Union de la Presse Francophone
 
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N° 121 - avril-mai 2005

LIVRE Hervé BOURGES "Sur la télé: mes 4 vérités"
par Serge HIREL

La télé domine, mais la priorité doit aller à l'écrit !

Dans un essai intitulé Sur la télé : mes 4 vérités, le président de l'Union internationale de la presse francophone, fort de ses multiples expériences professionnelles au sein de l'audiovisuel, dépeint sa vision critique d'une société qui, demain plus encore qu'aujourd'hui, sera dominée par l'information.

De Témoignage Chrétien à France-Télévisions et TF1, de l'ESJ de Lille à RFI et Canal Plus Afrique, de l'Unesco au CSA, Hervé Bourges, aujourd'hui président de l'Union internationale de la Presse Francophone (UPF), a exercé de multiples postes de responsabilité qui en ont fait un expert reconnu du monde de la communication. Il est aussi un homme de conviction, qui sait alerter, parfois en prenant le risque de déranger.
Dans son dernier ouvrage, Sur la télé : mes 4 vérités (éditions Ramsay), tout en distillant quelques petits "secrets" franco-français qui alimenteront les "dîneurs en ville", il brosse surtout sa vision de l'avenir des médias et de leur rôle essentiel dans la société mondialisée. Un discours qui s'adresse tout autant aux professionnels et aux décideurs de l'Hexagone qu'à un public plus lointain, mais confronté aux mêmes défis.
Les nouvelles technologies - la numérisation, Internet, la TNT, la haute définition, la portabilité, la "télévision de poche",…- constituent à ses yeux une véritable révolution, technique certes, mais aussi culturelle, économique, politique donc. La démocratie ne peut qu'y gagner… A condition, dit l'auteur, que quelques grands principes soient respectés, et en particulier celui de l'accès de tous à une information pluraliste.
Ce qui conduit Hervé Bourges à s'inquiéter notamment de l'expansion rapide des "gratuits", qu'il qualifie de "pseudo journaux", et à s'interroger sur les concentrations et "le danger" que laisse planer la mainmise des puissances d'argent sur la presse française. "Consolider l'indépendance des médias" est, selon lui, la seule méthode efficace pour éviter un univers "de propagande généralisée".
Ancien président du CSA, Hervé Bourges assigne cette mission aux organes de régulation, dont il souhaite le renforcement des pouvoirs, "au détriment de ceux de l'exécutif ou du marché". Président de L'ESJ de Lille, l'auteur en appelle également aux journalistes, "vigies, mais aussi exemples", à leur intégrité, à leur professionnalisme. "Ils ne peuvent s'autoriser de faiblesse", écrit-il, leur conseillant "réserve et réflexion".
La télévision, bien sûr, est au cœur de l'essai du président Bourges. Fasciné, il la défend, y compris sa morale parfois vacillante et son goût pour la violence, qui, explique-t-il, ne sont que le reflet de la réalité contemporaine, de ce goût actuel pour "la surenchère". Pour lui, elle occupe "une place centrale dans notre quotidien" et, loin de la détrôner, les nouvelles technologies ne feront que la renforcer.

"Priorité à Gutenberg"

Ce qui ne l'empêche pourtant pas de craindre que, "imposant son rythme et ses lois à la plupart de nos disciplines sociales", elle "crée des phénomènes d'uniformisation culturelle, favorisant les inégalités et la fracture démocratique". D'où un plaidoyer convaincu pour le maintien et le développement des chaînes publiques et un autre tout aussi éloquent en faveur de la production, sans laquelle, écrit-il, "notre survie culturelle serait mise en péril dans la société de l'image mondialisée".
Cette passion pour la télévision n'aveugle pourtant pas l'auteur, qui, jamais, n'a oublié qu'il avait d'abord été un journaliste de la presse écrite. Le titre du chapitre qui lui est consacré est on ne peut plus significatif : "Priorité à Gutenberg". "La presse écrite est plus que jamais nécessaire pour donner un véritable socle intellectuel à l'information", écrit Hervé Bourges.
"La valeur essentielle de l'écrit est de dépasser la brièveté, la rapidité, la caducité des nouvelles audiovisuelles, pour faire entrer leur traitement dans le temps plus long de la réflexion et de l'analyse", explique-t-il. "Comprendre, décrire et démontrer : passer par les mots oblige à penser".
Pour l'auteur, la société de l'information, pour être humaine, ne se conçoit pas sans l'écrit, sans "préserver la diversité d'une presse imprimée puissante". Internet, selon lui, n'est qu'"un nouveau moyen de diffusion de l'écrit, et non le nouvel étalon de l'expression culturelle et intellectuelle".
"Le vrai défi des années qui viennent sera donc celui de l'apprentissage de l'écrit", en conclut Hervé Bourges, qui prédit aussi que, "dans une société où l'information devient la valeur maîtresse, la qualité de l'expression sera toujours le meilleur atout".

Serge HIREL