Notre consur, May Chidiac, présentatrice
vedette de la chaîne libanaise LBC, connue pour ses
analyses courageuses et ses commentaires sans détours
sur le rôle néfaste de la présence syrienne
au Liban, a été victime, le 25 septembre, d'un
attentat à la voiture piégée. Elle a
du être amputée d'une jambe et d'une main...
La coupe est pleine
"On", pronom indéfini - on
serait tenté de dire prénom anonyme - est de
plus en plus en usage dans les discours officiels. Ce "on",
véritable fantôme, aux dires du ministre de l'Intérieur,
continuera à tuer impunément et à semer
la terreur. Hassan Sabeh n'a-t-il pas fait, dans une conférence
de presse qu'il aurait été bien inspiré
d'éviter, un constat d'échec désespérant.
Allant encore plus loin dans sa logique, il appelle les citoyens
à se protéger et à "l'aider",
avant d'annoncer d'éventuels autres attentats et d'affirmer
que rien "encore" ne justifie un état d'urgence.
Il décide, acte de courage extrême, de faire
enfin surveiller les frontières du pays.
Que font donc ces Forces de sécurité
intérieure et celles de la sécurité de
l'Etat qui coûtent si cher aux contribuables ? La réponse
n'est pas difficile, elles assurent la protection de ceux
dont le pays "a tant besoin". Son collègue
de la Justice, contaminé probablement par le sinistre
climat ambiant dans les sphères étatiques, lui
fait écho et dénonce l'incapacité des
enquêteurs libanais. Les deux ministres ont, certes,
raison. Le problème, c'est qu'en ce faisant, ils donnent
le sentiment que, devant l'ampleur de la tâche, ils
baissent les bras. Si, cette fois, ils semblent d'accord,
ils ne l'étaient pas lorsqu'il s'était agi du
fameux dépôt d'armes dont plus personne n'a entendu
parler.
Face à cette impuissance affichée,
le Premier ministre fait appel à des compétences
sécuritaires françaises et américaines.
Ne sera-t-il pas encore une fois accusé de mettre le
pays sous tutelle ? Des contestations commencent déjà
à se faire entendre. Mais la coupe est pleine et les
Libanais demandent au chef du gouvernement d'être ferme
dans ses décisions et de les imposer envers et contre
tout. Appuyé par une majorité parlementaire
plus que confortable, et surtout par une large opinion publique,
Fouad Siniora ne peut et ne doit plus tergiverser ou accepter
les concessions que la démocratie, dite consensuelle
lui impose et qui, en fin de compte, coûtent la vie
à des innocents et détruisent celle de beaucoup
d'autres.
La dernière victime en date, notre consur
May Chidiac, se débat dans des souffrances atroces
et personne ne comprend pourquoi la journaliste dont tous
les téléspectateurs de la LBC, au Liban et dans
le monde, connaissent le sourire, l'énergie et la franche
prise de position, est si douloureusement frappée.
Le courage, dont elle a toujours fait preuve dans ses interventions,
ne peut aujourd'hui l'abandonner... May Chidiac reviendra
sur le petit écran et retrouvera ses amis, ceux qu'elle
connaît et ceux qui la connaissent. Des responsables
de tous bords ont dénoncé l'acte odieux commis
une fois de plus contre les libertés. La riposte des
jeunes revenus place des Martyrs, qui porte si bien son nom,
n'a pas tardé. L'heure, ont-ils clamé, n'est
plus aux dénonciations, mais à l'action. Ce
n'est pas la peur ni le désespoir qu'ils ont exprimé
mais une colère bénéfique que tout justifie.
Espérons que, cette fois, ils seront écoutés,
et que les dirigeants ne continueront pas à se cacher
derrière la commission Mehlis et les résultats
de son enquête pour ne rien entreprendre. Mais y a-t-il
plus sourd que celui qui ne veut entendre ?
Mouna BECHARA
L'Hebdo Magazine (Liban)