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N° 111
- mai-juin 2003
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MEDIAS
Vladimir de GMELINE
Valeurs actuelles
Jean-Christophe Grangé,
reporter à suspense
Il a couru le monde comme grand reporter.
Aujourd'hui, à quarante-deux ans et quatre romans, il est
le seul Français à rivaliser avec les maîtres
du suspense américain.
Sans leur ressembler.
Jean-Christophe Grangé se trouve en ce moment
quelque part en Asie. Un mois d'enquête sur les juges incorruptibles.
Auparavant, il avait rencontré leurs homologues qui, face
à la violence qui règne dans les grandes villes
d'Amérique du Sud, tentent malgré tout d'y exercer
leurs fonctions. De chaque reportage, Grangé revient avec
des carnets noircis de notes. Une partie servira à ses
articles. Le reste, lentement digéré, réapparaîtra
plus tard, peut-être, dans un de ses romans.
Dans "l'Empire des loups" (Albin Michel), son
dernier-né, le souci des détails, la rigueur du
travail documentaire qui ont précédé la rédaction
du livre, donnent tout leur poids à une histoire où
se mêlent réalisme et fantastique. Cerveaux manipulés,
"serial-killers", policiers aux personnalités
complexes et inquiétantes s'y croisent dans le quartier
turc, au beau milieu de Paris.
Etrange trajectoire que celle de cet enfant de Nanterre, grandi
entre sa mère et sa grand-mère et nourri de littérature
classique. Lorsqu'il termine ses études de lettres à
la Sorbonne, la tête pleine de Proust et de Flaubert, c'est
un vrai sédentaire. Il n'est jamais allé plus loin
que l'Espagne et croit, bercé par de douces illusions et
la proximité du jardin du Luxembourg, que les écrivains
mènent le monde. Il s'aperçoit vite que ce sont
les pharmaciens. Et se retrouve à rédiger des slogans
pour des agences de publicité et de communication.
Jusqu'au jour de cette rencontre, dans une agence de presse, avec
Pierre Perrin, photographe baroudeur qui prépare une grande
série sur les tribus nomades et décide de l'emmener
avec lui.
En un an, Jean-Christophe Grangé découvre les Pygmées,
les Touaregs, les Esquimaux, les Tziganes et les éleveurs
de rennes en Mongolie. "C'était très rustique!
confie Perrin. Il a été un peu décontenancé
au départ, mais a tout de suite "été
au carton". Malgré l'inconfort, il a pris tout ça
à bras-le-corps et ne s'est pas renfermé. Jusque-là,
il n'avait rien vu: il a découvert la montagne en Mongolie
et la mer en Birmanie". Grangé se gorge de sensations,
comme une éponge. Sans doute beaucoup plus que s'il avait
commencé à voyager jeune. Il n'est pas blasé,
il n'y a chez lui aucune lassitude, juste une formidable envie
de découvrir.
La collaboration avec Pierre Perrin dure encore. Leurs reportages
sont publiés dans Paris-Match, VSD, au Figaro
Magazine: "Nous nous intéressons beaucoup aux
destins. Il y a quelque temps, nous avons effectué une
très longue enquête sur les profileurs".
C'est d'ailleurs un de leurs reportages, sur les oiseaux migrateurs,
qui inspirera à Grangé son premier livre, "Le
Vol des cigognes". Suivent "Les Rivières
pourpres", qui le propulsent en tête des ventes,
et "Le Concile de pierre", qui assoit définitivement
son statut d'auteur de best-seller. "Il a un imaginaire
incroyable, souligne Perrin. Je suis toujours surpris de
voir ce qu'il écrit alors que nous avons vu les mêmes
choses".
Pour arriver à ce résultat, Grangé s'impose
une discipline spartiate, se lève avant l'aube, quand tout
est silencieux, pour imaginer ses terribles intrigues. C'est le
prix de cette liberté formidable, vivre en racontant des
histoires, et qu'il n'est pas prêt de lâcher. Ses
expériences avec le cinéma ne lui ont pas laissé
que de bons souvenirs: il ne veut plus se consacrer qu'à
ses livres et aux reportages, sa meilleure source d'inspiration.
renforcée par des obsessions et une imagination débridée
qui peuvent paraître tordues.
Mais, fidèle à ses premières amours, c'est
à la littérature du XIXe siècle qu'il réserve
ses heures de lecture.
Vladimir de GMELINE
Valeurs actuelles