Union de la Presse Francophone
 
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N° 122 - juin-juillet 2005

UPF Serbie-Monténégro
"La promotion de la tolérance dans les médias"
séminaire à Novi Sad, 1er au 4 juin 2005

Union de la Presse Francophone
compte rendu
par Marina RAKIC présidente de l'UPF en Serbie et Monténégro

Union de la Presse Francophone Guide des bonnes pratiques, actes publiés en décembre 2005

La tolérance, une vertu cardinale encore trop malmenée dans les médias

Pendant cinq jours, à Novi Sad, capitale de la province serbe de Vojvodine, des journalistes venus de neuf pays d'Europe de l'Est, invités par la section UPF de Serbie et Monténégro, ont échangé leurs expériences et travaillé ensemble pour promouvoir la tolérance, cette valeur fondamentale de la Francophonie.

La tolérance n'est pas seulement un mot. Elle devrait être un acquis majeur, définitif, du monde contemporain. Les guerres en Irak, en Afghanistan, les conflits du Soudan en démontrent la fragilité… Dans les pays développés, on l'a érigée en vertu, mais pas toujours suffisamment. Dans les pays de l'est de l'Europe, qui, voici peu, ont subi guerres et conflits interethniques, on en a manqué. Témoins des événements à l'origine de ces hostilités, les journalistes de ces régions ont subi, subissent encore pour certains, les terribles conséquences de l'intolérance dans leur vie professionnelle, dans la vie quotidienne…
D'un pays à l'autre, leurs expériences diffèrent, mais la cause de leurs souffrances est la même. C'est pourquoi la section serbo-monténégrine de l'Union internationale de la Presse Francophone avait décidé de réunir les collègues de la région avec un seul objectif : promouvoir la tolérance.
En coopération avec l'Ambassade de France à Belgrade, et avec l'appui du ministère des Affaires étrangères français et de l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, ce séminaire régional sur "la promotion de la tolérance dans les médias" a été organisé du 31 mai au 5 juin, à Novi Sad, dans la province serbe de Vojvodine. Un choix qui avait valeur d'exemple : cette région est un modèle de contrée multiethnique. Les minorités, hongroise, ruthène, slovaque, croate, roumaine, ukrainienne,... représentent 35% de sa population.

Se garder d'enflammer la situation...

Venus d'Albanie, de Bosnie Herzégovine, de Hongrie, de Macédoine, de Moldavie, de Roumanie, de Serbie et Monténégro, de Slovaquie et d'Ukraine, vingt-cinq journalistes, pour la plupart des jeunes, ont participé aux travaux, ouverts par Rasim Ljajic, ministre serbo-monténégrin des Droits de l'Homme.
Citant l'exemple de l'ex-Yougoslavie, où les médias ont joué un rôle très négatif dans l'éruption de la crise, il a invité les journalistes à travailler en faveur du développement d' "une société ouverte et tolérante". "Même si le langage de la haine a presque disparu dans les médias serbes, la route vers la réconciliation complète entre les différentes nations sera longue et difficile", a dit le ministre. "Ce qui nous encourage, c'est que, pour la première fois, tous les pays de la région ont un même but : l'entrée dans l'Union Européenne ".
Pour l'ambassadeur de France, Hugues Pernet, les journalistes ont un "rôle particulier" dans la promotion de la tolérance. "Ils doivent couvrir les crises de manière neutre et objective et se garder surtout d'enflammer la situation en dressant les communautés les unes contre les autres", a-t-il affirmé, avant qu'Hervé Bourges, président international de l'UPF, apporte son témoignage.
"Personne n'a de leçon à donner à quiconque. nous sommes là pour échanger nos expériences, a-t-il dit. Hélas, le monde n'a pas échappé à la barbarie. L'histoire est ainsi faite que l'homme est un loup pour l'homme. Au cours de mon expérience de journaliste, j'ai vu de braves gens se transformer en loups, j'ai vu des médias d'information se transformer en médias de la haine, quitte à redevenir à nouveau, une fois la crise passée, des médias normaux."François Mitterrand, a dit que le nationalisme -à ne pas confondre avec le patriotisme qui est une vertu-, c'est la guerre. Alors, nous allons échanger, tenter d'analyser ce phénomène et trouver ensemble les moyens de promouvoir la tolérance".

