Union de la Presse Francophone
 
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N° 123 - sept.-octobre 2005

EDITORIAL
par Georges GROS
Secrétaire général international de l'UPF

Savoir dire NON aux terroristes

S'il fallait une preuve que les "nouveaux terroristes", pour créer l'effroi, utilisent à la fois la bombe et l'image - l'une n'allant plus sans l'autre -, les attentats de Londres l'ont apportée. Trois métros, mais aussi un bus, ont été attaqués. Les métros pour tuer et désorganiser. Le bus pour tuer et montrer. Aucune caméra en sous-sol pour témoigner à vif de l'horreur, mais des diffusions en boucle, sur toutes les télévisions du monde, du véhicule éventré… Par deux fois, les assassins ont utilisé le même processus. Ce n'est pas un hasard.

En matière d'information, le talon d'Achille de la télévision, le média de masse le plus puissant aujourd'hui, c'est l'image. Pour elle, sans image, il n'y a pas d'événement. En tout cas, elle pourrait ne pas lui accorder une même importance. Les terroristes l'ont compris et savent que, quand elle en possède, quelles qu'elles soient, la tentation de les montrer taraude ses dirigeants. Ils savent aussi que de tels documents, quand ils exposent l'insoutenable, font dans les esprits des dégâts pires que ceux provoqués par l'imagination…
La radio, par ses reportages sonores, la presse écrite, par ses photos, parfois par ses récits, et, désormais, Internet peuvent, eux aussi, devenir des supplétifs qui s'ignorent des auteurs d'attentats...

Pour tous les journalistes, cette situation, qui devient quotidienne, mérite réflexion. Une réflexion si possible commune, qui doit déboucher sur des règles professionnelles que chacun respectera. Une autorégulation vaut toujours mieux qu'une contrainte imposée par la loi. Ici et là dans le monde, cette démarche est entamée. Mais les hésitations, les tâtonnements et les dérapages sont encore nombreux…
Il faut être clair. Certes, la liberté de presse, le droit à l'information, sont imprescriptibles, illimités… sauf quand ils bousculent d'autres libertés, quand ils violent d'autres droits. Certes, le devoir du journaliste est de rendre compte de toute information, y compris celles qui provoquent l'écoeurement, le dégoût, le rejet. A ce titre, il ne saurait être question pour lui d'ignorer " l'activité " des terroristes, ses causes et ses conséquences…

Mais, confronté à eux, le journaliste doit sans cesse avoir à l'esprit qu'il ne peut en aucun cas leur servir inconsciemment de médiateur. Parce que leur message, formulé sous forme de bombe, transpire la haine…, raciale, religieuse ou autre. Montrer sans retenue le sang et les larmes, c'est bien sûr porter atteinte à la dignité des victimes, mais c'est aussi transmettre ce message, participer à la manipulation organisée par les terroristes. C'est jouer contre son camp, renoncer aux valeurs humaines, renier les Droits de l'Homme…

Les médias doivent, certes, refléter la société telle qu'elle est. La violence y est présente. L'occulter serait imbécile, pire, contre-productif. Des images difficiles à supporter viennent de provoquer une prise de conscience mondiale de la famine au Niger, de la réalité de la pauvreté aux Etats-Unis. Après celles venues du Darfour, ou, cet hiver, certaines de celles tournées après le tsunami. Mais les images de la violence aveugle d'un attentat n'ont rien à voir avec celles-là, qui provoquent la compassion, et non la peur. Il faut donc savoir les censurer. Au nom de la défense de la démocratie. Au nom, paradoxalement, de la liberté.

Georges GROS