Union de la Presse Francophone
 
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N° 119 - novembre-décembre 2004

EDITORIAL
par Hervé BOURGES
Président international de l'UPF

Liberté, liberté chérie

Le totalitarisme, la dictature sont les dangers majeurs pour la démocratie et le citoyen. La liberté de la presse, tous les textes universels et constitutionnels en attestent, est une condition essentielle et nécessaire de la démocratie.
Le journalisme libre, surtout s'il est fraîchement libéré et un peu ivre de cette liberté, en particulier s'il est exercé sans compétences et sans principes professionnels forts, constitue un danger pour les puissants mais aussi pour les citoyens modestes laminés par le pouvoir et l'arrogance de journalistes qui confondent leur rôle d'informateur et de commentateur pour s'ériger en policiers, en juges, en donneurs de leçons, voire en perroquets au service de la pensée unique, ou prisonniers du politiquement correct. L'absence de libertés est par nature oppressive. L'abus ou le mauvais usage de la liberté est à terme liberticide et peut générer un appareil répressif. L'équilibre se situe entre liberté et responsabilité, et devoir d'informer, droit d'être informé, entre droit de dire et respect de la personne. Les journalistes ont des droits et des devoirs, les citoyens ont le droit de confronter l'information reçue à la réalité vécue; la société doit organiser un compromis entre liberté et licence. Jamais la presse écrite, la radio, la télévision ne peuvent être des vecteurs de haine. La liberté de la presse est une liberté récente et fragile. Elle a deux cents ans dans certains pays, quelques années pour d'autres, aucune existence ailleurs. C'est dans un contexte mondial perturbé où règnent la force sans retenue et la violence aveugle que les 36e Assises de la presse francophone abordent du 18 au 21 novembre un thème particulièrement d'actualité: « la protection des journalistes: un enjeu démocratique ».

L'évolution du climat international et des conditions dans lesquelles les journalistes doivent remplir leur fonction d'information, partout dans le monde, notamment dans des situations de conflits, entraîne des conséquences lourdes et douloureuses: de plus en plus nombreux sont les journalistes menacés, voire assassinés, les pays où le droit à l'information est bafoué, les événements au cours desquels le travail des journalistes est freiné, ou au contraire canalisé et utilisé à des fins partisanes.
Parce que la liberté de la presse est l'un des piliers de la démocratie et de l'expression libre des idées et des opinions, l'Union internationale de la presse francophone a voulu - en organisant cette réflexion dans le cadre de ses 36e assises autour de quatre séances plénières consacrées au métier de journaliste, à la profession face aux Etats, et face aux pressions économiques et enfin à la Francophonie au service du pluralisme médiatique -, attirer solennellement l'attention des chefs d'Etat francophones sur la nécessité de protéger leurs journalistes, non seulement contre toutes les tentations de censure ou de limitation de la liberté de la presse, mais aussi contre les risques physiques qui pèsent sur eux dans les situations de crise. La participation de très nombreux journalistes, venus de tous les horizons, contribuera à donner à cet appel solennel une portée internationale, dépassant les seules limites de la Francophonie À nos yeux en effet cette organisation peut et doit devenir le bouclier de la liberté de l'information dans le monde.

Les journalistes sont les petits soldats des Lumières pour le combat du rationnel contre l'irrationnel, de la clarté de jugement contre la confusion des valeurs, du courage éthique contre la tiédeur, le suivisme et la manipulation, de la compétence professionnelle contre la déformation ou tout simplement l'approximation.

Hervé Bourges
président international de l'UPF.