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N°
114 - décembre 2003
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LIBREVILLE
35e
Assises de la presse francophone
4 - 8 novembre 2003, Libreville, Gabon
Serge HIREL,
envoyé spécial
LES TRAVAUX DES
35e ASSISES
Les besoins: développer la formation
permanente,
revitaliser et réorienter la formation initial
Sur le fond, ont dit les congressistes, la formation
au journalisme reste la même. Mais il faut que les écoles
puissent développer la formation aux nouvelles technologies,
en enseignant les pratiques, mais aussi en forgeant les nouveaux
comportements quelles exigent. Quant à la formation
permanente, elle doit être accessible à tous les
professionnels motivés.
Au fil des interventions, quelles proviennent de la tribune
ou de la salle, les congressistes de Libreville ont dressé
le tableau de ce que devrait être lapprentissage du
journalisme aujourdhui. Ce qui, en bonne logique passait
dabord par la réponse à une question élémentaire
: quattend-on du journaliste dans le monde actuel ?
Sur le fond, les technologies modernes nont
rien modifié. La formule utilisée par Hervé
Bourges depuis longtemps est toujours dactualité
: «le journaliste doit être ni griot servile, ni détracteur
stérile». Il est passé le temps où,
dans les régimes à parti unique, lhomme de
presse était au service du pouvoir, au mieux de lEtat.
Cétait alors un agent de développement, chargé
comme dautres fonctionnaires, de promouvoir la politique
du gouvernement, sans apporter le moindre jugement. Aujourdhui,
la mission première du journaliste est de servir de relais,
de médiateur, entre les gouvernants et le peuple, entre
les dirigeants, quils soient politiques, économiques,
sociaux ou culturels, et le grand public. Un rôle particulièrement
délicat, dautant plus que le journaliste, contrairement
à lélu, autoproclame sa position.
La liberté de la presse
: une maîtresse exigeante. Au nom des autres,
en vertu de la liberté de presse la première
des libertés-, il recueille linformation, la vérifie,
lanalyse, la commente, la met en perspective, sautorise
même, souvent, à donner son opinion. A chaque instant,
il engage non seulement sa crédibilité, mais surtout
sa responsabilité.
La liberté de presse est sa maîtresse, intransigeante,
sans concession. Elle exige des hommes qui la servent du respect,
du doigté, de lesprit. Elle exige quils soient
rompus à ses attentes, quils nen fassent jamais
une catin docile, mais, au contraire, lélèvent
sur le piédestal qui lui sied.
Pour rencontrer leur public, se forger une clientèle, promouvoir
leurs idées, tous les médias ont dabord besoin
de tels journalistes. Le vivier naturel dans lequel ils devraient
pouvoir être sûrs de les trouver, ce sont les centres
de formation. Sur le fond, leur mission na pas changé.
Ils doivent mettre sur le marché du travail des hommes
de presse dotés dune bonne culture générale
et dune connaissance suffisante des pratiques professionnelles,
maîtrisant parfaitement les technologies quils devront
employer, connaissant tout aussi bien le cadre juridique dans
lequel ils vont évoluer que les règles de déontologie
quils devront observer.
De tels professionnels, ont dit les congressistes de Libreville,
doivent, en Afrique, pouvoir être au service aussi bien
des médias publics que des entreprises privées.
Ce qui est rarement le cas aujourdhui, ces dernières,
pour la plupart très fragiles économiquement, ne
pouvant payer les mêmes salaires que leurs confrères
qui bénéficient du statut de fonctionnaire de leurs
salariés.
Sur cette question, la balle est dans le camp des Etats, qui,
proclamant leur volonté de promouvoir le processus démocratique,
doivent accorder des aides aux médias qui en sont les garants.
De même quils doivent se préoccuper des difficultés
financières que rencontrent certains centres de formation,
sans pour autant intervenir dans le contenu des enseignements.
Les nouveaux médias exigent
dinvestir lourdement. Assaillis par les priorités
que sont la santé, léducation, lautosuffisance
alimentaire,
nombre de gouvernements, qui, aujourdhui,
ont gelé les embauches de journalistes-fonctionnaires,
ont aussi quelque peu « oublié » de les subventionner
à hauteur de leurs besoins et du service quelles
rendent à la nation.
Ainsi, à Yaoundé, lESTIC, qui, à sa
création, voici une trentaine dannées, était
une école privée soutenue par six des Etats dAfrique
centrale, a été intégrée à
lUniversité et ne reçoit plus aujourdhui
des subsides que du seul Cameroun. Ses locaux attendent une rénovation
urgente et lenseignement des pratiques audiovisuelles se
poursuit vaille que vaille, sans studio, sans régie technique
La situation de lESTIC, malheureusement, nest pas
un cas isolé et le sera de moins en moins dans les toutes
prochaines années si la prise de conscience de la gravité
du problème tarde encore. Les centres de formation, en
effet, sont aujourdhui tous confrontés à lobligation
de fournir de nouveaux enseignements pratiques. Il leur faut désormais
former plus de journalistes audiovisuels, plus de professionnels
qui iront travailler dans les médias électroniques.
Ce qui exige de leur part dinvestir lourdement dans les
matériels nécessaires à ces apprentissages.
Si, faute de financement, tel nest pas le cas, cest
la qualité de ces nouveaux médias qui en pâtira,
et donc la qualité de linformation.
