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N° 109
- Janvier-février 2003
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MEDIA - Maroc.
Télévision
ENTRETIEN avec Samira
SITAIL
Directrice de l'information
de la chaîne nationale 2 M
par Maya LARGUET-JDAINI, Yasmina
"Je
refuse de me voir dicter ce que je dois dire"
Quinze ans de journalisme ont fait de Samira
Sitail une vedette reconnue de la télévision marocaine.
Elle occupe depuis près de deux ans le poste très
convoité de directrice de l'information de la deuxième
chaîne nationale, 2M. Elle revient sur son parcours, dans
le troisième numéro du mensuel "Yasmina".
- Où avez-vous grandi ?
Je suis née et j'ai grandi en France. Mes parents ont quitté
le Maroc au milieu des années 60. Mais nous revenions en
vacances au Maroc chaque année.
- Peut-on dire que vous êtes issue d'une
double culture ?
Tout à fait! Je revendique mon identité française
et mon identité marocaine. Ma manière de vivre, de
penser, ma vision de la vie ont été influencées
par mes années passées en France et je me refuse à
choisir entre ces deux identités.
- Pourquoi avoir décidé de rentrer
au Maroc ? Par obligation ou par choix ?
En 1987, je suis allée au Maroc pour les vacances et j'ai
demandé un stage à la TVM, la première chaîne
nationale. Ils m'ont proposé de m'embaucher. Moi qui étais
partie au Maroc en vacances, je n'en suis jamais revenue!
- Quelles qualifications aviez-vous
alors?
J'avais une licence d'anglais et un diplôme de journalisme
audiovisuel. Ce qui m'intéressait vraiment, c'était
le journalisme audiovisuel. J'ai enchaîné les stages
à Canal Plus, France 2, TF1, dans des maisons de production
et des radios.
- Comment s'est faite votre adaptation au Maroc?
Il a fallu que je m'adapte au pays. Cela n'a pas toujours été
sans heurts. J'ai travaillé pendant deux ans et demi pour
la première chaîne TVM. A cette époque, les
sujets tabous étaient nombreux. En 1988, j'avais décidé
de faire un reportage sur le sida alors que personne n'en parlait.
La rédaction ne voyait pas mon travail d'un bon oeil mais
m'avait quand même autorisé à le faire. Puis
elle a refusé de le diffuser. J'ai alors contacté
"L'Opinion", un journal d'opposition, qui a publié
mon article en première page. J'ai reçu un avertissement
mais quelle satisfaction!
- Vous avez ensuite fait partie de l'aventure
de la nouvelle chaîne 2M...
Je suis entrée à 2M en mai 1990, un an après
sa mise sur pied. Cette chaîne cryptée était
thématique (sport et cinéma), et l'information y était
secondaire; mais ce nouveau média privé était
considéré comme la chaîne qui brisait les tabous.
J'animais à l'époque deux émissions. Dans "L'homme
en question", j'interrogeais des personnalités sur
des sujets jusque-là ignorés. La seconde, "Edition
spéciale", était un débat d'actualité
sur des thèmes comme la prostitution, le sida... C'était
une vraie révolution.
- La chaîne a été nationalisée
en mai 1996. Cela a-t-il eu un effet sur votre travail?
Oui, en quelque sorte... En 1995, j'avais été nommée
rédactrice en chef de l'édition francophone du journal
télévisé. Les choses avaient changé
et les gens voulaient parler. Mais, en mai 1996, l'Etat à
racheté 70% des parts de la chaîne et la censure a
refait surface. J'ai donc démissionné. Je suis journaliste,
je refuse de me voir dicter ce que je dois dire.
- Vous êtes aujourd'hui directrice de
l'information à 2M. Comment parvient-on à ce poste?
Après quinze ans de travail! En 2000, le nouveau directeur
général de 2M m'a proposé ce poste de directrice
de l'information, qui était une création. J'ai d'abord
refusé puis j'ai fini par accepter en mai 2001.
- Le fait d'être une femme à un
tel poste change-t-il quelque chose?
Oui! Avant, je disais de bonne foi que cela ne changeait rien. Depuis
ma nomination à ce poste très convoité, je
ressens les choses différemment. Toute promotion est controversée
mais lorsque vous êtes une femme on vous attaque sur un terrain
différent. Sur la coiffure, l'habillement. On me reproche
aussi de ne pas parler assez bien l'arabe, or je n'ai pas à
me justifier. Un bon chef d'orchestre n'a pas besoin de savoir jouer
de tous les instruments. Je veux bien être jugée, mais
pour ce que je fais et non pour ce que je suis.
- Quel bilan faites-vous après un an
et demi à la direction de l'information?
Très positif. La mobilisation interne des équipes
pour les élections a été extraordinaire. J'ai
aussi réussi à structurer et organiser la rédaction
mais ma plus grande fierté est d'avoir décloisonné
les rédactions arabophones et francophones. Désormais,
il n'y a plus qu'une seule rédaction, avec une même
vision. La question de la langue ne se pose plus, c'est une seule
dynamique.
Entretien avec Samira SITAIL
directrice de l'information de 2M
Propos recueillis par Maya LARGUET-JADAINI
Yasmina
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