Solidarités francophones
Les collectivités territoriales
françaises ont investi 6,3 millions d'euros
au Vietnam en cinq ans
Pas moins de douze collectivités territoriales françaises
et treize collectivités vietnamiennes participaient aux
rencontres sur la décentralisation, le développement
local et la coopération internationale qui se tenaient
pour la première fois, jeudi 29 mai à Hanoï.
Ce succès d'affluence témoigne du mouvement de
rapprochement amorcé depuis une dizaine d'années
entre les collectivités des deux pays. Au-delà
de la participation, la qualité des échanges qui
ont eu lieu à cette occasion renforce l'importance des
5e assises de la coopération décentralisée
qui se tiendront les 13 et 14 octobre à Toulouse.
Le Vietnam occupe une des premières
places au titre des cofinancements pour les projets de coopération
décentralisée. Preuve de l'attention
portée au développement dans ce pays, outre le
ministère des Affaires étrangères, représenté
par Françoise Sellier, assistait à ce colloque,
ouvert par le président du Sénat, Christian Poncelet,
et coprésidé par le ministre des affaires intérieures,
Do Quang Trung, la conseillère chargée de la coopération
décentralisée au cabinet du Premier ministre,
Chantal Moreno.
Au cours des cinq dernières années, en effet,
6,3 millions d'euros au total ont été mobilisés
sur des actions de coopération décentralisée,
pour un total de 86 projets. Une cinquantaine de collectivités
territoriales ont un lien avec un partenaire vietnamien. Parmi
les plus actives et les plus anciennes, puisque son engagement
remonte à 1983, figure la région Nord-Pas-de-Calais
dont les actions de coopération ont connu une accélération
sous la présidence de Marie-Christine Blandin (Verts),
entre 1992 et 1998. Le Nord-Pas-de-Calais, qui développe
des partenariats avec trois régions vietnamiennes - Hué,
notamment avec le festival interculturel, Da Nang et Quang Nam
- plaide pour "une coopération équilibrée
sur l'ensemble du territoire", ainsi que tenait à
le réaffirmer le vice-président du conseil régional,
Eric Renaud.
Une grande majorité des actions de
coopérations concernent les secteurs de la santé,
de l'éducation et de la formation, mais aussi, de plus
en plus, la protection de l'environnement et l'assainissement
urbain, ainsi que l'agriculture. Plusieurs programmes
agroalimentaires ont ainsi été mis en oeuvre,
notamment en matière d'amélioration des semences
de riz ou de farines de nutrition, impliquant des unités
de recherche d'universités françaises, comme celle
de Lille. Dans un autre registre, c'est l'INRA de Corte (Corse)
qui participa à un projet de production porcine de qualité
dans le cadre du programme "Fleuve Rouge". Le séjour
de la délégation française au Vietnam a
permis de visualiser de manière très concrète
la réussite de l'expérience menée conjointement
par la ville de Hanoï et l'Ile-de-France. Dans un premier
temps la région francilienne a contribué à
la modernisation de l'exploitation de réseau de bus urbains
de la capitale du Vietnam. Ainsi depuis quelques mois, circulent,
au milieu du chassé-croisé ininterrompu des vélos
et des mobylettes, des bus rouge et jaune, dont la fréquentation
locale ne cesse d'augmenter. Une ligne expérimentale
de tramway devrait maintenant être mise à l'étude,
toujours en partenariat avec la région Ile-de-France,
et le maire de Hanoï, Huang Van Nguyen, n'a pas caché
son souhait, lorsqu'il a reçu M. Poncelet, que la réalisation
future en soit confiée à un constructeur français
si l'essai s'avérait positif.
La ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis), dont le maire, Jean
Pierre Brard, était présent à Hanoï,
a quant à elle mis en place des formes de coopération
originales. Elle développe, en effet, des échanges
triangulaires impliquant à la fois la province de Haï
Duong, au Vietnam, et la région de Kayes, au Mali, dont
de nombreux ressortissants sont installés dans la ville.
Ce programme porte en premier lieu sur la culture du riz, et
doit permettre de déboucher sur "une coopération
sud-sud". IL pourrait même se développer,
en matière de traitement des ordures ménagères,
avec un partenaire brésilien de la banlieue de Sao-Paulo.
C'est donc une multitude de projets impliquant
des collectivités françaises et vietnamiennes
qui sont actuellement à l'uvre ou à l'étude.
Ce qui n'a pas empêché nombre de participants,
d'un côté comme de l'autre, de critiquer des obstacles
bureaucratiques "et les difficultés de financements
auxquelles les acteurs de terrain continuent de se heurter."
La coopération, ça coûte un peu d'argent,
mais pas des sommes considérables, devait souligner M.
Brard. Les collectivités sont les petites mains qui garantissent
la qualité d'une coopération dont les gouvernements
doivent fournir le canevas".
Patrick ROGER
Le Monde