Savoir dire NON aux terroristes
S'il fallait une preuve que les "nouveaux
terroristes", pour créer l'effroi, utilisent à
la fois la bombe et l'image - l'une n'allant plus sans l'autre
-, les attentats de Londres l'ont apportée. Trois métros,
mais aussi un bus, ont été attaqués.
Les métros pour tuer et désorganiser. Le bus
pour tuer et montrer. Aucune caméra en sous-sol pour
témoigner à vif de l'horreur, mais des diffusions
en boucle, sur toutes les télévisions du monde,
du véhicule éventré
Par deux fois,
les assassins ont utilisé le même processus.
Ce n'est pas un hasard.
En matière d'information, le talon d'Achille
de la télévision, le média de masse le
plus puissant aujourd'hui, c'est l'image. Pour elle, sans
image, il n'y a pas d'événement. En tout cas,
elle pourrait ne pas lui accorder une même importance.
Les terroristes l'ont compris et savent que, quand elle en
possède, quelles qu'elles soient, la tentation de les
montrer taraude ses dirigeants. Ils savent aussi que de tels
documents, quand ils exposent l'insoutenable, font dans les
esprits des dégâts pires que ceux provoqués
par l'imagination
La radio, par ses reportages sonores, la presse écrite,
par ses photos, parfois par ses récits, et, désormais,
Internet peuvent, eux aussi, devenir des supplétifs
qui s'ignorent des auteurs d'attentats...
Pour tous les journalistes, cette situation,
qui devient quotidienne, mérite réflexion. Une
réflexion si possible commune, qui doit déboucher
sur des règles professionnelles que chacun respectera.
Une autorégulation vaut toujours mieux qu'une contrainte
imposée par la loi. Ici et là dans le monde,
cette démarche est entamée. Mais les hésitations,
les tâtonnements et les dérapages sont encore
nombreux
Il faut être clair. Certes, la liberté de presse,
le droit à l'information, sont imprescriptibles, illimités
sauf quand ils bousculent d'autres libertés, quand
ils violent d'autres droits. Certes, le devoir du journaliste
est de rendre compte de toute information, y compris celles
qui provoquent l'écoeurement, le dégoût,
le rejet. A ce titre, il ne saurait être question pour
lui d'ignorer " l'activité " des terroristes,
ses causes et ses conséquences
Mais, confronté à eux, le journaliste
doit sans cesse avoir à l'esprit qu'il ne peut en aucun
cas leur servir inconsciemment de médiateur. Parce
que leur message, formulé sous forme de bombe, transpire
la haine
, raciale, religieuse ou autre. Montrer sans
retenue le sang et les larmes, c'est bien sûr porter
atteinte à la dignité des victimes, mais c'est
aussi transmettre ce message, participer à la manipulation
organisée par les terroristes. C'est jouer contre son
camp, renoncer aux valeurs humaines, renier les Droits de
l'Homme
Les médias doivent, certes, refléter
la société telle qu'elle est. La violence y
est présente. L'occulter serait imbécile, pire,
contre-productif. Des images difficiles à supporter
viennent de provoquer une prise de conscience mondiale de
la famine au Niger, de la réalité de la pauvreté
aux Etats-Unis. Après celles venues du Darfour, ou,
cet hiver, certaines de celles tournées après
le tsunami. Mais les images de la violence aveugle d'un attentat
n'ont rien à voir avec celles-là, qui provoquent
la compassion, et non la peur. Il faut donc savoir les censurer.
Au nom de la défense de la démocratie. Au nom,
paradoxalement, de la liberté.
Georges GROS