|
N° 111
- mai-juin 2003
|
MEDIAS
Jasmina DZABIC
Agence de presse FoNet, Belgrade.
Le combat des journalistes serbes
Les médias indépendants en Serbie
étaient, avec les partis d'opposition et les organisations
non gouvernementales, un des piliers les plus importants de la
lutte contre le régime de Slobodan Milosevic. De nombreux
journalistes professionnels voulant apporter un traitement impartial
de l'information dès le commencement des conflits dans
l'ex-Yougoslavie, au début des années 90, ont été
chassés des médias publics quand ils ne sont pas
partis de leur propre volonté pour ne pas participer à
la propagande haineuse du gouvernement.
C'est à cette époque que s'est créé
un réseau informel de journaux, radios et télévisions
indépendants qui ont dû essuyer les foudres du régime
: beaucoup ont été fermés, d'autres ont été
obligés de payer des amendes exorbitantes après
que Milosevic ait fait voter une loi sur le droit d'informer draconienne.
Le harcèlement des journalistes était devenu la
norme. Désigné comme traîtres, menacés,
ils étaient interrogés par la police, parfois arrêtés
et jetés en prison pour leurs écrits ou tout simplement
parce qu'ils étaient opposants au régime.
Le point culminant a été atteint lorsque
le journaliste Slavko Curuvija, directeur du quotidien indépendant
Dnevni Telegraf, fut assassiné lors du bombardement de
l'OTAN en avril 1999. Tué en plein jour, devant sa maison
au centre de Belgrade : l'avertissement était clair pour
tout journaliste qui aurait osé critiquer la politique
de Milosevic. Une enquête récente a d'ailleurs démontré
que les assassins de Curuvija appartenaient aux forces spéciales
de Milosevic.
Malheureusement les efforts des journalistes indépendants
n'ont pas payé durant cette période : hors du pays,
on n'entendait que les voix des propagandistes à la solde
de Milosevic. L'étranger voyait tout le peuple serbe comme
les "méchants" de l'histoire. A l'époque
nous ne pouvions expliquer que d'autres voix existaient à
Belgrade, que nous n'étions pas tous des partisans obéissants
au régime.
Il serait cependant injuste d'oublier de préciser
que durant la guerre, les médias indépendants ont
pu recevoir l'aide technique et matérielle de différents
pays étrangers. Dommage que de leur côté ces
mêmes pays n'aient pas pu empêcher la satanisation
du peuple serbe.
En octobre 2000, la chute de Milosevic fut vécue
comme une véritable victoire par tous les journalistes
indépendants du pays qui avaient lutté âprement
contre le régime. Aujourd'hui la liberté de la presse
existe. Malheureusement bien des efforts restent à faire
dans ce domaine notamment du côté des "pressions"
dont les journalistes sont régulièrement victimes.
Et puis il y a ces journalistes qui ont retourné leur veste
: anciens partisans de Milosevic, nouveaux chantres de la démocratie
qui parfois jouent sur deux tableaux. On les a ainsi vus dans
l'affaire de l'assassinat du Premier ministre serbe Zoran Djinjic,
en mars 2003, dénigrer le gouvernement actuel et voulant
réhabiliter l'ancien régime.
La lutte pour une information, juste, honnête et professionnel
n'a pas de fin. Ni ici, ni ailleurs.
Jasmina DZABIC
Agence FoNet, Belgrade.