Liberté, liberté chérie
Le totalitarisme, la dictature sont les dangers
majeurs pour la démocratie et le citoyen. La liberté
de la presse, tous les textes universels et constitutionnels
en attestent, est une condition essentielle et nécessaire
de la démocratie.
Le journalisme libre, surtout s'il est fraîchement libéré
et un peu ivre de cette liberté, en particulier s'il
est exercé sans compétences et sans principes
professionnels forts, constitue un danger pour les puissants
mais aussi pour les citoyens modestes laminés par le
pouvoir et l'arrogance de journalistes qui confondent leur
rôle d'informateur et de commentateur pour s'ériger
en policiers, en juges, en donneurs de leçons, voire
en perroquets au service de la pensée unique, ou prisonniers
du politiquement correct. L'absence de libertés est
par nature oppressive. L'abus ou le mauvais usage de la liberté
est à terme liberticide et peut générer
un appareil répressif. L'équilibre se situe
entre liberté et responsabilité, et devoir d'informer,
droit d'être informé, entre droit de dire et
respect de la personne. Les journalistes ont des droits et
des devoirs, les citoyens ont le droit de confronter l'information
reçue à la réalité vécue;
la société doit organiser un compromis entre
liberté et licence. Jamais la presse écrite,
la radio, la télévision ne peuvent être
des vecteurs de haine. La liberté de la presse est
une liberté récente et fragile. Elle a deux
cents ans dans certains pays, quelques années pour
d'autres, aucune existence ailleurs. C'est dans un contexte
mondial perturbé où règnent la force
sans retenue et la violence aveugle que les 36e Assises de
la presse francophone abordent du 18 au 21 novembre un thème
particulièrement d'actualité: « la protection
des journalistes: un enjeu démocratique ».
L'évolution du climat international et
des conditions dans lesquelles les journalistes doivent remplir
leur fonction d'information, partout dans le monde, notamment
dans des situations de conflits, entraîne des conséquences
lourdes et douloureuses: de plus en plus nombreux sont les
journalistes menacés, voire assassinés, les
pays où le droit à l'information est bafoué,
les événements au cours desquels le travail
des journalistes est freiné, ou au contraire canalisé
et utilisé à des fins partisanes.
Parce que la liberté de la presse est l'un des piliers
de la démocratie et de l'expression libre des idées
et des opinions, l'Union internationale de la presse francophone
a voulu - en organisant cette réflexion dans le cadre
de ses 36e assises autour de quatre séances plénières
consacrées au métier de journaliste, à
la profession face aux Etats, et face aux pressions économiques
et enfin à la Francophonie au service du pluralisme
médiatique -, attirer solennellement l'attention des
chefs d'Etat francophones sur la nécessité de
protéger leurs journalistes, non seulement contre toutes
les tentations de censure ou de limitation de la liberté
de la presse, mais aussi contre les risques physiques qui
pèsent sur eux dans les situations de crise. La participation
de très nombreux journalistes, venus de tous les horizons,
contribuera à donner à cet appel solennel une
portée internationale, dépassant les seules
limites de la Francophonie À nos yeux en effet cette
organisation peut et doit devenir le bouclier de la liberté
de l'information dans le monde.
Les journalistes sont les petits soldats des
Lumières pour le combat du rationnel contre l'irrationnel,
de la clarté de jugement contre la confusion des valeurs,
du courage éthique contre la tiédeur, le suivisme
et la manipulation, de la compétence professionnelle
contre la déformation ou tout simplement l'approximation.
Hervé Bourges
président international de l'UPF.