Union de la Presse Francophone
 
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N° 121 - avril-mai 2005

FRANCOPHONIE
par Georges GROS
rédacteur en chef

La Francophonie doit réussir sa mue

La grand-messe de la Francophonie a été célébrée avec des accents dont on soulignera la vigueur nouvelle. Si Beyrouth avait été le sommet du renouveau, celui de Ouagadougou passera pour celui de la consolidation. Si les travaux du sommet libanais avaient pu être jugés largement positifs, l'on relèvera au Burkina l'expression d'une détermination à aller de l'avant et à serrer les rangs derrière une organisation recentrée autour de ses quatre axes d'intervention avec, de surcroît, la perspective d'une refonte institutionnelle enfin possible.
Lors de l'ouverture solennelle, les discours des uns et des autres ont permis d'entrevoir un message de fermeté et une véritable volonté politique de renforcer le mouvement francophone, une détermination à réussir le plus avec le peu à disposition, un désir de faire franchir à l'organisation un nouveau pas en direction d'un meilleur positionnement à la fois en tant qu'acteur des relations internationales et comme espace de coopération.
Le Sommet a adopté à l'unanimité les recommandations de la conférence ministérielle concernant l'adhésion de l'Arménie, de l'Autriche, de la Croatie, de la Géorgie et de la Hongrie en qualité d'observateurs. Elle a agi de même concernant les demandes d'adhésion en qualité de membres associés de la Grèce et de la Principauté d'Andorre. Par contre, les demandes de modification de statut de l'Albanie et de la Macédoine qui souhaitaient devenir membres de plein droit ont été ajournées une deuxième fois.

L'Organisation internationale de la Francophonie compte dorénavant 53 Etats et gouvernements membres ainsi que 10 observateurs répartis sur tous les continents.
La Déclaration des chefs d'Etat et de gouvernement a réaffirmé l'importance que la Francophonie attache à une vision globale du développement durable qu'elle définit de façon novatrice en cinq composantes : le respect de l'environnement et le souci de la conservation des ressources naturelles, le développement économique continu et inclusif, le développement social, la démocratie, l'Etat de droit et les droits de l'homme ainsi que, dernier ajout, le respect de la diversité culturelle et linguistique.
Le Sommet a mené un combat novateur pour faire admettre la responsabilité de protéger les populations. Le paragraphe 80 est, à ce titre, à la pointe du progrès puisqu'il affirme que "la communauté internationale a la responsabilité de réagir pour protéger les populations" qui sont victimes de violations massives des droits de l'homme, du droit international humanitaire ou de la sécurité.
Le cadre stratégique regroupe les efforts de l'Organisation dans sa double fonction d'acteur des relations internationales et d'espace de coopération autour de quatre grands axes ou missions, d'ores et déjà présents depuis les Sommets de Moncton (1999) et de Beyrouth (2002)
- cf. article du recteur Michel Guillou.

L'attention va devoir se porter sur les programmations dorénavant quadriennales des opérateurs où les pays membres auront la rude tâche de choisir des programmes qui pourront faire la différence grâce à des avantages comparatifs déterminants et l'atteinte d'une masse critique suffisante tant en ressources humaines qu'en moyens financiers.
Il va s'agir de terminer la réforme institutionnelle entreprise à Hanoï. Le cadre stratégique demande au secrétaire général de présenter pour la conférence ministérielle de décembre 2005 (à Madagascar) ses vues sur la réforme institutionnelle de l'OIF (la révision de la Charte n'est plus taboue, ce qui est en soi une vraie révolution !) et sur la pleine application de l'article 8 de la Charte qui fait de lui le déterminant des axes prioritaires de l'action francophone ainsi que sur un nouvel organigramme de l'AIF.
Le prochain sommet aura lieu en 2006 à Bucarest en Roumanie. Celui de 2008 sera attribué au Canada/Québec.
L'hebdomadaire français Le Point se demandait dans son édition du 2 décembre 2004 si la Francophonie n'était pas en train de réussir sa mue ? Il est vrai que ce Xe Sommet a confirmé l'évolution de l'OIF vers une organisation consolidée où l'on parle politique, diversité culturelle et développement, assez éloignée de son ancêtre l'Agence de coopération technique et culturelle.
Au fil des ans, le nombre de pays qui demandent leur adhésion augmente. Pour entreprendre la défense de la langue française ? Pas seulement. La Francophonie est dorénavant un cénacle où se regroupent des pays inquiets de l'uniformisation du monde, de la défense de leur identité propre et de leurs langues vernaculaires et où se reflètent le souci de développement des plus démunis. L'humanisme ouvert de la Francophonie s'oppose à l'entropie et à l'intégrisme. Comprendre l'autre, recevoir ce que chacun a de meilleur et concevoir ensemble des règles de vie qui permettent à chaque peuple et individu d'accomplir son destin sans devoir succomber nécessairement sous le rouleau compresseur d'une mondialisation qui lamine tout. L'OIF sait mettre en exergue le désir d'un monde plus respectueux des impératifs de solidarité avec les plus pauvres. Cette image donne à l'Organisation une tonalité assez marquée d'opposition à une libéralisation financière, économique et culturelle (audiovisuelle) débridée. Elle semble avoir compris, par ailleurs, que son salut passe par de vraies synergies entre tous ses opérateurs, ainsi que par une ouverture sur des partenariats extérieurs et le recours systématique à des co-financements. Sa stratégie à dix ans va l'aider à lui donner une nouvelle vision et à adopter ce nouveau profil. L'OIF possède de belles potentialités. C'est aux pays membres de voir en fin de compte à ce qu'elles puissent pleinement se réaliser.

Georges GROS