Union de la Presse Francophone
 
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N° 120 - janvier-février 2005

EDITORIAL
par Georges GROS
Secrétaire général international de l'UPF
Voir aussi : Résolution du Xe Sommet sur les médias

Le Sommet de Ouagadougou assigne aux médias un rôle de premier plan

Les chefs d'Etat et de gouvernement francophones, en élaborant le «cadre stratégique décennal » qui définit leur vision du « développement durable au service de l'humanité », ont donné pour mission aux médias, et notamment à TV5, de promouvoir le français et la diversité culturelle. Ils se sont aussi déclarés inquiets des atteintes à la liberté de la presse.

Assaillis par la nécessité urgente de tenter de résoudre les multiples dossiers, parfois tragiques, de l'actualité de la Côte d'Ivoire à Haïti, des Grands Lacs au Proche-Orient, de la Somalie à l'Irak, les chefs d'Etat et de gouvernement francophones, réunis, fin novembre, à Ouagadougou, pour leur Xe Sommet, n'en ont pas moins travaillé sur les sujets de fond et les solutions que la Francophonie, par sa démarche de solidarité et de paix, préconise pour que le monde de demain soit plus respectueux de l'Homme.

Même si de nombreux médias, aveuglés par le fracas des armes et de la violence, ont presque occulté cet aspect des débats, les responsables des peuples francophones ont largement exprimé leur conviction que, pour servir l'humanité, la mondialisation devait être « équitable » et que les choix politiques, éco- nomiques, sociaux et culturels, pour être bénéfiques, devaient viser « le développement durable, à tous les niveaux, international, national, régional et local ».

Comme prévu depuis le Sommet de Beyrouth, en 2002, ils ont élaboré et approuvé un document qui définit le « cadre stratégique décennal de la Francophonie ». Ils ont aussi signé unanimement une « Déclaration de Ouagadougou », dans laquelle sont résumées tout à la fois la philosophie générale qui sous-tend l'action de la Francophonie et les solutions concrètes qu'ils préconisent pour résoudre les crises au cas par cas.

Dans ces deux documents, les chefs d'Etat et de gouvernement francophones, qui ont confirmé leur « détermination à promouvoir les principes et les engagements souscrits au titre de la déclaration de Bamako sur, les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés », abordent la question des médias et de leur rôle au sein de la société.

Sous le titre « Un développement attentif à la diversité culturelle et linguistique », ils ont rappelé leur « volonté de ne pas laisser réduire les biens et services culturels au rang de simples marchandises ». « La préservation de la diversité culturelle implique de s'abstenir de tout engagement de libéralisation à l'OMC en matière de biens et de services culturels », ont-ils aussi indiqué, après avoir réaffirmé leur soutien à « l'élaboration à l'Unesco d'une convention internationale sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques ». Cette convention, dont ils souhaitent « l'adoption en 2005, la ratification rapide et la mise en oeuvre effective », devra « souligner l'ouverture aux autres cultures », ont-ils précisé.

Dans ce même chapitre, les chefs d'États se sont également engagés à « assurer le statut et la promotion du français comme grande langue de communication sur le plan international et comme outil d'élaboration et de transmission des savoirs ». Ce qui conforte l'AUF dans son rôle, mais aussi TV5. « Nous veillerons à consolider dans nos pays le plus large accès de la population à TV5, en sa qualité de média international fédérateur du rayonnement, de la diversité culturelle et de la langue française », ont-ils écrit.

Cette volonté de développement de la chaîne mondiale de langue française figure également au sein du « cadre stratégique décennal ».

« La pérennisation de la réception de TV5 au bénéfice des populations » y est définie com- me l'un des « enjeux pour lesquels la Franophonie se mobilise ».

Renforcer la présence du français dans les NTIC

Dans ce document, les chefs d'Etat insistent aussi sur « l'accès multiplié aux technologies de l'information et de la communication », « l'un des domaines clés », disent-ils, qui permettront de réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement, notamment la réduction de la pauvreté, en Afrique subsaharienne.

Puis ce texte recense les actions à entreprendre dans les dix prochaines années dans le cadre des quatre « missions » de la Francophonie définies à Beyrouth. L'objectif de l'une d'elles est de « promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique ». Les médias ont là un rôle de tout premier plan. Et d'abord TV5, qui sera l'arme la plus sûre pour « renforcer la présence francophone dans le paysage audiovisuel international ». Pour « faire du français un vecteur d'expression de la modernité », précise le document, il faudra « renforcer sa présence dans les technologies de l'information et de la communication et favoriser son apprentissage ( ... ) par l'utilisation des médias et de ces technologies ». Quant à la mise en valeur de la diversité, elle passe notamment par « l'accompagnement et le soutien de la production nationale et locale ainsi que l'insertion des produits culturels, notamment audiovisuels, dans les circuits de diffusion et de commercialisation ».

Préoccupés par le sort réservé aux journalistes

Enfin, les chefs d'Etat et de gouvernement, ont adopté plusieurs « résolutions », soulignant ainsi l'importance parficulière qu'ils attachent à tel ou tel problème. A l'initiative notamment d'Omar Bongo Ondimba, président du Gabon, qui avait promis, lors des Assises de l'UPF à Libreville, en 2003, d'être le premier à aborder ce sujet, l'une d'elles concerne la liberté de la presse. Même si ce texte ne reprend pas expressément le souhait exprimé par les membres de l'Union que, plus jamais dans un pays francophone, un journaliste soit jeté en prison pour un délit de presse ou d'opinion, il n'en demeure pas moins que le sort réservé aux professionnels de l'information est désormais au premier rang des préoccupations des responsables politiques.

Confrontés à des « dérapages » encore trop nombreux, parfois soumis aux insultes et aux diffamations de « journalistes » qui n'en sont pas, épouvantés par les « médias de la haine », certains d'entre eux hésitent encore à franchir le pas, pourtant indispensable pour que la liberté de presse, élément fondateur de la démocratie, soit une réalité irréversible en terre francophone. A nous journalistes, par notre professionnalisme, par notre respect de la déontologie et de l'éthique, de les persuader de décréter cette dépénalisation partielle des délits de presse, sans attendre le prochain Sommet, à Bucarest, en 2006.

Georges GROS
Secrétaire général international de l'UPF

Voir la Résolution du Xe Sommet sur les médias