Union de la Presse Francophone
 
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N° 111 - mai-juin 2003

MEDIAS
Serge HIREL
envoyé spécial

La Réunion, Hourtin du Grand Sud

Pour sa 8ème édition, l'Université de la Communication de l'Océan Indien a travaillé sur le thème des "alliances". Un choix judicieux dans une région où l'île française se doit de regarder vers ses voisins encore en développement.

Dans le petit monde des professionnels français de la communication, qu'ils soient spécialistes des tuyaux ou des contenus, il y avait jusqu'alors Hourtin et son incontournable Université de la fin août. Aujourd'hui, sur le même modèle, un réseau s'est créé, qui, de Nouméa à Santiago, de Sarajevo à Cayenne, en passant par la Martinique, devient aussi un passage obligé pour tous ceux qui, de par le monde, veulent réfléchir aux moyens de maîtriser les nouvelles technologies, de peser sur les liens politiques, sociaux, économiques et culturels qu'elles font émerger.
Ce Réseau International des Universités de la Communication (RIUC) poursuit ainsi le même objectif que la manifestation d'Hourtin, créée, voici vingt-quatre ans, par Marcel Desvergne et le Crépac d'Aquitaine, un organisme proche des milieux enseignants.

"Une source d'enrichissement mutuel". "En ces temps de mondialisation, nous voulons faire de la communication, non pas une arme, mais un outil, une source d'enrichissement mutuel qui peut irriguer tous les champs de l'information, de la distraction, de la production, des médias, de la culture, de la santé", explique Guy Le Toullec, président de l'association ECI (Echanges, Communications, Informations), qui, à la mi-mai, a accueilli, à Saint-Paul de La Réunion, cinq cents participants à sa 8éme Université de la Communication de l'Océan Indien (UCOI), sur le thème: "Le temps des alliances".
Dans cette île française de l'Océan Indien, ce choix était particulièrement judicieux. Le multiculturalisme de la population y est une réalité déjà ancienne. Rattachée à un grand pays du Nord, elle baigne pourtant dans une zone du Sud où le sous-développement, qui est encore la norme, exige une entraide régionale. Enfin, sa position géographique la met au contact de l'Afrique, mais aussi de l'Inde, voire du monde asiatique. De plus, comme ceux de Maurice, les pouvoirs publics locaux de La Réunion entendent profiter des nouvelles technologies pour rompre l'isolement, pour mettre en valeur les ressources et les savoir-faire, pour tisser des liens plus étroits avec les populations voisines.
Quelques élus, de nombreux responsables de services publics, des enseignants, des chercheurs, des journalistes, étaient présents à Saint-Paul, venus en voisins, mais aussi des îles de la région (Madagascar, Maurice, Comores), d'Afrique et d'Europe, pour animer ou participer à une quarantaine de débats.

Liberté de presse: dénoncer, mais aussi former. Comme à Hourtin, quel que soit le sujet, ateliers et tribunes ont tous attiré un large public, d'autant plus passionné que les intervenants se livraient à des échanges parfois bien vifs. On se souviendra particulièrement de la rencontre entre trois des dirigeants des médias de l'île -Dominique Richard pour RFO, Jean-Louis Rabou pour "Le Quotidien", et Camille Sudre, pour Radio-Freedom, ou encore des discussions qui, au fil de l'Université, ont opposé Dominique Wolton, le chercheur "médias" du CNRS, et Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans Frontières, sur la manière d'appréhender "la culture" ou l'aculture" américaine.
Tenter une synthèse de tous les travaux de cette Université est une tâche impossible. Pourtant, durant ces quatre jours, plusieurs "fils rouges" sont apparus, dont deux, au moins, concernent directement les journalistes. Des différents ateliers consacrés aux médias, on retiendra, d'une part, que seul le respect de l'éthique professionnelle, de la déontologie, maintient la confiance du public -quelques dérapages récents en Irak l'ont encore prouvé-, d'autre part, qu'aujourd'hui encore, dans de trop nombreux Etats, notamment africains, la liberté de presse n'est pas suffisamment assurée.
Une situation que les journalistes qui bénéficient de cette liberté doivent bien sûr dénoncer haut et fort à chaque manquement, mais qui doit aussi être traitée en profondeur. Nombreux sont ceux qui, comme le soutient l'Union internationale de la Presse Francophone (UPF), estiment qu'un changement durable dans l'attitude des autorités politiques passe par la professionnalisation des journalistes -donc par leur formation- et par des pressions, les unes officielles, d'autres moins médiatisées, pour que ces Etats se dotent d'un cadre juridique et économique stable permettant aux médias d'exercer normalement leur rôle.

"Tenir compte de la diversité des besoins". La 8ème UCOI, largement soutenue par le conseil régional de La Réunion, a aussi permis à celui-ci de présenter sa politique en matière de NTIC. "Notre premier souci, c'est la fracture numérique", a dit Guy Jarnac, son vice-président, qui détermine trois défis à relever: "l'égalité des chances, l'égalité d'accès aux réseaux, l'égalité économique". Ce qui a conduit Paul Vergès, président de cette collectivité territoriale, à signer tout récemment une convention avec EDF pour le déploiement, sur le réseau haute tension, de fibres optiques à haut débit. Elles permettront à tous les opérateurs de télécommunications présents sur l'île d'offrir les services les plus performants dans chacune des communes de l'île. Une première technologique dont aucune région métropolitaine ne bénéficie aujourd'hui...
Quant à la réponse générale à apporter au thème des "alliances", elle fut donnée d'entrée de jeu par Karl Offmann, président de la République mauricienne, que Roger Ramchetty, délégué général de l'UCOI, eut l'honneur d'accueillir lors de la séance inaugurale. "Pour que la mondialisation soit facteur d'intégration des pays pauvres, elle doit être gérée, contrôlé, orientée", a-t-il dit, affirmant qu'elle doit non seulement "éviter les perspectives uniformes, respecter les cultures et les traditions nationales", mais aussi "tenir compte de la diversité des besoins des nations". "Chacun doit se développer à son rythme, trouver sa clé", a-t-il ajouté, tout en souhaitant l'émergence de "structures régionales" et "un vrai partenariat du Nord vers l'Afrique". "Pour que la mondialisation soit acceptable, il faut qu'il n'y ait pas de perdants, ni de gagnants", a-t-il conclu.

Serge HIREL