toute latitude en ce qui concerne leur filiale média, le seul objectif étant le profit. Qu'en est-il de la couverture médiatique des événements, des positions éditoriales ? Le professionnalisme des journalistes n'est pas mis en cause. Les éditeurs peuvent faire un journal rentable sans pour autant amoindrir la qualité. Et, dit-on, les Irving ne mettent jamais les pieds dans les salles de rédactions.
Le débat contradictoire que l'on est en droit d'attendre de nos médias risque-t-il d'être amoindri par une trop grande uniformité d'opinions ? Les journalistes auront besoin d'être vigilants, sachant que dans le contexte politique actuel, les informations font de plus en plus l'objet de contrôle et de manipulation.

Eldred SAVOIE
Président de la section acadienne
de l'UPF.