Union de la Presse Francophone
 
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N° 111 - mai-juin 2003

MEDIAS
Sally MESSIO
à Douala

Presse camerounaise
La valse des titres

Bien malin celui capable de dire combien de journaux sont publiés au Cameroun et quelle est leur périodicité tant le paysage médiatique est coloré, divers, changeant.

Les journaux paraissent et disparaissent au gré des événements, de l'actualité, des occasions ou des nécessités. On pourrait citer de mémoire quelques journaux, les plus réguliers dans les kiosques, à Douala comme à Yaoundé : "Cameroon Tribune", le quotidien pro-gouvernemental, journal d'informations politique, économiques, culturelles et commerciales ; "Mutations", le deuxième quotidien de la République, journal qui comme le précédent paraît à Yaoundé ; "Le messager" ; "La Nouvelle Expression" ; "Dikalo" ; les trois tri-hebdomadaire du pays ; "L'Effort Camerounais", le journal de l'Eglise catholique, tout doucement sorti de l'information religieuse pour entrer dans l'information politique, économique et sociale, tout en gardant la ligne éditoriale ecclésiastique.

Une troisième catégorie de parutions, la presse hebdomadaire figure elle aussi dans le panorama ; Une fois par semaine, "Le Nouvel Indépendant", "Aurore Plus", "Le Satellite", "L'Aube Nouvelle" réécrivent l'histoire à leur manière, essayant tant bien que mal de se coller à l'actualité, mais privilégiant assez souvent "les dossiers", même si la plupart du temps, "ce dossier" n'est constitué que de commentaires n'engageant que l'auteur de l'article et son directeur de la publication.
Vient alors la multiplicité d'écrits qui paraissent le temps d'un règlement de comptes, d'une actualité pointue d'un événement à forte connotation économique, donc commercialisables. L'occasion de faire publi-reportages sur publi-reportarges afin de gagner un peu d'argent, l'occasion aussi de fouiller dans les poubelles et de rédiger l'un de ces articles au vitriol fondé sur la rumeur. Peu importe, l'essentiel est de bien vendre… En attendant le prochain scoop. Les plus débrouillards des éditeurs réussissent à s'en sortir ainsi au fil des ans et imposent dans les kiosques des titres qui viennent et qui vont, mais toujours reconnaissables par le lecteur. Les moins débrouillards changent de titres à chaque parution, les délais entre les deux parutions étant si fluctuants que l'on a de la peine à pouvoir "pérenniser le nom d'un journal". Ceci donne évidemment l'impression qu'un titre est né, a vécu quelques mois, et est mort de sa belle mort. La réalité est tout autre : derrière un nouveau titre se cache généralement la même équipe de journalistes. Ils ne changent de nom que pour donner l'illusion de la nouveauté.

Cette valse des titres dans les kiosques donne ainsi l'impression d'une richesse réelle de la presse écrite. Dix, vingt ou trente titres par semaine, nouveaux et anciens, se disputent les étals des marchands de journaux. Cette impression de richesse est d'autant plus renforcée qu'aujourd'hui créer un journal est à la portée de tout le monde. Il suffit d'une demande timbrée déposée auprès de la préfecture de la localité du siège de votre future publication pour exercer le métier de journaliste et devenir directeur de publication. Conséquence : en jetant un coup d'œil sur la liste des autorisations dans les services de la préfecture, on a l'impression que le Cameroun compte au moins une centaine de publications, hebdomadaires et tri-hebdomadaires. Autre conséquence : une pluralité de tons et de lignes éditoriales qui ne respectent pas toujours la déontologie du métier ou l'éthique professionnelle.

Pendant longtemps le ministère de la Communication en collaboration avec le ministère de l'Administration territoriale s'est battu pour contrôler, visser et régenter le contenu de la presse écrite. Entre les saisies brutales et les détentions abusives des journalistes et leurs directeurs de publication, la presse écrite privée a pu s'offrir ses galons d'or. Arrêter un directeur de publication ou saisir un journal signifiait "une bonne information que l'on veut nous cacher à nous lecteurs". Du coup les lecteurs se ruaient sur les exemplaires vendus avant la saisie, les dévoraient en cachette et faisaient ainsi la notoriété d'un journal, ce qui finissait par l'imposer sur le marché. Au nom de la "démocratie apaisée", les saisies de journaux et les descentes de police dans les sièges de publications sont devenues rares, mais elles continuent d'avoir cours… avec une brutalité gratuite.

Sally MESSIO
à Douala