Union de la Presse Francophone
 
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N° 124 - novembre-décembre 2005

EDITORIAL
par Georges GROS
Secrétaire général international de l'UPF

La déontologie, passage obligé vers la liberté

Tout l'art du stratège réside dans son talent pour, au cœur de la tourmente, savoir conserver son sens de l'analyse, qui lui permet d'élaborer son plan de victoire. Les médias, par nature même, sont sans cesse au cœur de la tourmente. La tourmente de l'actualité, avec son lot quotidien de rumeurs, de manipulations, de fausses vérités… Le temps presse, presse de plus en plus, et l'on oublie, trop souvent, de prendre le recul nécessaire à l'analyse, au regard sur soi, sur ses convictions, sur ses pratiques.

Pourtant, au Nord comme au Sud, que les médias soient riches ou pauvres, les journalistes agacent par leur superbe, irritent par leurs certitudes, exaspèrent par leurs connivences. Ce sentiment général mériterait un peu plus de réflexion de la part de ceux qui le génèrent. S'il est une profession au sein de laquelle l'humilité devrait régner, c'est bien celle des hommes de communication, dont la mission première est d'écouter. Certes, dans une société moderne, la position des médias est prestigieuse, car stratégique. Mais elle est aussi périlleuse, d'autant plus que le journaliste, porte-parole auto-proclamé, contrairement à l'élu, ne peut construire sa légitimité que sur sa crédibilité.

Prendre le temps de la réflexion sur leur métier, c'est ce que propose l'UPF aux journalistes francophones en organisant ses assises annuelles. Pour les participants, au-delà de la joie des retrouvailles, c'est l'instant privilégié du dialogue entre confrères, de l'échange d'expériences, du bouillonnement des idées.

A Libreville, on avait surtout réfléchi sur l'importance de la formation des professionnels pour que les médias perdent enfin cette sale réputation de colporteurs de ragots, qui justifie les lois répressives.

A Ouagadougou, l'an dernier, l'accent a été mis sur la nécessaire liberté de la presse pour construire la démocratie. Une liberté qui ne peut s'exercer que si les journalistes sont de vrais professionnels, bénéficiant d'une reconnaissance du public, de la protection de la loi et d'un statut décent.

A Lomé, début novembre, il s'agira d'approfondir cette même réflexion sur la liberté de la presse en examinant le rôle déterminant de la déontologie et du pluralisme dans l'univers des médias, en débattant des responsabilités des journalistes. Danger ici, espoir ailleurs, la concentration n'a pas les mêmes effets au Nord et au Sud. Mais le pluralisme, lui, est indispensable partout. Le combat des idées est au cœur du progrès, pourvu qu'il soit mené, dans le respect de l'autre, par des hommes et des femmes raisonnables, rompus aux règles du métier. A ces règles qui, s'imbriquant les unes aux autres, constituent le mur inviolable de la déontologie.

La déontologie ne saurait être un onguent que l'on étale, comme une pommade anti-rides, pour masquer les ravages du parti-pris. C'est le sang même du journaliste, qui irrigue tous ses savoir-faire, qui donne vie à sa mission de médiateur. A Lomé, les congressistes plancheront sur divers aspects du métier, des relations avec les politiques aux pressions du monde économique. Dans tous les cas de figure, la déontologie est le meilleur des remparts face aux possibles dérives. Une déontologie qui doit se construire au sein des rédactions, mais aussi en dialoguant avec le public et tous ceux qui, à un titre ou à un autre, sont dépositaires d'une parcelle de démocratie. L'auto-régulation consentie vaut toujours mieux qu'une règle imposée, fusse-t-elle parfaitement juste.

Pour que, le journaliste, par ses pratiques professionnelles, se montre à la hauteur des attentes de la société à son égard, il n'a qu'une seule voie : assumer ses responsabilités en respectant sans sourciller la déontologie, cette règle de vie qui s'impose à tous les médias. Quels que soient les enjeux. Quelle que soit l'actualité. C'est à ce prix qu'il conquerra sa liberté.

Georges GROS