Le Sommet de Ouagadougou assigne aux médias un
rôle de premier plan
Les chefs d'Etat et de gouvernement francophones,
en élaborant le «cadre stratégique décennal
» qui définit leur vision du « développement
durable au service de l'humanité », ont donné
pour mission aux médias, et notamment à TV5,
de promouvoir le français et la diversité culturelle.
Ils se sont aussi déclarés inquiets des atteintes
à la liberté de la presse.
Assaillis par la nécessité urgente
de tenter de résoudre les multiples dossiers, parfois
tragiques, de l'actualité de la Côte d'Ivoire
à Haïti, des Grands Lacs au Proche-Orient, de
la Somalie à l'Irak, les chefs d'Etat et de gouvernement
francophones, réunis, fin novembre, à Ouagadougou,
pour leur Xe Sommet, n'en ont pas moins travaillé sur
les sujets de fond et les solutions que la Francophonie, par
sa démarche de solidarité et de paix, préconise
pour que le monde de demain soit plus respectueux de l'Homme.
Même si de nombreux médias, aveuglés
par le fracas des armes et de la violence, ont presque occulté
cet aspect des débats, les responsables des peuples
francophones ont largement exprimé leur conviction
que, pour servir l'humanité, la mondialisation devait
être « équitable » et que les choix
politiques, éco- nomiques, sociaux et culturels, pour
être bénéfiques, devaient viser «
le développement durable, à tous les niveaux,
international, national, régional et local ».
Comme prévu depuis le Sommet de Beyrouth,
en 2002, ils ont élaboré et approuvé
un document qui définit le « cadre stratégique
décennal de la Francophonie ». Ils ont aussi
signé unanimement une « Déclaration de
Ouagadougou », dans laquelle sont résumées
tout à la fois la philosophie générale
qui sous-tend l'action de la Francophonie et les solutions
concrètes qu'ils préconisent pour résoudre
les crises au cas par cas.
Dans ces deux documents, les chefs d'Etat et
de gouvernement francophones, qui ont confirmé leur
« détermination à promouvoir les principes
et les engagements souscrits au titre de la déclaration
de Bamako sur, les pratiques de la démocratie, des
droits et des libertés », abordent la question
des médias et de leur rôle au sein de la société.
Sous le titre « Un développement
attentif à la diversité culturelle et linguistique
», ils ont rappelé leur « volonté
de ne pas laisser réduire les biens et services culturels
au rang de simples marchandises ». « La préservation
de la diversité culturelle implique de s'abstenir de
tout engagement de libéralisation à l'OMC en
matière de biens et de services culturels »,
ont-ils aussi indiqué, après avoir réaffirmé
leur soutien à « l'élaboration à
l'Unesco d'une convention internationale sur la protection
de la diversité des contenus culturels et des expressions
artistiques ». Cette convention, dont ils souhaitent
« l'adoption en 2005, la ratification rapide et la mise
en oeuvre effective », devra « souligner l'ouverture
aux autres cultures », ont-ils précisé.
Dans ce même chapitre, les chefs d'États
se sont également engagés à « assurer
le statut et la promotion du français comme grande
langue de communication sur le plan international et comme
outil d'élaboration et de transmission des savoirs
». Ce qui conforte l'AUF dans son rôle, mais aussi
TV5. « Nous veillerons à consolider dans nos
pays le plus large accès de la population à
TV5, en sa qualité de média international fédérateur
du rayonnement, de la diversité culturelle et de la
langue française », ont-ils écrit.
Cette volonté de développement
de la chaîne mondiale de langue française figure
également au sein du « cadre stratégique
décennal ».
« La pérennisation de la réception
de TV5 au bénéfice des populations » y
est définie com- me l'un des « enjeux pour lesquels
la Franophonie se mobilise ».
Renforcer la présence du français
dans les NTIC
Dans ce document, les chefs d'Etat insistent
aussi sur « l'accès multiplié aux technologies
de l'information et de la communication », « l'un
des domaines clés », disent-ils, qui permettront
de réaliser les Objectifs du Millénaire pour
le développement, notamment la réduction de
la pauvreté, en Afrique subsaharienne.
Puis ce texte recense les actions à entreprendre
dans les dix prochaines années dans le cadre des quatre
« missions » de la Francophonie définies
à Beyrouth. L'objectif de l'une d'elles est de «
promouvoir la langue française et la diversité
culturelle et linguistique ». Les médias ont
là un rôle de tout premier plan. Et d'abord TV5,
qui sera l'arme la plus sûre pour « renforcer
la présence francophone dans le paysage audiovisuel
international ». Pour « faire du français
un vecteur d'expression de la modernité », précise
le document, il faudra « renforcer sa présence
dans les technologies de l'information et de la communication
et favoriser son apprentissage ( ... ) par l'utilisation des
médias et de ces technologies ». Quant à
la mise en valeur de la diversité, elle passe notamment
par « l'accompagnement et le soutien de la production
nationale et locale ainsi que l'insertion des produits culturels,
notamment audiovisuels, dans les circuits de diffusion et
de commercialisation ».
Préoccupés par le sort réservé
aux journalistes
Enfin, les chefs d'Etat et de gouvernement,
ont adopté plusieurs «
résolutions », soulignant ainsi l'importance
parficulière qu'ils attachent à tel ou tel problème.
A l'initiative notamment d'Omar Bongo Ondimba, président
du Gabon, qui avait promis, lors des Assises de l'UPF à
Libreville, en 2003, d'être le premier à aborder
ce sujet, l'une d'elles concerne la liberté de la presse.
Même si ce texte ne reprend pas expressément
le souhait exprimé par les membres de l'Union que,
plus jamais dans un pays francophone, un journaliste soit
jeté en prison pour un délit de presse ou d'opinion,
il n'en demeure pas moins que le sort réservé
aux professionnels de l'information est désormais au
premier rang des préoccupations des responsables politiques.
Confrontés à des « dérapages
» encore trop nombreux, parfois soumis aux insultes
et aux diffamations de « journalistes » qui n'en
sont pas, épouvantés par les « médias
de la haine », certains d'entre eux hésitent
encore à franchir le pas, pourtant indispensable pour
que la liberté de presse, élément fondateur
de la démocratie, soit une réalité irréversible
en terre francophone. A nous journalistes, par notre professionnalisme,
par notre respect de la déontologie et de l'éthique,
de les persuader de décréter cette dépénalisation
partielle des délits de presse, sans attendre le prochain
Sommet, à Bucarest, en 2006.
Georges GROS
Secrétaire général international de
l'UPF
Voir
la Résolution du Xe Sommet sur les médias