La déontologie, passage obligé
vers la liberté
Tout l'art du stratège réside
dans son talent pour, au cur de la tourmente, savoir
conserver son sens de l'analyse, qui lui permet d'élaborer
son plan de victoire. Les médias, par nature même,
sont sans cesse au cur de la tourmente. La tourmente
de l'actualité, avec son lot quotidien de rumeurs,
de manipulations, de fausses vérités
Le
temps presse, presse de plus en plus, et l'on oublie, trop
souvent, de prendre le recul nécessaire à l'analyse,
au regard sur soi, sur ses convictions, sur ses pratiques.
Pourtant, au Nord comme au Sud, que les médias
soient riches ou pauvres, les journalistes agacent par leur
superbe, irritent par leurs certitudes, exaspèrent
par leurs connivences. Ce sentiment général
mériterait un peu plus de réflexion de la part
de ceux qui le génèrent. S'il est une profession
au sein de laquelle l'humilité devrait régner,
c'est bien celle des hommes de communication, dont la mission
première est d'écouter. Certes, dans une société
moderne, la position des médias est prestigieuse, car
stratégique. Mais elle est aussi périlleuse,
d'autant plus que le journaliste, porte-parole auto-proclamé,
contrairement à l'élu, ne peut construire sa
légitimité que sur sa crédibilité.
Prendre le temps de la réflexion sur
leur métier, c'est ce que propose l'UPF aux journalistes
francophones en organisant ses assises annuelles. Pour les
participants, au-delà de la joie des retrouvailles,
c'est l'instant privilégié du dialogue entre
confrères, de l'échange d'expériences,
du bouillonnement des idées.
A Libreville, on avait surtout réfléchi
sur l'importance de la formation des professionnels pour que
les médias perdent enfin cette sale réputation
de colporteurs de ragots, qui justifie les lois répressives.
A Ouagadougou, l'an dernier, l'accent a été
mis sur la nécessaire liberté de la presse pour
construire la démocratie. Une liberté qui ne
peut s'exercer que si les journalistes sont de vrais professionnels,
bénéficiant d'une reconnaissance du public,
de la protection de la loi et d'un statut décent.
A Lomé, début novembre, il s'agira
d'approfondir cette même réflexion sur la liberté
de la presse en examinant le rôle déterminant
de la déontologie et du pluralisme dans l'univers des
médias, en débattant des responsabilités
des journalistes. Danger ici, espoir ailleurs, la concentration
n'a pas les mêmes effets au Nord et au Sud. Mais le
pluralisme, lui, est indispensable partout. Le combat des
idées est au cur du progrès, pourvu qu'il
soit mené, dans le respect de l'autre, par des hommes
et des femmes raisonnables, rompus aux règles du métier.
A ces règles qui, s'imbriquant les unes aux autres,
constituent le mur inviolable de la déontologie.
La déontologie ne saurait être
un onguent que l'on étale, comme une pommade anti-rides,
pour masquer les ravages du parti-pris. C'est le sang même
du journaliste, qui irrigue tous ses savoir-faire, qui donne
vie à sa mission de médiateur. A Lomé,
les congressistes plancheront sur divers aspects du métier,
des relations avec les politiques aux pressions du monde économique.
Dans tous les cas de figure, la déontologie est le
meilleur des remparts face aux possibles dérives. Une
déontologie qui doit se construire au sein des rédactions,
mais aussi en dialoguant avec le public et tous ceux qui,
à un titre ou à un autre, sont dépositaires
d'une parcelle de démocratie. L'auto-régulation
consentie vaut toujours mieux qu'une règle imposée,
fusse-t-elle parfaitement juste.
Pour que, le journaliste, par ses pratiques
professionnelles, se montre à la hauteur des attentes
de la société à son égard, il
n'a qu'une seule voie : assumer ses responsabilités
en respectant sans sourciller la déontologie, cette
règle de vie qui s'impose à tous les médias.
Quels que soient les enjeux. Quelle que soit l'actualité.
C'est à ce prix qu'il conquerra sa liberté.
Georges GROS