Union de la Presse Francophone
 
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N° 124 - novembre-décembre 2005

May Chidiac lauréate du Prix 2005 de la Liberté d'Expression décerné le 8 novembre par les 37e Assises de la presse francophone à Lomé (Togo)

LIBAN
L'attentat contre May Chidiac

Amputée pour ses idées

Notre consœur, May Chidiac, présentatrice vedette de la chaîne libanaise LBC, connue pour ses analyses courageuses et ses commentaires sans détours sur le rôle néfaste de la présence syrienne au Liban, a été victime, le 25 septembre, d'un attentat à la voiture piégée. Elle a du être amputée d'une jambe et d'une main...

La coupe est pleine

"On", pronom indéfini - on serait tenté de dire prénom anonyme - est de plus en plus en usage dans les discours officiels. Ce "on", véritable fantôme, aux dires du ministre de l'Intérieur, continuera à tuer impunément et à semer la terreur. Hassan Sabeh n'a-t-il pas fait, dans une conférence de presse qu'il aurait été bien inspiré d'éviter, un constat d'échec désespérant. Allant encore plus loin dans sa logique, il appelle les citoyens à se protéger et à "l'aider", avant d'annoncer d'éventuels autres attentats et d'affirmer que rien "encore" ne justifie un état d'urgence. Il décide, acte de courage extrême, de faire enfin surveiller les frontières du pays.

Que font donc ces Forces de sécurité intérieure et celles de la sécurité de l'Etat qui coûtent si cher aux contribuables ? La réponse n'est pas difficile, elles assurent la protection de ceux dont le pays "a tant besoin". Son collègue de la Justice, contaminé probablement par le sinistre climat ambiant dans les sphères étatiques, lui fait écho et dénonce l'incapacité des enquêteurs libanais. Les deux ministres ont, certes, raison. Le problème, c'est qu'en ce faisant, ils donnent le sentiment que, devant l'ampleur de la tâche, ils baissent les bras. Si, cette fois, ils semblent d'accord, ils ne l'étaient pas lorsqu'il s'était agi du fameux dépôt d'armes dont plus personne n'a entendu parler.

Face à cette impuissance affichée, le Premier ministre fait appel à des compétences sécuritaires françaises et américaines. Ne sera-t-il pas encore une fois accusé de mettre le pays sous tutelle ? Des contestations commencent déjà à se faire entendre. Mais la coupe est pleine et les Libanais demandent au chef du gouvernement d'être ferme dans ses décisions et de les imposer envers et contre tout. Appuyé par une majorité parlementaire plus que confortable, et surtout par une large opinion publique, Fouad Siniora ne peut et ne doit plus tergiverser ou accepter les concessions que la démocratie, dite consensuelle lui impose et qui, en fin de compte, coûtent la vie à des innocents et détruisent celle de beaucoup d'autres.

La dernière victime en date, notre consœur May Chidiac, se débat dans des souffrances atroces et personne ne comprend pourquoi la journaliste dont tous les téléspectateurs de la LBC, au Liban et dans le monde, connaissent le sourire, l'énergie et la franche prise de position, est si douloureusement frappée. Le courage, dont elle a toujours fait preuve dans ses interventions, ne peut aujourd'hui l'abandonner... May Chidiac reviendra sur le petit écran et retrouvera ses amis, ceux qu'elle connaît et ceux qui la connaissent. Des responsables de tous bords ont dénoncé l'acte odieux commis une fois de plus contre les libertés. La riposte des jeunes revenus place des Martyrs, qui porte si bien son nom, n'a pas tardé. L'heure, ont-ils clamé, n'est plus aux dénonciations, mais à l'action. Ce n'est pas la peur ni le désespoir qu'ils ont exprimé mais une colère bénéfique que tout justifie. Espérons que, cette fois, ils seront écoutés, et que les dirigeants ne continueront pas à se cacher derrière la commission Mehlis et les résultats de son enquête pour ne rien entreprendre. Mais y a-t-il plus sourd que celui qui ne veut entendre ?

Mouna BECHARA
L'Hebdo Magazine (Liban)