Après les conflits, une explosion des médias

Après la présentation par Dragan Veljovic, expert des médias auprès de la Mission de l'OSCE, de l'arsenal juridique dont dispose la tolérance, c'est Miljenko Dereta, directeur exécutif d'une ONG serbe, "Les initiatives citoyennes", qui a donné une conférence sur le thème "Comment les médias traitent-ils de l'altérité ?". Citant des exemples d'intolérance de médias serbes après la chute du régime de Slobodan Milosevic, il a souligné que la situation restait tendue. "L'intolérance, a-t-il dit, ne vise plus aujourd'hui en priorité les minorités. Ce sont les opposants politiques qui en font les frais, les médias exacerbant leurs divisions".
Nombreux ont été les participants à affirmer, en le regrettant, que le paysage médiatique de leur pays est très semblable à cette description… Une présentation de la situation dans les neuf pays participant au séminaire, qui a occupé la deuxième journée de travail, a pourtant heureusement démontré d'autres réalités, plus réjouissantes. De manière assez similaire, chacun des pays des Balkans, après l'émergence de nouveaux pouvoirs, a connu une explosion des médias, écrits et audiovisuels, nombre d'entre eux s'exprimant dans des langues minoritaires.
Cela est le cas, par exemple en Vojvodine, comme l'a indiqué Pavel Gatajancu, un journaliste roumanophone de Radio Novi Sad. Dans cette province qui compte cinq langues officielles -le serbe, mais aussi le hongrois, le roumain, le ruthénien et le slovaque-, sa rédaction produit chaque jour six heures de programme. Mais la station s'exprime aussi dans les autres langues minoritaires. Plusieurs exemples de même type ont été évoqués, y compris en presse écrite. Certes, la diffusion de ces journaux et magazines reste faible, mais ils sont un exemple éclatant d'une volonté qui s'installe de tourner définitivement le dos aux tragédies passées.
Le séminaire de Novi Sad, qui se voulait avant tout pratique, a ensuite travaillé sur des cas concrets, apportés par les participants. Tour à tour, ont été évoqués la couverture parfois intolérante du conflit en Macédoine, l'attitude assez peu respectueuse des règles professionnelles adoptée par certains tabloïds de Belgrade, mais aussi les soupçons de désinformation qui pèsent sur l'affaire des femmes roms stérilisées en Slovaquie et sur celle des mariages mixtes en Moldavie, où les autorités et les médias russophones favoriseraient l'union entre Russes et Moldaves.
Tous ces exemples ont permis à Richard Pernollet, de l'Ecole Supérieure de journalisme de Lille, et à Aleksandar Mitic, ancien correspondant de l'AFP à Belgrade, de faire discuter les participants sur les problèmes qu'ils rencontrent dans leur travail quotidien, mais aussi de les immerger dans des ateliers de formation continue particulièrement animés.

Cas concrets et travaux pratiques

Divisés en quatre groupes, les journalistes ont ainsi eu à résoudre des situations concrètes : vérifier l'authenticité d'une information bizarre en trouvant des sources crédibles, réaliser un reportage sur un thème sensible alors que leur chef est en même temps un homme politique, s'interdire les appels à la haine ou les exagérations des interlocuteurs dans les émissions diffusées en direct…
Les deux animateurs leur ont ainsi fait découvrir des solutions pour respecter les règles professionnelles, pour faire des reportages les plus objectifs possibles. "Le rôle des médias, ont-ils dit et répété, n'est pas de faire empirer la situation, de provoquer des tensions. Le journaliste doit être témoin du réel, maître de son sujet, documenté, renseigné. Il doit être prudent dans le choix de ses sources et des angles, éviter la propagande, ne pas jouer le rôle d'un activiste". Le débat fut si animé que les discussions se sont poursuivies bien longtemps après la fin de l'atelier, y compris pendant la visite de Sremski Karlovci, une ville historique proche de Novi Sad.

De l'avis de tous, ce séminaire a été un succès. Et l'on s'est promis, en échangeant ses coordonnées, de se revoir, peut-être même dès juillet, à l'occasion du festival de musique Exit, organisé à Novi Sad. En tout cas, rendez-vous est déjà pris pour 2006, à Bucarest. Pierre-Emmanuel Pessemier, attaché audiovisuel régional en poste à Sarajevo, y organisera une rencontre, avant le Sommet des chefs d'Etats et de gouvernements francophones.

