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N° 111
- mai-juin 2003
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IDEES
Denis JEAMBAR
L'Express
Bombe à retardement
Quarante millions d'enfants de moins de
quinze ans grandissent dans le Maghreb sans espoir réel
d'y trouver du travail dans les années qui viennent.
Dans la genèse du nouveau monde en train
de naître, la démographie va jouer un rôle
essentiel. En particulier pour la France, confrontée à
une bombe à retardement dont nul ne prend encore la mesure.
40 millions d'enfants de moins de quinze ans grandissent, aujourd'hui,
dans les trois pays du Maghreb - Algérie, Maroc, Tunisie
- sans espoir réel d'y trouver du travail dans les années
qui viennent. Il faudrait, en effet, que ces Etats connaissent
une croissance supérieure à 8% par an dans les prochaines
années pour absorber cette marée montante de demandeurs
d'emploi. L'avenir de ces gosses est, malheureusement, dès
maintenant écrit: il s'appellera désespoir et révolte.
Ou immigration. Cette impasse démographique nous concerne
tout autant que les gouvernements algérien, marocain et
tunisien. Nous ne pouvons courir le risque de voir enfler encore,
à nos portes, la masse déjà considérable
des exclus. Rejetée, cette jeunesse se radicalisera contre
la domination universelle du capitalisme et basculera dans un
fondamentalisme explosif. Ou bien elle viendra chercher un avenir
économique en Europe, et surtout en France, l'ancien pays
colonisateur. La montée des tensions entre les deux rives
de la Méditerranée est donc inscrite dans ce baby-boom
maghrébin, car il est impossible que la croissance française
ou européenne puisse canaliser cette vague. Le compte à
rebours est en marche et le silence qui entoure son tic-tac est
stupéfiant. Il revient, pourtant, à la France et
à l'Europe, si l'on veut éviter de grands désastres,
de voler au secours du Maghreb pour y doper la croissance. Le
défi qui nous est lancé est tel qu'il n'est pas
d'autre issue qu'un vaste "plan Marshall" qui permettrait
à nos trois grands voisins d'Afrique du Nord de décoller.
Le sort de ces 40 millions d'enfants est aussi entre nos mains.
C'est un état d'urgence.
Denis JEAMBAR
L'Express