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N° 111
- mai-juin 2003
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LANGUE FRANCAISE
Jean-Jacques AILLAGON,
ministre de la culture et de la communication (France),
Extraits du discours prononcé le 5 juin 2003
pour la remise des prix Roland-Dorgelès
Le prix Roland-Dorgelès,
présidé par le journaliste et écrivain Michel
Tauriac, honore chaque année des professionnels de l'audiovisuel
contribuant au rayonnement de la langue française. Il a
été décerné cette année à
Patrick de Carolis pour l'émission "Des racines
et des ailes" (France 3) et à Frédéric
Mitterrand pour ses émissions hebdomadaires à
la radio (Europe 1).
Le
français, notre maison commune
Je témoigne ma gratitude à tous ceux,
journalistes, animateurs, présentateurs, producteurs d'émissions
de radio et de télévision qui portent très
haut cette ambition de servir notre langue.
Tous se sont particulièrement distingués, comme
nous y invitait d'ailleurs Joachim du Bellay, dans la défense
et dans l'illustration de la langue française. Cette
langue, notre langue, est bien, en quelque sorte, notre maison
commune, celle que nous habitons tous ensemble, celle que des
générations d'écrivains ont érigée,
ont enrichie, ont illustrée, que les pouvoirs publics,
avec plus ou moins de fidélité, mais plutôt
beaucoup d'enthousiasme, ont promue et défendue. Cette
volonté politique d'agrandir et d'embellir cette maison
commune aura, tout compte fait, rarement fléchi, depuis
François 1er, tissant ainsi entre l'Etat et les lettres,
entre l'Etat et la langue, une subtile alliance.
Cette alliance doit être préservée.
Le français, langue de la République, doit continuer
à être le foyer de notre pensée - je dis foyer
parce que je pense à un feu qui brûle - de notre
façon de ressentir le monde, de notre façon de sentir
les choses, de voir, de comprendre les choses et les hommes.
Cette langue, qui forge une grande partie de notre
sensibilité, qui forge une grande partie de notre identité,
nous devons la faire vivre et lui permettre de conserver, dans
le monde, cela va de soi, mais également en France, le
rang, le rôle qu'elle a conquis ; s'agissant du monde, naturellement,
à côté des autres grandes langues de culture
et de civilisation. Ce que la culture française a pu apporter
au monde, c'est en français qu'elle l'a fait.
Une langue en effet n'est pas qu'un véhicule
neutre, un moyen, un outil pour le travail ou pour l'échange
et la communication, mais le lieu même, l'espace même
où se forge, se conserve, se transmet tout l'appareil des
pensées, tout l'appareil de la pensée et des valeurs.
C'est la langue qui dit ce que nous voulons, ce que nous sommes,
ce que nous voulons être. C'est la raison pour laquelle
la commodité, que certains ressentent très fortement,
d'une langue de communication internationale ne saurait remplacer
l'infinie richesse des langues nationales et parfois, d'ailleurs,
des langues qui recouvrent des bassins de populations bien moindres
que ceux d'une nation. Rien n'est parfaitement transposable d'une
langue à l'autre, malgré tout le talent des interprètes,
et il y a beau temps, vous le savez, qu'un vieux dicton italien
nous rappelle que la meilleure des traductions est toujours une
petite trahison. Dans le combat pour le plurilinguisme où
s'est engagé notre pays, en Europe et dans le monde, c'est
la diversité culturelle que nous défendons, diversité
culturelle cruciale, vitale, aussi nécessaire à
mes yeux que la diversité biologique ou que la diversité
écologique.
Le français, notre langue, nous constitue.
Elle est également l'instrument par lequel on devient français.
Le français est cet espace où nous accueillons ceux
qui ont fait le choix de venir vivre, travailler, penser, parler
avec nous. La réussite de leur entrée dans notre
communauté humaine, dans notre communauté culturelle,
dans notre communauté nationale exige bien qu'ils acquièrent
confiance et confort dans leur parole et leurs échanges,
et qu'ils puissent, par une pratique heureuse, souple, vivante
de la langue que nous partageons, partager à leur tour
notre culture et notre citoyenneté. Le contrat d'intégration
qui est en cours d'élaboration prendra pleinement en compte
cette absolue nécessité du partage de la langue,
d'un partage généreux, sans reniement des langues
d'origine, bien sûr, mais c'est bien par cette langue qu'on
devient totalement solidaire du destin de ce pays.
Du reste, c'est bien à l'ensemble du gouvernement
que, conscient de ces enjeux, le Premier Ministre a assigné
comme priorité le souci de notre langue, de son enrichissement
comme de la qualité de sa pratique, conditions nécessaires
à la vitalité de la République elle-même,
et nécessaires à la place de la France dans le monde.
Jean-Jacques
AILLAGON,
ministre de la culture et de la communication
remise des prix Roland-Dorgelès,
Paris,
5 juin 2003