Les participants aux 35e Assises de lUPF ont aussi beaucoup
insisté sur la nécessaire présence dans les
centres de formation de professionnels aguerris. Depuis quelques
années, comme en France, des filières « communication
» se sont développées en Afrique, dont le
personnel enseignant nest composé que duniversitaires
qui délivrent, certes, une formation de qualité,
mais très éloignée des réalités
du métier. « Nous avons besoin de praticiens, pas
de donneurs de leçons », ont dit plusieurs rédacteurs
en chef.
Une urgence : assainir la formation
permanente. Laccent a également été
mis sur les immenses besoins en formation permanente. Une formation
qui doit coller au terrain, répondre aux besoins précis
des entreprises, satisfaire directement leurs attentes. En ce
domaine, de graves dérives ont été dénoncées.
Telles ces associations offrant apparemment des formations, mais
créées en réalité dans le seul but
de récupérer des subventions. Ou encore ces journalistes
« de circonstance » qui, nappartenant à
aucun organe de presse, napparaissent que dans les stages
pour toucher des « per diem ».
« Au Mali, certains faisaient leur choix parmi les stages
proposés par lAIF en fonction de limportance
des indemnités accordées
», sest
émue Marie-Soleil Frère. « Il nous faut
désormais des stagiaires motivés, ce qui passe par
une véritable évaluation des résultats de
la formation et limplication réelle des directions
des médias concernés », a-t-elle ajouté.
Dailleurs, les congressistes ont aussi convenu que la formation
permanente ne devait pas être réservée aux
seuls journalistes, reporters, secrétaires de rédaction
et autres photographes. Les gestionnaires, les commerciaux, les
techniciens des entreprises de presse doivent aussi en profiter,
car ces services, qui côtoient la rédaction, ont
aussi à faire preuve dun vrai professionnalisme.
Il en va du développement économique de tout le
secteur des médias.
Enfin, toujours à propos de la formation permanente, les
participants aux assises ont fortement suggéré que
soient organisés des stages de formation de formateurs,
afin que, peu à peu, des professionnels du Sud prennent
le relais de ceux venus du Nord. Ce qui réduirait les coûts
financiers, mais aussi apporterait à ces stages une dimension
encore plus proche du terrain.
Serge HIREL
***
LE SOUTIEN DABDOU DIOUF. Dans
un message lu à Libreville, le secrétaire général
de lOrganisation Intergouvernementale de la Francophonie
salue « la démarche courageuse » de lUPF.
En labsence dAbdou Diouf, secrétaire
général de lOrganisation Intergouvernementale
de la Francophonie (OIF), cest Pierre-Abel Diratqui, au
cours de la cérémonie douverture des assises
de lUPF, qui a lu son message de soutien à «
la doyenne des organisations de lespace francophone.».
Se réjouissant du thème choisi par lUnion
pour ses travaux de Libreville, « la formation et le perfectionnement
des journalistes », un thème proche de deux des «
champs dactivités prioritaires » de son organisation
que sont la formation et léducation, Abdou Diouf
écrit dabord que « les médias sont au
cur de la Société de lInformation ».
« Une révolution porteuse de belles promesses »,
ajoute-t-il, en soulignant « la possibilité offerte,
grâce à lavènement des médias
numériques, de faciliter une meilleure insertion du Sud
dans le paysage mondial ».
Un impératif : la formation des hommes. Mais
le secrétaire général de lOIF reste
cependant prudent. « La Société de lInformation
pourrait aggraver la fracture numérique entre le Nord
et le Sud, qui commence déjà à sinscrire
dans les faits », juge-t-il, avant dappeler, «
face aux défis de la mondialisation », à
« la formation des hommes ».
Regrettant que « les fruits du travail entrepris depuis
plusieurs années pour élargir le paysage de la
communication en Afrique naient pas tenu leurs promesses,
qualifiant de « courageuse » la démarche
de lUPF en vue délaborer une nouvelle offre
de formation, Abdou Diouf poursuit en magnifiant le rôle
des médias. « Eléments déterminants
de la vie démocratique, puissants vecteurs de notre langue
française, ils constituent, pour nombre de citoyens,
la principale source daccès à linformation,
à la culture et au divertissement », écrit-il.
Doù le souci de lOIF d « encourager
toutes les initiatives visant à renforcer les capacités
des médias ». Une tâche confiée principalement
à lAgence Intergouvernementale de la Francophonie
(AIF), qui apporte, grâce au Fonds dappui à
la presse écrite francophone « les moyens financiers
nécessaires à la consolidation des entreprises
de presse privées du Sud ».
LUPF aux première loges du combat. Aujourdhui,
rappelle le secrétaire général de lOIF,
outre des sessions de formation nationales ou sous-régionales
destinées aux rédacteurs en chef et aux entrepreneurs,
lAgence intervient au Burkina-Faso, au Mali, au Niger,
en République Démocratique du Congo et au Congo-Brazzaville,
dans le cadre dun programme dassistance technique
au profit des quotidiens et périodiques dinformation
générale.
«Les résultats obtenus jusquici sont encore
largement en deçà de nos espérances »,
reconnaît Abdou Diouf, avant dindiquer que, «
loin de se relâcher, ces efforts de lAgence vont
être poursuivis».
« Il est réconfortant, conclut-il, que lUnion
Internationale de la Presse Francophone reste résolument
aux premières loges de ce combat pour la promotion, le
développement et la professionnalisation dune presse
pluraliste de qualité dans lespace francophone
».