Quant à la section de l'UPF de Serbie et Monténégro, qui espère beaucoup de la coopération entre les journalistes francophones de la région, elle assurera d'ici peu la publication d'un "Guide des bonnes pratiques pour la promotion de la tolérance dans les médias". Un guide qui comprendra aussi des recommandations sur les pratiques journalistiques, ainsi que toutes les contributions des intervenants.

Marina Rakic
présidente de l'UPF en Serbie et Monténégro


Un premier grand projet réussi

par Bojana JANJUSEVIC, secrétaire général de l'UPF SCG.

Le séminaire sur la promotion de la tolérance est le premier grand projet réalisé par l'Union de la Presse Francophone de Serbie et Monténégro. L'idée d'organiser une telle manifestation s'est fait jour lors d'un autre séminaire, consacré aux diversités culturelles, à Mostar (Bosnie-Herzégovine) en octobre 2004. Cinq membres de la section
serbo-monténégrine y ont participé, avec des collègues de pays voisins.
Cette réunion a démontré l'intérêt d'une coopération régionale.

Cette rencontre de Novi Sad était un défi pour la toute jeune association de Vojvodine (1). Il a été réussi. Pourtant, au début, tout semblait compliqué au comité d'organisation. Mais, grâce à une bonne coordination entre tous les organisateurs, tout s'est bien passé. Outre l'UPF, le comité d'organisation comprenait Claudine Misic, responsable au Centre français de Novi Sad, Dominique Thierry, un journaliste français habitant à Belgrade, Pierre-Emmanuel Pessemier, attaché audiovisuel régional en poste à Sarajevo, et Nicolas Faye, attaché de presse à l'Ambassade de France à Belgrade.
Novi Sad a été choisie pour accueillir ce séminaire en raison de son caractère multiethnique et multiculturel. Hormis la Moldavie, chacun des pays invités à cette réunion possède une minorité nationale en Vojvodine. Les participants ont d'ailleurs pu remarquer l'influence des traditions de leurs pays sur l'architecture, les mentalités, la nourriture, la musique en Vojvodine…
Ville universitaire, Novi Sad est une cité assez vivante, qui accueille de très nombreuses manifestations. Ce qui ne fut pas sans causer quelques soucis aux organisateurs du séminaire de l'UPF chargés de l'hébergement. Simultanément à cet événement, se déroulaient aussi le Festival international de théâtre "Sterijino Pozorje", une fête du vin, un championnat mondial de bowling et une compétition de coiffeurs…
Le choix de l'excursion touristique en Vojvodine, prévue le dernier jour du séminaire, est resté longtemps indécis. Dans cette province du nord de la Serbie, de nombreux lieux méritaient le passage des invités. Finalement, ils ont visité la célèbre forteresse de Petrovaradin, bâtie au XVIIIe siècle sur des plans de Vauban, et Sremski Karlovci, une toute petite ville au bord du Danube, qui a joué un rôle important dans l'histoire serbe des XVIIIe et XIXe siècles.
Une promenade qu'ils ont appréciée, tout comme la cuisine régionale, dégustée dans des restaurants traditionnels, où bonne nourriture et bons vins aident à la confraternité…

Bojana Janjusevic
secrétaire général de l'UPF SCG.


(1) L'UPF de Vojvodine a été créée en janvier 2004, après la visite de Nicolas Faye aux médias de Novi Sad. Depuis sa fondation, l'attaché de presse de l'ambassade de France à Belgrade aidait déjà beaucoup la section serbo-monténégrine, à tel point que les journalistes le considèrent comme l'un des leurs. Actuellement, Novi Sad compte une dizaine de membres de l'UPF, tous journalistes travaillant dans des médias écrits et audiovisuels. Une quinzaine de leurs confrères y suivent des cours de français organisés gratuitement au Centre français et seront accueillis au sein de l'Union. Pour sa première année d'activité, la jeune association de Vojvodine a organisé plusieurs soirées francophones. Elle compte en faire une nouvelle tradition locale…